Le Chant du Loup (Antonin Baudry, 2019)

Le parcours d’Antonin Baudry est assez atypique, puisqu’il a été diplomate de 2004 à 2014! Il a notamment été conseiller de coopération et d’action culturelle à l’ambassade de France en Espagne, avant d’être nommé conseiller culturel de l’ambassade de France aux Etats-Unis. En 2015, il succède à Xavier Darcos en tant qu’ambassadeur pour la culture française et président exécutif de l’institut français, poste dont il démissionnera au bout de quelques mois afin de poursuivre des objectifs plus personnels. En 2010-2011, il s’était immiscé dans le monde de la bande dessinée avec Quai d’Orsay, dont il avait assuré le scénario avec Christophe Blain (qui s’occupait également des illustrations). Et cette année, il nous livre son tout premier film, dont il assure à la fois la mise en scène et le scénario! Comme quoi, la politique mène à tout!

On sent d’entrée de jeu toute la rigueur issue du milieu diplomatique, qui va de pair avec l’univers impartial militaire. Il va nous faire entrer dans un monde difficile et aux règles très strictes, gages de sécurité élémentaire et d’un maintien de l’ordre exemplaire. Et pourtant, on sent rapidement aussi une volonté de se désolidariser de cette rigidité inhérente à la fonction même du militaire, une manière de penser différemment qui pourrait être un atout dans ce milieu très strict et confiné. François Civil (Made in France, Five, Burn out) incarne à la perfection cet analyste en guerre acoustique, titre étrange revenant à un militaire capable de catégoriser les différents sons entendus afin de reconnaître les menaces et de prendre les mesures nécessaires. Dans le cas présent, le personnage de Chanteraide est capable de déterminer si le son entendu provient d’un animal aquatique, d’un engin nucléaire, et est surtout capable de déterminer le type de sous-marin qu’il pense détecter! C’est assez impressionnant, et c’est effectivement basé sur le travail de vrais analystes. Sa manière de fonctionner est différente de ses collègues, adoptant une attitude décalée due à ses capacités sensorielles. Son analyse a quelque chose de musical, et il l’adapte aux besoins rigoureux du monde militaire.

La situation politique se dégrade rapidement en Finlande, avec la Russie qui est à 2 doigts de provoquer une guerre. On va alors suivre la mission de 2 sous-marins dont l’objectif dissuasif est capital afin de désamorcer cette escalade… Aux côtés de François Civil, on a une belle brochette d’acteurs avec Omar Sy, Mathieu Kassovitz ou encore Reda Kateb, vu récemment dans Frères Ennemis. Antonin Baudry peut s’appuyer sur ces pointures pour augmenter la portée de son film, qui se trouve être un thriller très tendu comme on a peu l’occasion d’en découvrir en France! Quand en plus il se double d’un film de guerre en milieu sous-marin, c’est assez étonnant pour en justifier la vision. Pour un premier film, Antonin Baudry fait preuve d’un très grand talent, avec une mise sous tension qui ne se rompra jamais, une capacité de mise en scène impressionnante, et un travail sonore exemplaire. A ce titre, il avait envoyé une très belle lettre à tous les cinémas diffusant son oeuvre, dans laquelle transpiraient sa passion et son humilité, et qui comportait des indications très précises quant aux normes techniques sonores à respecter. On comprend aisément à la vue (et à l’audition donc!) de ce film que cet élément sonore est capital pour la pleine appréciation de cette oeuvre!

La première scène va tout de suite mettre l’accent sur l’importance du son, et surtout du décryptage du son fait par Chanteraide. On va rapidement prendre conscience du travail impressionnant de ce militaire, qui doit se concentrer sur toutes les strates sonores qui lui parviennent et faire le tri afin de prendre une décision rapide alors que le stress est à son maximum. Le travail sonore est donc capital pour ce film, et s’avère tout aussi important que son aspect visuel. L’apport de Tomandandy au niveau de la musique est d’ailleurs lui aussi très important, eux qui avait notamment participé aux bande-son de Killing Zoe, La Colline a des Yeux, Sinister 2 ou encore 47 Meters down.

