John Wick Parabellum (Chad Stahelski, 2019)

Initiée en 2014, la saga John Wick est passée de statut d’outsider à actioner de premier plan, permettant par la même occasion un retour en grâce à un Keanu Reeves qui était alors en perte de vitesse. Budgetté à 20 millions de dollars, John Wick avait rapporté 88 millions, tandis que sa suite, dotée d’une enveloppe 2 fois supérieure, avait quant à elle ramenée 171 millions de billets verts. La bonne petite surprise du 1er film se transformait donc bel et bien en franchise avec laquelle il fallait désormais compter!

C’est ainsi qu’un John Wick Parabellum voyait le jour, se plaçant comme indispensable au vu de la fin juste dingue de John Wick 2! Si le second chapitre était loin d’être aussi abouti que le 1er film, il restait néanmoins intéressant, mais c’est surtout dans son ouverture finale qu’il offrait son plus bel atout. Cet effet d’annonce devrait permettre d’attirer pas mal de spectateurs, sur un principe finalement similaire à ce qui était déjà proposé à l’époque dans Matrix Reloaded et annonçant Matrix Revolutions, ou dans un genre plus récent avec un Avengers : Infinity War annonçant la couleur pour un Avengers : Endgame. Le principe d’une fin de film ne terminant pas l’histoire est à la fois frustrant et intriguant, donnant tout simplement envie de se précipiter en salle pour voir la tournure que prendront les événements!

La fin de John Wick 2 marquait donc l’excommunication du personnage, après qu’il ait tué l’un de ses ennemis dans l’enceinte de l’hôtel Continental, brisant ainsi la règle de neutralité existant en ce lieu. Le directeur Winston (Ian McShane) lui laisse un délai d’une heure avant de décréter cette excommunication, qui lorsqu’elle prendra effet, verra un contrat de 14 millions de dollars être mis en place pour la mort de John Wick! Autant dire que toutes les fines gâchettes entreront dans la partie pour honorer ce contrat, et John Wick va se retrouver bien seul face à la horde de tueurs lâchés à ses trousses! Une promesse de série B sacrément badass et un potentiel de destruction bien massive!

John Wick Parabellum (« parabellum » signifie « prépare la guerre », et vient de l’expression « qui veut la paix, prépare la guerre ») va donc nous conter la guerre rangée entre Wick et l’ensemble de ses ennemis, avec une entame véritablement impressionnante! Le film démarre alors qu’il reste une demi-heure à John avant que le contrat soit ouvert, mais les hostilités vont rapidement démarrer pour lui. La scène de la bibliothèque est juste dingue, et prouve de manière étonnante que la littérature peut tuer!!! La suite avec la scène dans l’armurerie est encore plus impressionnante, avec des innovations dans les séquences de combat juste exceptionnelles, et une violence d’une cruauté quasi-insoutenable par moment!!! John Wick Parabellum commence très fort, et on se dit alors qu’on tient le film qui pourrait supplanter John Wick 1er du nom dans le coeur des fans!

Mais voilà qu’arrive l’Adjudicatrice… Un personnage qui va rapidement devenir très irritant, et qui représente la Table, les gens au-dessus de tout qui dirigent le Continental, et qui interviennent par son biais afin de remettre de l’ordre après le chaos initié par John. Cette Adjudicatrice va donc représenter une forme de pouvoir, et sa suffisance ainsi que ses dialogues vont vite plomber les quelques séquences où elle apparaît… Alors que le rythme initial était juste dingue, ses interventions vont à chaque fois ralentir ce rythme. On va découvrir peu à peu le fonctionnement de l’organisation, ce qui est finalement logique en soi, mais pas franchement nécessaire au vu de la note d’intention du film, qui s’annonçait comme un pur produit de série B jouissif à mort! Après les 3 séquences énormes du début du film, on va donc faire retomber la tension avec des digressions sur la Table et sur le Continental, et on sent que la saga prend une route plus bankable avec le besoin de faire apparaître quelques personnages secondaires comme dans les James Bond.

