La Vie domestique (Isabelle Czajka, 2013)

Adaptation du roman Arlington Park de l’auteur anglaise Rachel Cusk, La Vie domestique étonne par la maîtrise de son atmosphère alors que le sujet n’est pas forcément des plus attirants. La réalisatrice française Isabelle Czajka va raconter le quotidien de femmes au foyer vivants en région parisienne, entre la préparation du petit déjeuner, la course pour emmener les gamins à l’école, les courses, les repas… Isabelle Czajka nous décrit une journée type dans la vie de ces femmes, qui acceptent plus ou moins leur rôle de ménagère sans histoire.

Emmanuelle Devos, Julie Ferrier, Natacha Régnier et Héléna Noguerra composent ces femmes du voisinage qui tentent de maîtriser ce quotidien monotone et sans relief, en se voilant plus ou moins la face sur leur réussite et sur leurs propres ambitions dans l’existence. Isabelle Czajka ouvre son film avec une scène qui pourrait paraître exagérée, mais le discours machiste qui y est exposé démontre une certaine vision datée et poutant persistante que l’homme a de la femme. Le traitement est sec et pris dans l’écrin d’une soirée tranquille, ce qui donne une certaine tension à cette scène.

C’est cette tension sous-jacente faite de non-dits et d’à-priori qui va perdurer tout au long du film, et qui va permettre à La Vie domestique d’être bien plus intéressant qu’une évocation classique de la vie de mères au foyer. Juliette (Emmanuelle Devos) aspire à trouver un travail chez un éditeur, ce qui lui permettrait d’assumer une certaine ambition professionnelle et lui offrirait autre chose que sa vie au foyer. Vaguement soutenue par son mari, elle doit organiser sa journée en fonction de la réponse à cet entretien d’embauche qu’elle risque d’avoir dans les heures qui viennent. Qui pourrait garder les enfants, qui pourrait l’aider pour que tout se passe au mieux? Prise dans le stress de cette attente, qu’elle ne peut partager avec son mari qui ne semble pas comprendre son besoin de sortir du carcan familial, elle va tenter de conjuguer sa journée normale avec ses aspirations.

Isabelle Czajka parvient à insuffler une vision très réaliste et terre-à-terre (les courses à Auchan, la crèche, etc…) et va saupoudrer cette vie d’apparence normale d’une certaine tension, celle-là même qui agite secrètement ces femmes qui se retrouvent prisonnières de leur rôle. C’est avec beaucoup d’intelligence et une grande subtilité que la réalisatrice narre ce combat intérieur et silencieux vécu par ces femmes. Evidemment, le rôle des hommes est plutôt peu flatteur, puisqu’ils sont au mieux vus comme de grands enfants égoïstes, qui ne voient leurs enfants que rapidement le matin et vite fait le soir. Pourtant, cette vision n’est pas si éloignée de la réalité dans certains cas, et même si ce film de femmes réalisé par une femme offre une vision partiale, elle n’en reste pas moins captivante. En effet, il y a un côté hypnotique dans ce film, toujours dû à cette tension insidieuse qui fait que l’on veut savoir comment tout va se terminer. Le fil rouge de cette gamine disparue dans le quartier va ajouter à cette tension, en montrant que la vie lisse et impeccable n’est pas à l’abri d’un drame.

En s’entourant d’actrices (et d’acteurs aussi) plutôt bons, Isabelle Czajka nous livre un film intimiste et qui impressionne par sa maîtrise. C’est difficile de faire adhérer le spectateur à un récit aussi réaliste, mais ça fonctionne grâce à un vrai talent de mise en scène. D’ailleurs, les scènes du parc sont vraiment belles et offrent une certaine allégorie de la vie rêvée de Juliette. La Vie domestique est une très belle oeuvre du cinéma d’auteur français.

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Le clip de la semaine: SURICATE – Le Fantôme de Merde / Shitty Ghost

Raphaël Descraques, c’est l’homme derrière de nombreuses vidéos du groupe Suricate, et il écrit/réalise/joue dans ce nouvel opus déjanté avec sa troupe d’habitués, pour nous offrir une relecture savoureuse du mythe de l’hôtel hanté. Entre humour gras et émotion presque vraie, il nous balance un court vraiment inventif et drôle, qui nous montre l’envers du décor de la vie des fantômes! A ne pas rater!

