The Empty Man (David Prior, 2020)

Je connaissais surtout la veine caustique du scénariste de comics Cullen Bunn, avec ses innombrables mini-séries consacrées à Deadpool (Deadpool Assassin, Deadpool massacre Deadpool, Deadpool vs Carnage…), et même s’il se permettait quelques exactions bien sanglantes, je ne me doutais pas qu’il s’engouffrerait un jour dans une tendance réellement horrifique! C’est le cas avec son comics The Empty Man publié chez Boom! Studios et dessiné par Vanesa R. Del Rey, dans lequel plusieurs ados se mettent à disparaître mystérieusement. Un ex-flic va commencer à enquêter, et va découvrir des ramifications terrifiantes à cette affaire…

Il s’agit du premier long métrage de David Prior, qui écrit lui-même l’adaptation du comics, et qui donne vie à un vrai chef-d’oeuvre horrifique! De cette intro bien stressante à un final très surprenant, on suit ce film sans décrocher une seule seconde, tant il est maîtrisé de bout en bout. En général, les films d’horreur sont relativement courts, aux alentours d’1h30, mais celui-ci se permet de développer son récit sur 2h17! Ce détail démontre déjà une certaine volonté de creuser davantage que le film de genre lambda… Et pour que la mythologie complexe de l’Empty Man prenne tout son sens, on avait bien besoin de tout ce temps!

Le récit que va nous conter Prior (et Bunn aussi donc!) va suivre l’ancien flic James Lasombra, qui commence à enquêter sur la disparition d’Amanda, la fille d’une amie à lui. La dernière fois qu’il l’a vue, elle tenait des propos étranges et inquiétants, et il va remonter la piste avec une de ses amies qui lui raconte la légende urbaine de l’Empty Man, que l’on invoque en soufflant dans une bouteille lorsque on se trouve sur un pont… Une caractéristique qui en fait un boogeyman typique, à l’instar d’un Slender Man, ou d’un Candyman dont il faut répéter le nom 5 fois devant la glace. Ce choix permet d’ancrer immédiatement le film dans un processus classique avec les lycéens qui jouent à se faire peur et qui vont être rattrapés par la réalité du mythe, et David Prior met en place des séquences baignant dans une magnifique atmosphère. Son film se suffirait en tant que slasher à la Scream, mais il va aller bien au-delà en développant son récit avec une force insoupçonnée!

Il faut dire que l’introduction a de quoi perturber par rapport à la trame principale, et cela met déjà en place toute la complexité du propos et de cette légende de l’Empty Man. La séquence d’ouverture, qui est nettement plus longue qu’une intro classique, démontre à quel point David Prior gère les codes horrifiques, et fait office de mise en bouche des plus délectables! La façon dont est gérée la tension, le lent basculement vers l’irréversible, et la caractérisation de personnages intéressants, permettent de s’immiscer immédiatement dans une histoire forte qui va nous secouer. La mise en scène impressionne, avec cette tension sous-jacente et ces détails anormaux. C’est également cette anormalité dans le quotidien que Prior exploitera pour démontrer l’emprise progressive  de l’Empty Man. La fluidité de sa caméra permet de donner vie à des environnements à l’atmosphère lourde et inquiétante, et on se balade dans cette petite ville pas si tranquille que ça avec un vrai plaisir, tant les plans sont travaillés. On pourrait rapprocher la composition de ce film de l’excellent thriller I see you, dans lequel le metteur en scène Adam Randall possède une acuité visuelle et narrative comparables.

