Black Panther : Wakanda Forever (Ryan Coogler, 2022)

4 ans après Black Panther, Ryan Coogler est parvenu à nous livrer ce Black Panther : Wakanda Forever qui a la lourde tâche de donner des réponses suite à un événement tragique. La disparition de l’acteur Chadwick Boseman en 2020, alors qu’il était à peine auréolé du succès du premier opus, a modifié la totalité des plans initialement prévus, et fait de cette suite une oeuvre imprégnée par une certaine dose de réalisme. Ryan Coogler et son co-scénariste Joe Robert Cole ont dû intégrer la mort de l’acteur dans l’univers Marvel, en lui rendant hommage à travers la mort fictive du roi T’Challa. Cette double lecture se fera avec une certaine émotion et une belle volonté intimiste, autant que cela peut s’effectuer dans un blockbuster de cette envergure. L’exercice peut s’avérer périlleux, mais le traitement choisi fonctionne avec finesse.

Le premier Black Panther offrait une histoire relativement simple avec un héros qui n’avait pas autant de charisme que lors de ses apparitions dans Captain America : Civil War, Avengers : Infinity War et Avengers : Endgame, cet état de fait étant dû au fait de placer sa relation amoureuse avec Nakia comme un élément central. Sans être aussi catastrophique que le traitement du couple de Thor : Love and Thunder, cela ôtait néanmoins un certain impact à la puissance de roi  T’Challa, avec ses hésitations sentimentales qui venaient plomber le récit. Aujourd’hui, on entre dans une oeuvre bien plus triste, dans laquelle prédominent les notions de deuil et d’héritage… Et après des mois à se coltiner des séries Marvel toutes plus minables les unes que les autres avec leur humour bas de plafond, en plus du Thor cité juste avant, ce film avec davantage de gravité et de sérieux apporte un contrepoint salvateur, en traitant un triste impératif imposé par le réel avec respect.

La mémoire de T’Challa, et par extension celle de Chadwick Boseman, traverse le film à travers des instants sincères, permettant à ce Black Panther : Wakanda Forever de se construire dans une direction très différente de celle prévue, mais en gardant un certain cap. La nation wakandaise a perdu son souverain, et différentes nations n’hésitent pas à profiter de cette faiblesse pour tenter de récupérer le secret du vibranium, ce fameux métal rare enfoui dans le sol de l’état africain. Mais il semblerait qu’un autre gisement existe ailleurs, ce qui pourrait bien créer de nouvelles tensions internationales… Ce concept de l’exploitation du minerai apporte une belle dimension aux enjeux géopolitiques majeurs, et est couplé avec l’apparition d’une race jusqu’ici méconnue, les Talokan. Si ce nom ne dit rien aux fans de Marvel, c’est tout à fait normal, car le studio a opté pour une stratégie d’adaptation puisque en 2018, du côté de la Distinguée Concurrence, Aquaman avait déjà fait sortir de l’eau les Atlantes. Cette race existant aussi dans les comics Marvel, Kevin Feige a décidé, afin d’éviter toute confusion, de ne pas utiliser le mythe d’Atlantis, mais de le transformer en se basant sur Tlalocan, issu de la mythologie aztèque. Par contre, le souverain de ce royaume sous-marin n’a pas perdu son nom, puisque il répond toujours à celui de Namor! C’est donc la première fois que le personnage créé par Bill Everett en avril 1939 est adapté en live!

C’est l’acteur mexicain Tenoch Huerta qui a la lourde tâche de porter le personnage sur ses épaules, et il donne une belle épaisseur et un certain charisme à cette transposition en mode aztèque. Il offre une prestation digne et une certaine aura à Namor, ce qui est suffisamment notable au vu du caractère emblématique du personnage, avec un background intéressant dévoilé en flash-back. La dualité et l’ambivalence du personnage fonctionnent bien, et on se retrouve avec un homme qui pourrait bien se révéler très dangereux. La caractérisation des Talokan est bien rendue, avec leur peau bleue et leur cité sous-marine, ce qui fait presque sourire en renvoyant indirectement au futur Avatar : la Voie de l’Eau ^^ Le traitement de la mythologie apporte une solidité à l’ensemble, et on se retrouve avec un nouveau pan de l’univers Marvel qui est traité efficacement.