Grâce à cette conjonction de talents à tous les niveaux, on se retrouve pris dans un véritable thriller sous haute tension qui ne relâche jamais son étreinte, et qui impressionne par sa redoutable efficacité. Difficile d’en parler sans trop dévoiler l’intrigue, donc je vais éviter au maximum les spoils. Mais je peux vous dire que l’on découvre un univers jusque-là très peu exploré au cinéma, et qui possède son propre jargon, ce qui peut un temps désarçonner le spectateur. Mais il y a une vraie complexité dans les enjeux et une approche ultra-réaliste qui permettent de se prendre ce récit de plein fouet, et de ne pas en ressortir avant la fin! La tension est permanente, et la maîtrise impressionnante… Le Chant du Loup est une excellente surprise dans le cinéma hexagonal, et mérite d’être découvert en salles pour une expérience optimale!

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Le clip de la semaine : GHB – Guillotine

Toute la douceur du monde résumée en un clip toujours aussi inspiré par GHB, et mis en scène par l’excellent Brice Hincker de Smash Hit Combo! Forcément, ça va laisser quelques traces sur le lino…

 

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Cujo (Stephen King, 1981)

Cujo est le dixième roman de Stephen King, et est l’un des rares à se passer d’éléments fantastiques. Il a d’ailleurs hésité à le publier sous le pseudonyme de Richard Bachman, qu’il a utilisé à plusieurs reprises pour éditer des récits plus réalistes. Mais on peut toutefois discerner quelques détails laissant planer le doute quant à l’éventuelle irruption du surnaturel… Le bouquin commence en effet par un rappel des événements parus dans Dead Zone, avec la figure morbide de Frank Dodd, le tueur qui aura fait régner la terreur à Castle Rock au début des années 70. Il est depuis lors devenu une sorte de mythe cauchemardesque, destiné à faire peur aux enfants qui ne sont pas sages, à l’image d’un croquemitaine… C’est la première fois qu’un lien évident avec une oeuvre antérieure est mise en avant dans un roman de King, ce qui permet de constituer une approche initiale d’un certain univers étendu.

Je gardais un très bon souvenir de ce roman lu lui aussi dans ma jeunesse, et encore une fois, cette relecture m’a amené à reconsidérer ses qualités… Je m’en souviens comme d’une sorte de survival dans lequel une mère et son fils sont prisonniers d’une voiture tandis qu’un Saint-Bernard complètement fou tente de les tuer. Le bouquin fait un peu mois de 400 pages, et ce n’est qu’un peu avant la 200ème page que le siège commence… King va auparavant mettre l’accent sur les problèmes familiaux de 2 couples, donnant à son roman des airs de chronique sociale assez dépressive… On va en effet suivre la relation difficile entre Donna et Vic, alors qu’elle l’a trompé à plusieurs reprises; et on va également suivre la vie de famille difficile de Charity et Joe, qui ne sont clairement pas sur la même longueur d’ondes… Et dans chaque cellule familiale se trouve un gamin pris au centre de ces tensions.

Si ces digressions par rapport au propos principal peuvent présenter quelque intérêt pendant un moment, elles prennent finalement trop d’importance, et commencent à plomber le récit. On sent que King a des envies de raconter le réel en usant d’une certaine force psychologique, comme il le faisait déjà dans Chantier. Et s’il le fait avec soin pendant un moment, l’aspect déprimant de ces situations nous éloigne trop de l’intrigue principale, qui se retrouve elle concentrée sur quelques 200 pages seulement. Donna et son fils Tad se retrouvent donc coincés dans leur voiture tombée en panne, tandis que l’on bat des records de température par ces journées estivales… Et à l’extérieur, un Saint-Sernard monumental de 100 kilos, rongé par la rage, n’a qu’une seule envie, tuer la femme et son fils… Dans mon souvenir, le suspense était insoutenable, mais à la relecture, il s’avère moins bien travaillé que ce que je pensais… Il y a pas mal de schémas répétitifs qui font que l’on reste en surface, et que l’on ne parvient pas complètement à s’immerger dans cette situation tragique.