James Badge Dale (Iron Man 3, World War Z, The Walk : rêver plus haut, Donnybrook) s’avère excellent dans le rôle de Lasombra, avec une profondeur bienvenue dans la psychologie de son personnage. D’un côté, il semble totalement maîtriser chaque élément de son existence, et de l’autre, il est tiraillé par un passé douloureux, et ce mélange est savamment dosé, et surtout joué avec une justesse exemplaire. James Badge Dale donne vie à un héros bien plus intéressant que la moyenne dans ce genre de production, et on va voir au fur et à mesure de son enquête que cette écriture s’avère très intelligente. Rien que la façon dont il interroge l’amie d’Amanda est bien plus précise et optimale que ce qu’on a l’habitude de voir, et qui en général se perd davantage dans les poncifs. Sasha Frolova donne une consistance assez éthérée à Amanda, et on la sent bien border-line… L’actrice vue dans Red Sparrow ou Les Filles du Docteur March joue avec beaucoup de tact cette ado déphasée… Et de toute façon, à partir du moment où vous avez Owen Teague dans un film, vous savez que ça ne peut pas bien se passer ^^ L’acteur n’a qu’un rôle secondaire ici, mais il a déjà une carrière bien remplie, avec Ca, Black Mirror (l’épisode Arkangel), Ca : Chapitre 2, Le Fléau, mais surtout le magnifique I see you que j’évoquais plus haut, dans lequel il nous livre l’une de ses prestations les plus impressionnantes de sa jeune carrière.

La densité narrative de The Empty Man permet d’aller bien plus loin qu’un slasher classique, et David Prior va explorer des thématiques bien diverses que l’on voit souvent dans les films horrifiques, mais pas toutes ensembles! C’est dans cet entremêlement que le film impressionne, car il ne fait aucun faux pas et parvient à maintenir un équilibre parfait! La mise en scène bien intuitive de Prior ne fait qu’ajouter à la solidité de l’ensemble, et on se retrouve face à un film qui va bien perturber nos sens aiguisés par des décennies de films de genre! Comme quoi, il est toujours possible d’innover, et The Empty Man en est une preuve sublime et irréfutable! La construction de ses séquences est parfaite, comme lorsque James se réveille en pleine nuit en entendant des bruits, ou lors de la mise à mort très graphique dans le sauna! Prior parvient même à jouer sur une certaine sensualité qu’il mêle irrémédiablement à la mort…

The Empty Man n’a pas eu la chance de sortir en salles l’année dernière, mais je vous invite vraiment à lui donner sa chance!

 

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Le clip de la semaine : Daniel Radcliffe raps

Je vous avais déjà parlé du fameux Alphabet Aerobics de Blackalicious, vous vous rappelez? C’était là! ^^ Eh bien ce sacré Daniel Radcliffe a eu l’audace de le reprendre en 2014 lors de son passage chez Jimmy Kimmel, et le résultat est impressionnant!

 

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Breakdown – Point de Rupture (Jonathan Mostow, 1997)

Après avoir mis en scène l’obscur Beverly Hills Bodysnatchers en 1989, Jonathan Mostow attend quasiment 10 ans avant de revenir au cinéma, avec ce très bon Breakdown – Point de Rupture, un thriller en forme de road-movie donnant lieu à une tension palpable et à quelques scènes d’action bien enlevées! Mostow réalisera ensuite U-571, mais aussi Terminator 3 : le Soulèvement des Machines, et Clones avec Bruce Willis.

Juste après Ultime Décision et Los Angeles 2013, Kurt Russell apprécie toujours le cinéma d’action, et il campe Jeff Taylor, un homme sans histoires traversant les Etats-Unis avec sa femme, en direction d’une nouvelle vie. Mais leur voiture tombe en panne sur une route déserte, et un routier se propose de les emmener au relais le plus proche. Jeff choisit de rester à la voiture qui contient toutes leurs affaires, et sa femme Amy part avec le routier pour appeler une dépanneuse. Quand Jeff parvient à faire redémarrer le véhicule, il se rend au relais pour se rendre compte que personne n’y a vu sa femme ni le routier… La panique commence à monter, et il craint qu’Amy se soit fait kidnapper…

Jonathan Mostow signe un thriller très réussi, dans lequel un individu lambda va devoir puiser dans des ressources insoupçonnées afin de s’en sortir. Jeff va devoir comprendre ce qui est arrivé à Amy, et va se retrouver dans des situations bien tendues, notamment face à la police qui ne le croit pas. Mostow a rédigé le script du film avec Sam Montgomery (scénariste et producteur sur quelques épisodes de 24 Heures Chrono), et la paire rédige un récit prenant en mode parano, avec une incompréhension totale de la part de Jeff, perdu dans une situation qui le dépasse. Il pense retrouver le chauffeur du camion, qui lui certifie ne jamais avoir vu sa femme, et il se retrouve bien seul sur cette route désertique avec ce tragique mystère. Mais Jeff ne va pas lâcher, et va tenter de remonter la piste pour retrouver Amy.