On va donc avoir droit au passage de Sir Bronn de la Nera, puisque Jerome Flynn est devenu un acteur en vue depuis Game of Thrones. Il va jouer un bad guy intermédiaire sans intérêt, une sorte de pseudo-méchant à la James Bond justement qui aime s’écouter parler. son monologue sur l’origine du mot « assassin » n’a strictement aucun intérêt, et on sent que le travail sur les dialogues n’est certainement pas des plus aboutis… Pareil pour Saïd Taghmaoui, qui va également justifier sa présence en incarnant un bad guy important, mais sans grande aura. On a l’impression d’avoir du placement d’acteurs à intervalles réguliers, comme pour donner une légitimité à la saga en indiquant qu’elle grandit… Mais tout cela est bien artificiel au final…

Et entre 2 scènes de dialogues fades, on a quelques morceaux de bravoure comme cette séquence marocaine, où Keanu Reeves fait équipe avec une Halle Berry survoltée, avec l’utilisation de chiens de combat comme on en avait jamais vu jusqu’alors! La séquence est énorme et fait partie des meilleurs moments du film! On a droit à une scène de combat au sabres à moto, « volée » au film The Villainess de Byung-gil Jung. Celle du film sud-coréen reste toutefois supérieure dans sa mise en scène, n’en déplaise à Chad Stahelski. Mais la réalisation de Stahelski a plutôt bien évolué en mode solo depuis John Wick 2 (le 1er film était mis en scène par lui-même et David Leitch). Il nous offre quelques très belles séquences, et d’autres qui vont un peu se perdre dans une volonté d’action à outrance, comme la scène finale qui n’en finit plus de péter des vitres… On oscille entre des séquences dans lesquelles on sent les impacts violents et le réalisme des coups portés, et d’autres où on se concentre plus sur les chorégraphies, avec un impact amoindri… Mais John Wick Parabellum reste très généreux dans ses propositions en terme d’action, et il est surtout dommage de devoir se farcir des plages de joutes verbales bien pauvres qui assurent l’entre-deux…

Une autre déception notable : le fait de reléguer Cecep Arif Rahman et Yayan Ruhian au 3ème plan, alors que ce sont 2 artistes martiaux juste incroyables! On se rappelle tous de la scène de la cuisine de The Raid 2 pour le 1er, et on se rappelle du rôle de Chien Fou et du rôle de Prakoso pour le second, respectivement dans The Raid et The Raid 2! Les 2 Indonésiens sont des figures incontournables dans le domaine de l’action, et leur combat ne rend pas justice à leurs qualités martiales hors normes. Yayan Ruhian dans la scène finale de The Raid, c’était quand même un sacré bordel!!! Il faut dire que la mise en scène de Gareth Evans était bien ultime sur les 2 volets, et offrait une puissance jusque-là jamais égalée en terme d’action!

Ce John Wick Parabellum est donc une belle proposition, mais qui reste entachée par cette envie de jouer à quelque chose de supérieur à ce qu’est la saga, au lieu de pleinement se concentrer sur ses atouts majeurs, à savoir de l’action qui claque!!! La figure même de John Wick en pâtit, puisque on s’éloigne du personnage de Baba Yaga, le Croquemitaine, et qui donnait une aura de malade à Keanu Reeves dans le 1er volet!!! C’est dommage de ne plus jouer sur cet aspect mythique du héros, et de simplement le cantonner à ce rôle d’ange déchu après son excommunication. Mais cela n’empêchera pas de passer un bon moment et de s’en prendre plein les yeux lors de pas mal de séquences d’action, qu’il s’agisse de corps-à-corps, de combats à l’arme blanche, au sabre ou aux armes à feu de toutes catégories!

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Game of Thrones saison 8 (2019)

David Benioff et D.B. Weiss auront réussi à fédérer un public massif au fil des ans, entre ceux qui ont plongé dès 2011 dans les intrigues foisonnantes de cette série de fantasy, et ceux qui s’y sont raccrochés d’année en année. Lancée en 2011 sur HBO, ce show adaptant le roman Le Trône de Fer (A Song of Ice and Fire en version originale) de George R. R. Martin est rapidement devenu culte, et constitue aujourd’hui une oeuvre indispensable dans l’histoire des séries, au même titre que Twin Peaks ou Breaking Bad. On pourra toutefois trouver une belle filiation avec une autre série mythique et pourtant moins connue, l’excellente Rome, qui tiens, était déjà proposée par HBO en 2005! On y trouvait déjà l’efficacité narrative, le soin très particulier de la mise en scène, la violence crue et le sexe tout aussi cru qui nous ont été offerts dans Game of Thrones. Rome avait malheureusement dû arrêter sa production après sa seconde saison, l’incendie des studios de Cinecittà mettant un terme à l’aventure…