Letitia Wright reprend son rôle de Shuri avec un mélange de force et d’émotions, et elle porte le film de manière efficace. A ses côtés, on accueille la nouvelle venue Riri Williams, qui a donc les honneurs du grand écran avant sa série Ironheart en 2023. Ses affinités avec Shuri sont intéressantes et elle amène un autre regard très technologique, dans un Wakanda pourtant pas en reste dans ce domaine. Il y a une certaine fluidité dans ce récit s’étalant pourtant sur 2h41, et malgré quelques longueurs, on suit cette séquelle avec attention et intérêt. Black Panther : Wakanda Forever est un brin au-dessus de son prédécesseur, grâce à la qualité de ses enjeux et à une certaine finesse de traitement, qui fait que l’on se retrouve face à un blockbuster efficace et avec ce petit supplément d’âme qui fait du bien. On est certes pas dans un film inoubliable, mais il remplit son office avec soin, et vient espère-t-on clore les chapitres trop niais ayant précédé…

Visuellement, le film offre une belle bouffée d’air frais technologique, entre la beauté de l’univers sous-marin, une certaine vision épique lors des batailles entre armées, et certaines armes bien high-tech. Ce mélange entre tradition africaine et avancées techno est l’un des aspects qui fonctionne le plus dans le film, et cela fait plaisir de voir que les acteurs parviennent à donner vie à ce monde fantastique de manière réaliste. Black Panther : Wakanda Forever est un chapitre du MCU ouvrant sur de nouveaux possibles enthousiasmants, qui sans être un film hors norme, parvient à nous maintenir dans son sillage sans peine.

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Les news de la semaine : Le plein de Marvel, encore…

Si Agatha : Coven of Chaos est sans doute l’un des produits en développement le moins attractif du côté de Marvel, il pourrait y avoir un regain d’intérêt avec l’annonce de la participation d’Aubrey Plaza! Celle qui brillait dans la superbe série Legion (dans le rôle de Lenny) sera présente dans ce spin-off de l’atroce WandaVision, ce qui aura au moins le mérite de faire lever un sourcil et de s’intéresser un minimum à la chose!

 

Et comme WandaVision a eu un succès critique incompréhensible, un autre spin-off va être créé autour de la figure de Vision, récemment ressuscité dans la saison 1. Paul Bettany reprendra le rôle du synthézoïde. La machine Marvel semble désormais inarrêtable…

 

Et sinon, on avait évoqué récemment la future série Wonder Man, on apprend cette semaine que c’est l’excellent acteur Yahya Abdul-Mateen II qui incarnera Simon Williams! Un changement majeur pour le perso avec un acteur noir pour incarner le super-héros blanc, mais comme pour Nick Fury, quand le talent est là, c’est le genre de modification qui ne gêne pas ^^

 

Si le Vendredi 13 de Marcus Nispel était une bouse sans nom, on a toujours un soupçon d’intérêt lorsqu’on entend parler d’une nouvelle adaptation. Cette fois-ci, c’est la chaîne Peacock qui refait parler du boogeyman, même si c’est un poil plus compliqué que ça… Le scénariste Victor Miller, qui avait co-rédigé le premier Vendredi 13 avec Ron Kurz, n’avait pas apprécié que Jason Voorhees soit devenu le tueur central de la saga, ce qui plaisait davantage à Sean S. Cunnigham, le metteur en scène du premier volet, à qui appartiennent les droits de Jason adulte (avec le masque de hockey et tout donc). C’est Bryan Fuller, showrunner de la série Hannibal, qui sera chargé du développement de cette Crystal Lake, laquelle se déroulera avant les événements du premier film. Il n’y aura donc pas de Jason adulte, mais probablement une Pamela Voorhees déchaînée ^^ Bon, le seul truc qui calme, c’est que Peacock nous a déjà bien massacré Chucky avec son remake foutraque progressiste… Espérons que Crystal Lake ne tombera pas dans le même piège!

 

The Last of Us, c’est pour très bientôt !!! On savait que la série avait été décalée à 2023, mais finalement ce sera relativement tôt dans l’année, puisqu’elle est annoncée au 15 janvier !!! On va donc bientôt pouvoir retourner dans le monde apocalyptique aux côtés d’Ellie et Joel ! Allez, une petite affiche bien sympa pour patienter!