Mostow gère très bien son thriller en plein soleil, et rend forcément hommage au téléfilm Duel de Steven Spielberg, avec cette recherche du mystérieux camion qui a emmené Amy. On est en plein arrière-pays, avec un soleil de plomb, et Jeff est totalement perdu face aux événements. Mais un indice va le pousser sur une route secondaire, et il va enfin comprendre de quoi il retourne… Victime d’un plan machiavélique, il va devoir tout faire pour survivre et sauver sa femme, et on va assister à des séquences bien stressantes et très réalistes! Jeff n’a rien d’un surhomme, et doit constamment composer avec l’angoisse qui l’étreint, et est souvent à 2 doigts de craquer. Ce parti-pris d’offrir un personnage en proie au stress augmente forcément la tension de l’ensemble, et Mostow va balader son pauvre héros dont la peur va peu à peu se transformer en rage. C’est cette métamorphose progressive du citadin sans relief vers une figure plus viscérale qui rend également le film très intéressant, et Kurt Russell donne corps à une transformation crédible.

Jonathan Mostow nous gratifie de séquences de poursuite très bien menées, et dont les impacts s’avèrent bien violents. La scène de fin vaut franchement le détour, avec cette attitude revancharde qui renvoie à un besoin de justice primaire finalement légitime au vu de la situation! Breakdown – Point de Rupture est un film qui s’est fait oublier au fil du temps, et dont il est bon d’enlever un peu la poussière du désert! 😉

 

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Les news de la semaine : Au Clair de la Lune

Ca bouge pas mal du côté de Moon Knight, et passées les premières rumeurs, la présence d’Oscar Isaac est donc bel et bien effective dans la série consacrée au Vengeur de l’Ombre! Isaac endossera le costume fantomatique et les différents alter-ego de Marc Spector! Et comme si ça ne suffisait pas, on apprend tout juste que son ennemi principal sera interprété par… Ethan Hawke! C’est donc un casting de renom qui commence à prendre forme pour le héros créé par Doug Moench et Don Perlin en 1975! On ne connaît pas encore le rôle d’Hawke, mais l’info devrait être accessible dans les semaines qui viennent!

Et pour rester du côté de Spector, on a également appris que Justin Benson et Aaron Moorhead avaient été recrutés en tant que metteurs en scène sur la série, le temps de quelques épisodes! On leur doit l’excellent The Endless, et ce trip spatio-temporel à tendance lovecraftienne ayant largement démontré leurs capacités, on a hâte de voir Benson et Moorhead se coltiner du super-héros! Ces annonces multiples sur la série n’en finissent donc pas d’augmenter la hype!!!

 

Kevin Feige l’a confirmé, c’est donc officiel : Deadpool 3 sera bien R-rated, et donc interdit aux moins de 17 ans non accompagnés aux USA!!! Une excellente nouvelle, qui comme d’habitude sera déclinée par du -12 ans chez nous, mais en tout cas, cela confirme l’entière confiance en Ryan « Wade » Reynolds, et surtout en la filiation avec ce qui a déjà été fait avec les précédents films! Wade ne sera donc pas brimé et pourra se permettre toutes les exactions possibles, ça fait bien plaisir!!!

 

Et le prochain Mortal Kombat, dans tout ça? Il va bien merci, et avance ses pions peu à peu! On a droit à quelques photos de ce reboot signé Simon McQuoid, qui devrait mettre l’accent sur des combats bien brutaux et des fatalities bien dégueulasses! Avec Joe Taslim (The Raid) dans le rôle de Sub-Zero et Hiroyuki Sanada (Ring, Le dernier Samouraï) dans celui de Scorpion, on sent que le film est pris au sérieux et devrait faire oublier le rire sardonique de Christophe Lambert. On découvre aussi Jax ou encore Sonya Blade, et les propos du metteur en scène sont plutôt enthousiasmants :

“Le sang représente la famille. Le sang représente une connexion. Le sang représente ce que nous sommes. Sans vouloir être trop compliqué, on a utilisé le sang de manière réfléchie.”