Game of Thrones aura eu la chance de perdurer sur 9 années (et 8 saisons, avec une pause d’un an entre les saisons 7 et 8), ce qui aura permis de développer une galerie conséquente de personnages complexes et ambigus, laissant le spectateur s’attacher à eux ou les haïr, mais avec toujours le risque de les voir disparaître à n’importe quel moment… Car ce qui a fait le succès de ce show, c’est en tout premier lieu sa propension à massacrer sans tenir compte de l’importance du personnage à l’écran! Quand on a des acteurs principaux qui se font tuer sans que l’on s’y attende, ça change la donne, et on se dit que personne n’est à l’abri… 24 Heures Chrono avait été précurseur dans ce principe d’éradication, puisqu’elle nous offrait déjà des trépas importants dès 2001… Tout le monde se souvient de Ned Stark, et ce choc aura cimenté GOT en lui donnant un impact extrêmement profond et violent! On pourrait faire une équivalence en comics, avec l’épisode 122 de The Amazing Spider-Man, et le destin funeste d’une certaine Gwen Stacy

Game of Thrones aura connu des heures difficiles lors des saisons 5 et 6, peinant à conserver un rythme cohérent et captivant (il faut dire que la série était un peu en roue libre au début de la 6ème, George R. R. Martin n’ayant pas encore écrit la suite de son roman-fleuve à ce moment-là). Le show prenait donc de l’avance, mais optait pour un surplace désagréable qui amoindrissait l’impact de ce qui avait été mis en place au préalable. Mais avec le regain d’ingéniosité de la saison 7, on retrouvait une réelle motivation et une vraie audace de la part des auteurs. Et cette saison 8 se devait de conclure tout cela en beauté (ce qui signifie en vrai carnage!).

Le problème avec une série qui devient culte alors qu’elle est encore en production, c’est que la moindre ligne de dialogue, le moindre événement, le moindre changement dans la personnalité des protagonistes sont épiés, disséqués, analysés jusqu’à plus soif. C’est cette analyse extrême qui enlève toute sa saveur à une oeuvre, et il serait bien plus enviable de simplement apprécier en tant que spectateur le spectacle qui nous est proposé. Il est en effet avisé de donner son avis, mais de là à s’ériger comme juge en déclarant qu’il aurait mieux valu que tel personnage n’agisse surtout pas comme cela, c’est un peu exagéré… Une oeuvre, qu’elle soit cinématographique, musicale, littéraire ou autre, appartient à ses auteurs, qui nous proposent leur point de vue. A nous de nous le recevoir en pleine face, d’y adhérer ou non, mais d’accepter ce qui est donné comme une proposition qui restera évidemment figée à tout jamais. Il y aura toujours des déçus, des intrigues qu’on aurait aimé voir développées, des personnages qu’on aurait aimé voir sauvés, mais tout cet engouement est au final représentatif de l’aura de cette série, et de la marque indélébile qu’elle laissera dans l’histoire de la télévision. Il y aura toujours des réactions excessives, comme cette pétition pour refaire l’intégralité de la saison 8… Mais au final, cela prouve encore une fois l’impact médiatique et socio-culturel de Game of Thrones. Et ça dénote en même temps une certaine incapacité à se détacher d’un média qui aura pris tellement d’ampleur ces dernières années…

Benioff et Weiss ont donc choisi d’achever leur saga en 6 épisodes, et le résultat est excellent! J’ai trouvé cette saison 8 brillante, tant d’un point de vue narratif que visuel, et je suis pleinement satisfait d’arriver au bout de cette longue quête. Durant 9 ans, tout était encore de l’ordre du possible, toutes les sous-intrigues menant à cette ultime confrontation, et les chemins se sont resserrés au fil des épisodes pour mener à une seule fin, bien évidemment. Chaque fan aurait eu sa préférence, beaucoup auraient choisi un dénouement différent, mais encore une fois, nous sommes face à un choix unique, celui de David Benioff et D.B. Weiss. Ils ont tranchés, et nous ont offert une conclusion que je trouve épique, dense et intense émotionnellement. Après des années passées avec tout ces personnages, il est toujours difficile de faire des adieux, mais ceux de Benioff et Weiss (qui co-réalisent le dernier épisode) sont somptueux! Il y a effectivement une blockbusterisation de la série, mais cela n’est pas fait au détriment de l’intrigue. Et même s’il y a quelques approximations narratives (Arya en mode ninja!), cela n’enlève en rien la patine impressionnante qui habille ce show. Le choix de démarrer cette saison en douceur le temps de 2 épisodes est excellent, car il permet de se refamiliariser avec les protagonistes, tout en mettant en place une tension sourde préparant les violences à venir. Et pour ma part, le seul gros défaut de cette saison, c’est ce fameux épisode 3 trooooop sombre!!! Une bataille entièrement de nuit, dans laquelle on ne parvient presque pas à distinguer ce qui se passe!!! Et qu’on ne vienne pas nous dire que c’est un problème de réglage du téléviseur, je regarde la série sur le même écran depuis des années! ^^