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Last Days of Summer (Jason Reitman, 2013)

Last Days of Summer (c’est le titre français, le titre original étant Labor Day…) prend place dans une petite bourgade américaine à la fin des années 80. Adele vit seule avec son fils Henry, engluée dans une existence monotone faite de solitude et de dépression. Elle tente quand même de lutter pour Henry, qui tente avec beaucoup d’amour d’aider sa mère. Mais cette situation va basculer sans prévenir, lorsqu’un détenu en fuite va obliger Adele à le cacher chez lui.

Le réalisateur de Thank you for smoking et Juno dresse un portrait touchant et réaliste de trois personnages perdus dans leur existence, dont la rencontre va les faire grandir. Jason Reitman adapte le roman Labor Day de l’auteur Joyce Maynard, et va dérouler un récit classique mais qui prend tout son sens avec des personnages forts. La mère célibataire, le fils et l’inconnu vont apprendre à se connaître durant ces trois jours passés ensemble, et cette expérience marquera chacun durablement. Jason Reitman explore les relations humaines avec beaucoup de tact, et va peu à peu dévoiler ses personnages, façonnés par un passé difficile et tentant de survivre dans un présent sans espoir.

Kate Winslet est comme à son habitude très proche de son personnage, et dévoile les failles d’Adele avec une vraie sensibilité. Josh Brolin est toujours aussi excellent, et offre de multiples facettes à Frank, pouvant passer de la gentillesse à la tension en un quart de seconde. Il élabore un personnage aux apparences de brute, et va laisser s’écouler toute la bonté d’un homme fatigué mais qui va reprendre espoir. Gattlin Griffith possède un vrai talent pour ce métier, et joue le jeune Henry avec beaucoup de conviction. Très sobre dans son jeu, il parvient à être intense et à se maintenir au niveau de Kate Winslet et Josh Brolin.

Ce trio recomposé va passer trois jours en autarcie, dans cette petite maison en cette fin d’été, et va peu à peu se rapprocher jusqu’à sembler former une famille. Les aspirations perdues de chacun semblent reprendre vie grâce à cette rencontre improbable, et Reitman laisse son film se poursuivre paisiblement au gré des découvertes de chacun. Mais la tension se ravive par moments, Frank étant activement recherché par la police. Last Days of Summer évoque des instants de beauté figés dans le temps, offerts comme un dernier sursaut à ces trois êtres seuls. Mais peut-être y a-t-il un espoir pour que ce bonheur inespéré perdure?

Si le récit est classique, le traitement de Reitman donne toute sa conviction à ce film, qui dévoile des personnages intenses. On plonge dans ces derniers jours estivaux avec une vraie envie de savoir ce qui va se passer pour Frank, Adele et Henry, et on se prend à espérer que ces trois jours ne soient que le début d’une nouvelle vie.

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Les news de la semaine: Juillet de Sang

C’est avec beaucoup de surprise que je viens de découvrir ce matin la bande-annonce de Cold in July!!! Ce projet de Jim Mickle avait été évoqué il y a bien longtemps, et il a finalement tourné son adaptation du roman de Joe R. Lansdale le bougre! Dire que j’attends de voir le résultat serait un euphémisme, étant donné la classe et le talent de l’écrivain! Avec un Michael C. Hall (Dexter) méconnaissable, ainsi que Sam Shepard et Don Johnson, on va plonger dans l’histoire de ce père de famille sans histoires qui, après avoir tué un intrus dans sa maison, va se retrouvé confronté au père de celui-ci. Ca sent bon le Texas bien profond, et j’espère que l’ambiance du Juillet de Sang de Lansdale se retrouvera dans le film de Mickle!!!