“Il y a quelques beaux mouvements de caméra pour donner du dynamisme […], mais on a eu besoin que ça reste élémentaire et vraiment brutal. Ce n’est pas un film scintillant… Je voulais que la poussière et la crasse ressortent.”

“Il y a des fatalities bien folles. On en a sélectionné quelques-unes vraiment iconiques. Il y a plein de mouvements signatures, et plein d’easter eggs qu’on a glissés dans le film. Mais il y a surtout des fatalities bien badass que j’ai hâte de voir sur grand écran. Elles sont bien brutales ! On ne s’est pas retenus” (source : Ecran Large)

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Ardor (Pablo Fendrik, 2014)

Pablo Fendrik est un metteur en scène argentin, qui va nous livrer un western âpre et contemplatif situé dans la forêt tropicale de Misiones. Cette co-production argentine, mexicaine, brésilienne, française et américaine va nous raconter le combat d’un homme face à des mercenaires venus soutirer leurs terres aux autochtones. Dans cette région reculée et sauvage, le drame qui est en train de s’y dérouler n’a aucune résonnance extérieure, et la seule façon de résister est de se dresser face à cet envahisseur. Pablo Fendrik va utiliser les codes du western en les façonnant à sa manière bien personnelle, et Ardor apparaît comme une oeuvre atypique et dépouillée, et finalement prenante. On pourrait la rapprocher de l’excellent Desierto signé Jonas Cuaron, dans lequel joue… Gael Garcia Bernal!

C’est en effet le même acteur mexicain qui incarne le rôle principal d’Ardor, et alors qu’il était en mode survie dans Desierto, il est davantage en mode traque dans ce film. Il incarne un homme mystérieux sorti de la forêt, qui va venir en aide à un fermier et sa fille. Quasiment mutique, à l’instar du héros typique des westerns, Kaï est capable de se fondre dans les éléments naturels afin de brouiller ses ennemis et de les pister. Un homme presque animal, dont la relation avec le tigre errant dans la forêt est intrigante. Ardor est un film avec très peu de dialogues, et davantage sensitif que démonstratif. L’approche de Pablo Fendrik peut, dans une moindre mesure, se comparer à celles très naturalistes et contemplatives de Terrence Malick ou Alejandro Gonzalez Innaritu. Il est moins captivant que The Revenant ou que Desierto, mais il pose une atmosphère assez dense pour que l’on se plaise à suivre cette lutte contre l’envahisseur.

Aux côtés de Gael Garcia Bernal, on a une Alice Braga bien plus intense que lorsqu’elle est obligée de jouer dans Les Nouveaux Mutants… L’actrice brésilienne représente elle aussi un archétype très western, celui de la femme un peu rude qu’il va falloir sauver. Son personnage, lui aussi assez avare en paroles, s’avère intéressant et elle lui donne une belle densité. Les 2 acteurs apportent une sensibilité très naturelle, qui se fond aisément dans les forces environnantes de cette forêt. Ardor va narrer la lutte contre l’envahisseur de manière anti-spectaculaire, dans un écrin très réaliste et une veine que ne renierait pas Werner Herzog. L’acteur argentin Claudio Tolcachir est bien intense lui aussi, dans le rôle du chef des mercenaires, et trouve en Kaï un adversaire à sa hauteur. La chasse à l’homme qui va avoir lieu en pleine jungle n’en sera que plus dangereuse…

Ardor n’est donc pas aussi spectaculaire qu’un Apocalypto par exemple, et risque de dérouter certains spectateurs. Mais pour ma part, la beauté de la mise en scène et ce mélange de torpeur et d’action s’avère assez étrange et intrigant pour que l’on ait envie de suivre Kaï dans sa mission vengeresse. Et lorsque je parle de beauté de mise en scène, je dois également souligner le superbe travail sur la photographie signé Julián Apezteguia!

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