On retrouve donc les personnages qui ont survécu aux saisons précédentes, et on va les voir embrasser leur destin, funeste pour les uns, plus heureux pour les autres, mais toujours captivant. Jon Snow s’est allié à Daenerys, qui veut faire tomber Cersei… Mais il faudra auparavant mettre un terme à la menace du Roi de la Nuit et de ses zombies! Toutes les intrigues convergent et vont enfin trouver leur conclusion, et le travail d’écriture est impressionnant pour lier tout cela le temps de 6 épisodes! Il y a une excellente fluidité narrative, et un sens aiguisé du dialogue, qui fonctionne parfois à l’économie, ou qui tourne parfois à la joute verbale! Tyrion Lannister est à ce titre le personnage le plus marquant du show, usant de sa diatribe pour parvenir à convaincre et à retourner des situations extrêmement délicates! Peter Dinklage lui confère une aura énorme, et en fait un personnage qui restera mythique dans l’histoire de la télévision! Jon Snow traverse cette saison de manière plus transparente, mais n’en demeure pas moins important. Emilia Clarke poursuit son envol avec la figure quasi-divine de Daenerys, la mère des dragons, et en fait également un personne d’une grande complexité. Et autour de ces personnages majeurs, se greffent de nombreuses figures tout aussi importantes à leur échelle, notamment Arya, personnifiée par une Maisie Williams surmotivée!

Il y a une réelle ampleur dans ce qui est proposé cette saison, avec des morceaux de bravoure très impressionnants! Quand on se retrouve face à une relecture du drame de Pompéï, c’est visuellement choquant, atroce et beau à la fois! Quand on a un personnage abattu devant ses yeux, ça choque toujours autant bien que l’on ait pris l’habitude du bodycount de ce show, et c’est là la réussite de Benioff, Weiss et de tout leur staff : parvenir à insuffler de l’émotion dans une trame qui aurait pu simplement se contenter de devenir un blockbuster sans âme. C’était le danger qui guettait lors des saisons 5 et 6, et qui aura été corrigé dans la 7. Cette saison finale sera parvenu à garder ce cap émotionnel, nous offrant une conclusion d’une très grande richesse, et marquant ainsi définitivement une page dans le monde des séries. Game of Thrones aura été puissante, violente, dense, émotive et sublime!!!

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L’Heure de la Sortie (Sébastien Marnier, 2018)

Sorti en tout début d’année dans l’indifférence la plus totale, le long métrage de Sébastien Marnier mérite amplement d’être découvert!!! Faisant figure d’OVNI dans le paysage cinématographique français, il nous propose une plongée envoûtante dans un récit à la croisée de plusieurs genres, qu’il va aborder avec un sérieux et une efficacité redoutables! Pierre est un professeur stagiaire qui va devoir effectuer un remplacement au College St Joseph, un établissement très réputé pour ses résultats, et notamment ceux de la classe de 3ème 1, qui comprend les élèves les plus doués de la région. C’est précisément dans cette classe que Pierre va oeuvrer, et il va se retrouver face à des élèves brillants mais récalcitrants face à son approche. L’atmosphère dans le collège n’est pas des plus sereines, surtout avec la présence de 6 élèves au comportement particulièrement élitiste, ce qui pose une distance hostile.