La fin s’avère plus intéressante, avec les éléments se mettant en place pour la résolution de l’intrigue, mais sinon on a quand même pas mal l’impression de tourner en rond pendant un bout de temps… Cujo n’est pas un roman mémorable donc, par contre l’adaptation qu’en avait faite Lewis Teague en 1983 était excellente! En tout cas, j’en garde un bon souvenir! 😉

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Les news de la semaine : Game of Star Wars

 

Si en l’espace de 20 ans, l’univers Star Wars ne nous aura offert qu’un film réellement surprenant avec Rogue One : a Star Wars Story, l’avenir pourrait-il permettre d’explorer la création de George Lucas avec davantage d’intérêt? On sait que Rian Johnson (le réalisateur de Star Wars : Episode VIII – les nouveau Jedi) travaille sur une nouvelle trilogie, mais ce qui nous intéresse cette semaine, c’est surtout la confirmation faite par un ponte de HBO. Casey Bloys, le président de la chaîne, a lâché une info plutôt excitante au sujet de David Benioff et D.B. Weiss, les créateurs de Game of Thrones. On savait déjà qu’ils avaient été approchés pour entrer dans l’univers Star Wars, et lors d’une conférence, Bloys a expliqué :

“Dan et David terminent le final de Game of Thrones et ils iront dans l’univers Star Wars.”

Il ajoute : “Quand ils auront fini avec ça, je suppose qu’ils reviendront vers nous…Le délai est dû au fait qu’on leur a offert trois films.” (source : Brain Damaged)

On est donc en droit d’attendre enfin un renouveau salvateur pour une saga qui s’embourbe depuis de nombreuses années… On ne sait pour l’instant rien de ce contrat de 3 films, s’agit-il d’une trilogie, de 3 films indépendants? En tous les cas, si Benioff et Weiss pouvaient y insuffler une part de la folie créative qu’ils mettent dans le show vedette d’HBO, ce serait déjà magnifique!!!

 

C’est dans un peu moins de 2 mois (le 4 avril) que l’on aura la chance de retrouver Tandy Bowen et Tyrone Johnson, le duo de Marvel’s Cloak & Dagger! Après une très belle saison 1, on attend de pied ferme cette suite, en priant pour qu’elle ne prenne pas le même chemin que Runaways… On a droit à quelques photos et un teaser, histoire de motiver les troupes!

 

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Deadpool 1 : Tuer pour vivre

 

Après 5 ans et demi à écrire les aventures de Deadpool, Gerry Duggan cède sa place à Skottie Young! Dans le cadre de l’initiative Fresh Start, Marvel fait son mercato et joue aux chaises musicales avec les auteurs et dessinateurs qui passent d’une série à l’autre! Duggan est même monté en grade en s’occupant du crossover Infinity Wars! Skottie Young quant à lui est surtout connu pour ses illustrations, le bonhomme ne se contentant en général pas seulement d’écrire! Il est notamment célèbre pour ses variantes baby consacrées aux héros Marvel, ce qui lui a même permis de travailler sur une mini bien sympathique lors de l’event bien bordélique Secret Wars, avec les fameux Marvel Babies (publiés dans le magazine Secret Wars : Deadpool) !