 

 

 

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Barbarian (Zack Cregger, 2022)

Zack Cregger fait partie de ces acteurs-réalisateurs orientés principalement vers la comédie et les talk shows, et qui subitement opèrent un virage à 180 degrés en nous offrant une oeuvre totalement différente de ce qu’ils avaient fait auparavant. Barbarian est une anomalie dans sa carrière, et quelle anomalie ! Ca faisait très longtemps que je n’étais pas tombé sur un film horrifique aussi original et réussi, ça fait tellement de bien de se laisser sombrer dans une ambiance et un environnement aussi spéciaux!

Barbarian démarre avec l’arrivée par une nuit pluvieuse de Tess, qui loue un AirBNB dans un quartier délabré de Detroit. Elle va se rendre compte que la maison est déjà occupé par Keith, qui a effectué une location similaire sur un autre site qu’elle. On sent une certaine tension dans les premiers échanges entre les deux, et Tess va devoir prendre une décision rapide, à savoir trouver un autre logement ou partager celui-ci avec Keith. Zack Cregger, qui signe également l’excellent scénario, va traiter de la problématique post-Metoo avec une très belle acuité, chacun des protagonistes faisant des efforts pour tenter de briser la glace tout en respectant les normes sociales, Keith tentant de faire comprendre à Tess par son attitude et ses propos qu’il n’est pas dangereux, et qu’il comprend qu’elle puisse se méfier de quelqu’un qu’elle ne connaît pas. On est dans une thématique à la fois très classique et résolument moderne, et on se pose exactement les mêmes questions que Tess.

Keith est joué par l’excellent Bill Skarsgård, que l’on connaît pour le rôle de Pennywise dans le film Ca et sa suite, ce qui évidemment ne joue pas en sa faveur ^^ Tess quant à elle est incarnée par Georgina Campbell, qui offre une belle épaisseur à la jeune femme. On va être pris par cette situation relativement simple, car Zack Cregger use d’un script et d’une caméra qui donne vraiment envie de savoir de quoi il retourne. Et c’est là que je ne vous en dirai pas davantage, car ce qui va suivre mérite d’être pleinement découvert sans aucun spoil! Mais je peux vous garantir que vous allez être surpris par la tournure des événements, et ça fait tellement plaisir de pouvoir être étonné par une oeuvre cinématographique en ce moment! Je vous laisserai donc le soin de plonger par vous-même dans ce récit bien stressant et flippant!

Ca ne m’empêchera pas de souligner la très belle maîtrise de la caméra de Cregger, qui se balade dans cet espace avec une aisance impressionnante. Sa façon de suivre le mouvement des protagonistes provoque un certain malaise diffus, notamment lors d’une séquence spécifique… Mais surtout, il se permet d’opter pour un rythme réellement atypique, et là aussi, quel plaisir de se laisser mener de cette manière, dans une ère où tout est majoritairement balisé! Cregger se permet une liberté totale dans la construction de son oeuvre, ce qui permet de faire travailler les neurones des spectateurs plutôt que de les laisser regarder passivement une suite d’événements. Il crée également des cadrages forts et sait pertinemment comment optimiser ses effets, et une intelligence manifeste traverse l’ensemble du métrage. On pense à la manière de remplacer la lampe de son téléphone notamment ^^

Les acteurs sont vraiment très bon, et si le film recycle une certaine idée déjà aperçue dans d’autres oeuvres, il le fait avec un mélange de sensations d’une très belle originalité! Barbarian est vraiment un film d’horreur à découvrir, qui se permet des modifications étonnantes, offrant des émotions contradictoires par moment. Difficile d’en parler davantage sans lâcher d’informations essentielles, donc je vais en rester là, et je vais simplement vous conseiller de tenter l’expérience!

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Le Manuscrit de Birkenau (J.R. Dos Santos, 2020)

1 an après la parution du Magicien d’Auschwitz, J.R. Dos Santos achevait son diptyque avec Le Manuscrit de Birkenau. Herbert Levin, alias le Grand Nivelli, n’est que peu de choses face au rouleau compresseur nazi, lui qui dans le civil était un illusionniste réputé. On le retrouve dans le camp de travail d’Auschwitz, alors qu’il est séparé de sa femme et de son fils, lesquels peuvent heureusement encore vivre ensemble. On va assister à leurs brèves retrouvailles chaque jour à l’intérieur du camp des familles, seul moment légèrement lumineux dans leur existence de plus en plus sombre. Parallèlement à Levin, on va retrouver le soldat portugais Francisco, enrôlé chez les SS, et qui avait retrouvé sa belle Tanusha. La superbe jeune femme a subi les atrocités du camp, et a été affectée à la fois physiquement et psychologiquement… Les retrouvailles sont un choc pour Francisco, mais il va tout faire pour venir en aide à celle qu’il aime…