Sébastien Marnier va poser une atmosphère de tension sourde, et il va la dérouler tout au long de ce métrage avec une précision impressionnante! Pierre va par hasard découvrir une partie du quotidien de ces élèves atypiques, et il va tenter de comprendre leurs agissements, ce qui va avoir pour conséquence de le mettre de plus en plus dans une situation délicate. Sébastien Marnier construit une tension solide en l’axant sur les données sensorielles, et on plonge peu à peu dans un récit oppressant que ne renierait pas Kafka, l’auteur choisi par Pierre pour sa thèse, et auquel Marnier offre quelques belles références. On pense aussi subtilement à James G. Ballard, avec son évocation de certaines immensités dépeuplées. D’ailleurs l’auteur est également cité par l’une des élèves lors d’un exposé. Mais le plus important, au-delà de ces références prestigieuses, c’est que Sébastien Marnier parvient à créer une oeuvre fonctionnant par elle-même et dans laquelle il met en oeuvre une puissance narrative et visuelle qui lui est finalement propre. Au même titre qu’un Denis Villeneuve lorsqu’il s’embarque dans un projet, on sent que Marnier possède lui aussi une vision acérée et hors norme qu’il transmet très efficacement à l’écran.

L’Heure de la Sortie fait partie de ces films dans lesquels les acteurs, qui sont excellents au demeurant, sont totalement au service de l’intrigue et de la rigueur esthétique du metteur en scène. Il y a une cohérence fondamentale entre tous, et on sent une direction d’acteurs de très haut niveau, indispensable pour donner une telle qualité à un long métrage. Laurent Lafitte, que j’avais découvert dans De l’autre Côté du Périph, gère parfaitement son personnage, entre retenue et impulsivité, tandis qu’il semble perdre pied face à ces élèves imperturbables. Des élèves menés par une Luàna Bajrami impressionnante, qui joue Apolline avec une suffisance et une froideur étonnantes! Les acteurs jouant ses camarades sont également très bons, et on les croirait presque sortis du Village des Damnés! Ils ne sourient jamais, font preuve d’une franchise déstabilisante, et semblent avoir une vision du monde totalement perturbée. Luàna Bajrami tient la dragée haute à Laurent Lafitte, et parvient même à lui voler quelques scènes par sa présence qui fait froid dans le dos!

Ca fait du bien de se retrouver face à une oeuvre qui ne va pas nous donner tous les tenants et aboutissants directement, et qui va nous obliger à combler certains vides en puisant dans notre sensibilité et notre intuition. Le film se construit peu à peu en assemblant ses strates avec une grande intelligence, et des séquences qui pourraient paraître superflues sont pourtant très importantes. La scène de la chorale est à ce titre géniale, avec un morceau vraiment prenant doublé d’une mise en scène totalement immersive! Sébastien Marnier ne se contente pas de raconter une histoire, il nous la fait ressentir de la plus belle manière, et ne va pas nous lâcher jusqu’au bout. La tension permanente qu’il insuffle à son film est parfaite, et on se laisse envahir par cette ambiance crépusculaire totalement réussie, et par une forme de paranoïa kafkaienne complètement maîtrisée! L’Heure de la Sortie est un très grand film, qui mérite vraiment d’être mis en avant!!!

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Les news de la semaine : Beverly Hills Street Blues

Brandon, Brenda, Kelly, Steve et les autre vous manquaient depuis les années 90? Pas d’inquiétude, la Fox nous a préparé le retour de la série qui aura marqué toute une génération d’ados! En fait, le concept de ce BH90210 est assez intriguant, puisque les acteurs d’origine joueront leurs propres rôles, alors qu’ils tentent de mettre sur pied un revival de Beverly Hills! Une sorte de faux documentaire en 6 épisodes dans lequel on peut s’attendre à un mélange de nostalgie et de second degré, qui débarquera dès le 7 août! Le trailer est plutôt fun, je jetterai probablement un oeil à ça! ^^


 

Eh ben voilà, on y arrive! Black Mirror saison 5, c’est prévu pour le 5 juin, soit dans un peu plus de 2 semaines à peine! Après une saison 4 correcte mais en-dessous du niveau qualitatif auquel on était habitué depuis des années, et un film interactif raté, on espère que cette nouvelle salve retrouvera un certain esprit initial! C’est vrai qu’il y a un effet de blockbusterisation depuis l’épisode (pas terrible pour ma part) signé par Jodie Foster l’an passé, et le recrutement de têtes d’affiche comme Miley Cyrus, Anthony Mackie, Topher Grace ou Pom Klementieff cette année peut en effet faire peur… Mais on laissera le bénéfice du doute et on attendra sagement la mise en ligne de ces nouveaux épisodes!