Ce Fresh Start est une nouvelle occasion de tout recommencer à 0, et on repart donc avec un énième numéro 1 pour le mensuel Deadpool… Skottie Young reprend donc les rênes du scénario, tandis qu’il laisse la partie graphique à l’artiste Nic Klein. On attendait avec impatience de voir comment Young et Klein allaient reprendre le flambeau, et dans quelle direction ils allaient emmener Wade. Il faut dire que Duggan leur avait préparé le terrain de jeu en injectant à Wade une surdose de sérum destiné à effacer la mémoire dans son dernier épisode! Deadpool ne se souvient donc de rien de sa vie d’avant, et est libéré du poids de toute la culpabilité de ses actions précédentes! On le retrouve donc plutôt en grande forme dans un cinéma de quartier où il doit joyeusement exécuter un contrat. On retrouve Teenage Negasonic Warhead, dans une volonté de coller au plus près de l’humour des films… On entend presque la voix de Ryan Reynolds quand il lui balance « Ouah! T’as utilisé ton gène de la génération Y pour ignorer ma super vanne? » Il y a un aspect opportuniste à ramener Teenage, mais Young joue plutôt bien sur la relation entre les 2, donc pour le moment ça passe.

Il fait preuve de quelques touches d’humour punchy, d’autres un peu moins… Pour l’instant, difficile de se prononcer sur la qualité de la série en ne se basant que sur cette unique épisode. Mais le gros avantage, c’est le graphisme de Nic Klein, qui s’avère très personnel et très réussi! Il y a une belle richesse dans les détails, et des envolées pop bien fun avec un découpage bien travaillé et agrémenté d’une belle colorisation, dont il s’occupe également lui-même! Du beau travail de professionnel en somme, reste à voir maintenant comment Skottie va nous gérer tout ça! En tout cas, il n’a pas peur de la violence, c’est déjà un autre bon point!

 

On revient ensuite en terrain connu avec 2 épisodes de Spider-Man/Deadpool, série qui elle n’aura pas vu de changements créatifs, puisqu’elle est toujours aux mains de Robbie Thompson et Scott Hepburn. On retrouve les vieux Spidey et DP qui vont être incorporés à l’histoire présente, alors qu’au départ il ne s’agissait que d’une digression destinée à laisser davantage de temps aux artistes sur les numéros principaux. Il y a un côté fouillis sympa avec des versions futuristes de héros comme Venom Vision, Last Devil ou encore une très vieille Valeria (la fille de Mister Fantastic et la Femme Invisible). Le dessinateur Matt Horak prend la relève sur le second épisode, celui situé dans le présent. Ce diptyque est plutôt sympa, même si cette série ne marquera pas l’histoire de Deadpool… Ca reste du comics uniquement fun et sans réelle profondeur, malgré quelques petites saillies par-ci par-là. Il y aurait matière à faire bien plus barge avec la team de Deadpool composée de Silk, Bobbi Morse et les autres!

Et on l’attendait de pied ferme également, voici la toute nouvelle série régulière Domino! Pourquoi on l’attendait tellement? Parce que c’est la scénariste Gail Simone qui gère ce titre, elle à qui on doit quelques très belles aventures de Deadpool, et notamment par le biais de l’excellente série Agent X!!! Ce n’est donc pas un hasard si on retrouve la mercenaire Outlaw ou Agent X, justement, et ça fait bien plaisir de les recroiser! Simone mise sur l’humour pour nous balancer les nouvelles aventures de Neena Thurman, tout en nous promettant une approche psychologique intéressante. Le dessin de David Baldeon est particulier, et offre quelques touches classes, comme cette Domino de dos qui promet d’être bien badass, puis il part sur des découpages que je trouve trop nombreux… Il va falloir s’habituer à son rythme, et à son trait, mais Baldeon use d’un dynamisme intéressant, donc ça devrait le faire pour la suite.

Simone joue avec la plastique parfaite de Domino, et parallèlement se penche sur un gros problème lorsque son pouvoir de chance semble buguer! Cela vient d’une mutante capable d’annuler les pouvoirs, ce qui peut potentiellement être problématique quand on se retrouve projeté par la fenêtre… Pour l’instant, ça se lit pas mal, sans être trop dingue, mais on va attendre d’en lire plus que 2 épisodes pour se prononcer!

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