On monte de plusieurs crans dans l’intensité de ce drame humain à peine croyable, et Dos Santos va nous guider avec une grande acuité dans cette antichambre de l’Enfer. Si Le Magicien d’Auschwitz apparaissait comme un témoignage un peu distant, l’émotion submerge davantage le lecteur dans ce second roman. On va assister à des événements qu’aucun être humain n’aurait à devoir vivre, et l’auteur va nous mêler à ces victimes afin de comprendre comment elles ont pu supporter tant de sévices et d’exactions. Tout au fond de cette noirceur, il va aller chercher l’étincelle poussant un individu à se battre encore pour survivre, ne serait-ce que quelques minutes, voire quelques secondes de plus. Au fond de l’abîme, il va partir en quête de cet ultime volonté humaine lui permettant de dépasser ce type d’expérience…  On a d’ailleurs un monologue sublime fait par un prisonnier, lorsqu’il tente de redonner de la force à Levin…

Lorsque on parle de la Shoah, on l’analyse souvent de manière manichéenne, avec les Nazis tous sangunaires et les Juifs tous exemplaires. Mais ce roman, se basant une fois encore sur des recherches très précises, va nous parler de certaines vérités dérangeantes… En utilisant la figure de Levin, Dos Santos va nous faire suivre le quotidien d’un Sonderkommando, un centre d’extermination, dans lequel les prisonniers présents avaient pour travail de mener leurs compatriotes aux chambres à gaz, et ensuite d’en sortir les corps pour les emmener aux fours crématoires… Lorsque Levin est affecté à un des sonderkommandos, on va découvrir une réalité des plus déchirantes, avec un regard frontal sur ce qui se passait à Birkenau. C’est inimaginable de se dire que l’esprit humain a pu gérer ce type de situation, et Dos Santos nous montre de la manière la plus crue comment cela a été possible.

La lecture de ce roman n’a pas été aisée, car il fallait de temps en temps couper afin de reprendre un peu ma respiration. Comme l’explique l’auteur en appendice, on ne peut pas expliquer réellement les souffrances vécues par les prisonniers, on ne peut que s’en rapprocher un peu, mais ce peu est déjà suffisamment atroce pour être perturbant… La fin avec un manuscrit (fictif) est difficilement supportable, et se rapproche au plus près de ce qu’ont pu endurer ces victimes anonymes… Le seul bémol selon moi, c’est que l’auteur aurait dû indiquer au départ que ce manuscrit était fictif, bien que très inspiré par les quelques manuscrits réels retrouvés sur les lieux. Ces manuscrits sont des textes rédigés par des prisonniers du sonderkommando, qui savaient qu’ils n’allaient pas s’en sortir, et qui ont voulu coucher sur papier leur expérience, afin que leur parole soit sauvée au-delà de la mort. Ca m’a évidemment donné envie de les lire, et on peut les trouver sous le recueil Des Voix sous la Cendre.

Ce roman reste très prenant car il va au-delà du manichéisme, pour nous parler de la réalité inhumaine de ces camps. Avec certains soldats SS qui parfois cherchaient à aider les prisonniers, mais aussi des prisonniers qui n’hésitaient pas à être violents avec leurs compatriotes… Il y a un mélange allant plus loin que la surface noire et blanche, et on y trouve des failles des 2 côtés… Ce Manuscrit de Birkenau nous touche au plus profond, et donne envie de se renseigner davantage sur ces écrits inestimables…

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Le clip de la semaine : Backrooms – Chaos in the Hub

Comme la semaine est placée sous le signe des backrooms, on va terminer avec un Clip de la Semaine qui reste dans la thématique! Après quelques recherches, je vous ai sélectionné un court très inventif qui s’amuse bien avec toute la mythologie de ces lieux hors du temps et de l’espace, que j’ai trouvé sur la chaîne d’un certain Backrooms Merchant. Il n’a pour le moment réalisé que 4 vidéos, mais au vu de leur qualité, il se pourrait bien qu’il arpente ces contrées désolées avec une intensité presque similaire à celle de Kane Pixels!

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