 

Vu le succès du Marvel Cinematic Universe (Avengers : Endgame trône tranquillement à 2,5 milliards de dollars), le modèle a évidemment fait des émules. L’un d’entre eux a été lancé en 2017 avec La Momie, vous vous rappelez? Sauf que vu le succès critique et public du film (pour ma part, je l’avais bien apprécié ^^), les ambitions d’Universal afin de relancer une franchise à base de ses fameux monstres avait rapidement été écartée. En fait, elle n’a jamais été totalement abandonnée, mais disons qu’elle a été revue à la baisse. On n’aura donc pas de Johnny Depp en Homme Invisible ni d’autre grosse star du calibre de Tom Cruise, mais comme le projet a été confié au producteur Jason Blum (La saga American Nightmare, Upgrade, Us), il y a de quoi exciter la curiosité. Et encore plus quand le réal de l’excellent Upgrade se charge de la mise en scène de cet Invisible Man! En effet, Leigh Whannell va développer un récit centré sur une femme (Elisabeth Moss, vu dans The Handmaid’s Tale) qui apprend le suicide d’un ex violent, mais qui va se rendre compte qu’il n’est peut-être pas tout à fait mort finalement! Ca rejoint un peu le sujet de Hollow Man – l’Homme sans Ombre de Paul Verhoeven, et ça pourrait nous propulser vers une bonne histoire horrifique! A suivre donc!

 

Cette fois on y est, on aura bien droit à un reboot de la saga Mortal Kombat! Kevin Tancharoen a ramé pendant longtemps pour s’en occuper, nous offrant un excellent court métrage Mortal Kombat : Rebirth, ainsi qu’une série en 2 saisons nommée Mortal Kombat: Legacy! (la 1ère était vraiment bien!). Mais depuis, il s’en est allé jouer dans le MCU avec Marvel : les Agents du S.H.I.E.L.D., et le projet ressurgit aujourd’hui avec James Wan comme producteur! Le papa de Saw devrait nous offrir une adaptation bien sanglante, on espère… C’est l’inconnu Simon McQuoid, venu de la pub et du clip, qui mettra en scène les nouvelles aventures de Sub-Zero, Johnny Cage, Raiden et les autres!

 

A peine Game of Thrones terminé, les créateurs du show HBO se lanceront dans l’écriture du prochain Star Wars! Il était déjà convenu qu’ils travailleraient sur des films de la célèbre saga, mais on ne savait pas encore sous quel délai. C’est Robert Iger, le big boss de Disney, qui a révélé que le prochain film après Star Wars : l’Ascension de Skywalker sera celui de David Benioff et D.B. Weiss! L’occasion de redonner un coup de fouet nécessaire à une saga en perte de vitesse depuis quelques années… Il faudra tout de même être patient, ce film ne sortira qu’en 2022, et les volets suivants en 2024 et 2026!

 

Une nouvelle affiche pour Spider-Man : far from Home, plutôt réussie je trouve!

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Le Mambo des deux Ours (Joe R. Lansdale, 1995)

« Lorsque j’arrivais chez Leonard pour le réveillon de Noël, les Kentucky Headhunters étaient là et ils chantaient The Ballad of Davy Crockett, tandis que mon meilleur pote célébrait la chose à sa façon en incendiant de nouveau la maison voisine. » Quand on a un bouquin qui commence de cette manière, on ne peut douter qu’il sera excellent! ^^ Après avoir ravagé la crack house d’à côté dans L’Arbre à Bouteilles, Leonard Pine y retourne donc et tente encore une fois de faire arrêter les activités criminelles du quartier. Evidemment, on ne peut pas dire que sa méthode soit très légale, et comme Hap Collins se rendait justement chez lui à ce moment-là, ils finiront tous les deux au poste. Après ce début en mode Backdraft, voilà que le lieutenant Hanson va leur demander un service en contrepartie d’un abandon des charges : retrouver Florida, l’avocate qui avait subjugué Hap dans le roman précédent, et qui s’était finalement barrée avec Hanson…