Sans trop de surprise, le grand méchant de The Fantastic Four sera le Docteur Fatalis! C’est l’acteur Toby Kebbell qui a confirmé la rumeur, lui qui incarnera le despote de Latvérie dans ce reboot! Une recrue de choix, puisque Kebbell a notamment joué dans l’excellente série british Black Mirror!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La bande-annonce de Gone Girl est tombée, et le moins que l’on puisse dire est qu’elle n’a rien de spécial… Mais avec David Fincher aux commandes, je me méfie tout de même…

On termine par une news très grave, avec l’accusation de viol que Michael Egan a déposé contre Bryan Singer. On plonge en pleine polémique sordide avec les propos d’Egan qui attestent de soirées très spéciales dans le petit monde hollywoodien… Plus d’infos avec ce lien. Pour l’instant, on ne peut pas juger, mais si c’est la vérité, ça risque d’éclabousser pas mal de monde, et pas seulement le réalisateur phare de la saga X-Men

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Merantau (Gareth Evans, 2009)

Avant la sortie de The Raid 2: Berandal mercredi (repoussée au 23 juillet en fait……), un petit retour en arrière s’impose avec Merantau, la première collaboration entre le réalisateur Gareth Evans et l’acteur Iko Uwais. Evans n’en est pas à son coup d’essai puisqu’il a déjà mis en scène Footsteps, un film britannique déjà centré sur la violence. Le Gallois se rend en Indonésie afin de réaliser un segment d’un documentaire consacré au silat, un art martial qui va le fasciner. La rencontre avec le pratiquant Iko Uwais va être déterminante, et les deux hommes vont s’associer afin de créer une oeuvre qui rendra hommage à cet art du combat.

Le terme « Merantau » signifie « émigrer », et il est synonyme de « voyage initiatique », puisqu’il s’agit pour les jeunes hommes de quitter leur village afin de découvrir le monde. Yuda est en âge de faire son Merantau, et il va quitter sa mère et son frère pour se rendre à Jakarta, où il va tenter de trouver du travail en tant que professeur de silat. Mais son parcours va être semé d’embûches à partir du moment où il va venir en aide à une jeune danseuse malmenée par son patron… Il va alors devoir utiliser ses qualités martiales contre les bad guys qui n’auront de cesse de mettre la main sur la jeune Astri.

Ce qui frappe d’emblée dans Merantau, c’est la qualité visuelle instaurée par Gareth Evans. La beauté des cadrages et des couleurs permet de magnifier la tranquillité du village et des rizières où vit Yuda, et offre une vision du calme qui va s’opposer à la clameur et le grouillement de Jakarta. Evans prend le temps de créer une atmosphère et de placer certains enjeux évolutifs, ce qui d’un autre côté va faire que le film démarre lentement. La préparation de Yuda, le voyage vers Jakarta, la désillusion, Evans met en place une transformation pour son personnage en respectant une certaine logique. L’inconvénient, c’est que tout cela prend pas mal de temps, et que ça laisse de côté le silat pendant un moment.

Mais le film va commencer à offrir quelques scènes d’action au bout de 40 minutes, et le talent d’Iko Uwais va peu à peu se dévoiler. Le talent d’Evans lui, est de filmer les combats de manière très lisible, souvent en plan large et sans utiliser de montage cut. Les chorégraphies sont impressionnantes par leur rapidité d’exécution et leur précision, et Uwais s’avère extrêmement talentueux. La combinaison Evans-Uwais permet de créer de très belles scènes d’action, et il se font plaisir en multipliant les terrains de jeu. Une boîte de nuit, une passerelle, un quartier de Jakarta, un entrepôt, Evans et Uwais vont s’adapter à leur environnement afin de nous offrir des scènes d’action originales et particulièrement violentes.

Du point de vue de l’action, Merantau remplit son office, même s’il est loin du non-stop du génial The Raid! Après, c’est au niveau des personnages qu’il est plus light, avec un bad guy assez parodique et des personnages pas trop approfondis. Les parties dialoguées sont donc moins intéressantes, mais Merantau apparaît comme une sorte de préparatif pour The Raid, Uwais et Evans jaugeant leurs capacités respectives et s’accordant sur leur vision de l’action. On peut dire que ce film est une découverte tant pour le spectateur que pour les protagonistes, qui plongeront par la suite de manière bien plus satisfaisante dans la violence avec The Raid!

Mais si on découvre Iko Uwais avec Merantau qui est son premier film, c’est aussi le cas pour l’excellent Yayan Ruhian, qui va être opposé à Yuda dans le film. Son rôle est moins marquant que dans The Raid, mais celui qui jouera le génial Chien fou fait aussi preuve de belles capacités dans ce premier film. Merantau permet à tout ce beau petit monde d’affûter leurs techniques et de démontrer leurs savoirs, avant d’exploser dans leur film suivant!

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