Florida s’est rendue dans une ville paumée du Texas pour faire justice alors qu’un Black a été retrouvé pendu dans sa cellule, mais elle n’a plus donné de nouvelles depuis son départ… Hanson craint qu’il lui soit arrivé quelque chose de grave, surtout que le Ku Klux Klan est très actif dans le coin… Hap et Leonard ne vont donc pas tarder à s’embarquer dans une mission très explosive, en se rendant dans la jolie ville de Grovetown, où la suprématie blanche est encore d’actualité… Un Black homo à la grande gueule comme Leonard va évidemment poser quelques petits problèmes à la population locale! La scène du débarquement dans le bar local vaut le détour… Hap avait fait une jolie prédiction juste avant d’y entrer : « Oh, d’accord, grommelais-je. Après tout, qu’est-ce que c’est, quelques points de suture entre amis? »

Joe R. Lansdale n’a pas son pareil pour foutre Hap et Leonard dans des situations extrêmement merdiques, et la paire va encore s’en prendre plein la gueule dans ce roman! Mais leur côté héroïque fait qu’ils ne peuvent pas s’empêcher de foncer dans les emmerdes, histoire de régler les injustices! Et surtout, Lansdale manie son humour dévastateur avec une classe absolue!!! Mention spéciale au flic Charlie, devenu adepte des ombres chinoises : «  »Je me suis payé un livre. Ma femme prétendait qu’il me fallait un hobby, alors j’ai trouvé ce truc. Ca me relaxe, mais madame estime que c’est pas suffisant. Elle veut que j’aille à la gym et que je m’entraîne, mais grâce à ça, j’peux rester à la maison, le cul posé dans le fauteuil. Je coupe les lumières, et j’fais mes ombres avec la lampe de la table basse. Quand j’en ai marre, je regarde la télé un moment. Eh, vous avez vu, celle-là ressemble à une chatte, non? – Merde, comment t’arrives à reconnaître un chat, ici? demandais-je. –Une chatte! Tu sais, un vagin. Un truc de gonzesse. – Ah, oui, dis-je. Je crois que je me souviens vaguement de ces trucs-là.  »

Il y a toujours une sorte de flou temporel dans les bouquins consacrés à Hap et Leonard, avec ce manque d’éléments permettant de définir l’époque à laquelle les récits se passent. C’est censé se dérouler à l’époque contemporaine, mais les références musicales, cinématographiques et autres renvoient constamment au passé. Et les personnages ne sont pas des gens hyper-connectés, du coup le déroulement des événements se fait toujours à l’ancienne, sans besoin de téléphones portables et on a pas trop de hackers non plus! ^^ Lansdale se concentre davantage sur les lieux, la nature environnante, et comment les individus passent leur existence dans ces endroits reculés. « Il caillait comme le trou du cul d’un Esquimau dans les chiottes extérieures d’un igloo, mais la lumière était claire et brillante, et l’obscurité des forêts de l’East Texas était apaisante. Froid ou pas, les aiguilles des pins étaient vertes, à part d’occasionnelles traînées couleur rouille, et les chênes étaient imposants même sans leurs feuilles, et leurs branches s’entrelaçaient comme les squelettes d’une espèce animale inconnue disposés en un arrangement artistique élaboré. » Il y a un mélange d’humour et de vraie poésie qui se marient à merveille dans ses descriptions, et même les éléments anodins comme cette description d’une forêt s’avèrent excellentes!

Les bouquins de Lansdale traitent de racisme, d’homophobie, de sexisme mais avec toujours un humour décapant et une plume acérée, et au travers de ces enquêtes sur fond de meurtres, c’est à une radiographie de la couche profonde des USA que l’on est convié, avec les idées archaïques trop ancrées, une certaine forme de puritanisme nauséabond, et les élans progressistes d’Hap et Leonard! Elans toujours balancés comme des uppercuts, et au final, c’est ça qui fait du bien! Leur mano a mano avec la branche du Klan sévissant à Grovetown va être bien violent, et je vous invite vraiment à découvrir ces romans de Lansdale! « -Vous savez, pour chacun de nous, quand on y pense, y a que ça… (il leva la main et forma un petit C avec son pouce et son index.) qui sépare l’être humain de l’étron. Ouais, tous autant qu’on est. Je veux dire, c’est la distance entre les deux trous. En sortant, on a tous raté le cul de justesse. (Il abaissa la main, regarda Costard Gris et sourit.) Sauf vous, monsieur. Vous, vous avez réussi. Votre mère à chié une merde, elle lui a mis un costume et elle lui a donné votre nom. »

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