Body Snatchers, l’Invasion continue est un film totalement ancré dans son époque, nous offrant un récit et un caractère visuel calqués sur la mythique série X-Files: aux Frontières du Réel, apparue elle aussi en 1993. Le film d’Abel Ferrara pourrait être une extension du show de Chris Carter, tant les thèmes et le traitement sons similaires. Au début des années 90, les extraterrestres avaient la côte, et ce sont sans aucun doute possible Mulder et Scullyqui ont relancé cet engouement!
Body Snatchers, l’Invasion continue est la 3ème adaptation du roman de Jack FinneyL’invasion des Profanateurs, paru en 1955. Il fait suite à L’Invasion des Profanateurs de Sépulture (Don Siegel, 1956), L’Invasion des Profanateurs (Philip Kaufman, 1978), et sera suivi par Invasion d’Oliver Hirschbiegelet James McTeigue(ce dernier n’étant pas crédité au générique, mais ayant mis en scène les reshoots demandés par le studio, qui n’était pas satisfait par le travail d’Hirschbiegel). Si le titre français indique que le film est une suite à celui de Philip Kaufman, aucun élément narratifs ne fait le lien avec, et cette version est donc au final un nouveau film indépendant des autres.
Abel Ferrara vient de livrer 2 de ses films les plus reconnus, King of New York en 1990, et le bien trash Bad Lieutenant en 1992. Le voir arriver sur un projet d’adaptation littéraire change la donne, mais il embarque avec lui Nicholas St John, son scénariste fétiche avec qui il bossait depuis son premier court métrage en 1971, et qui l’a suivi jusqu’à Nos Funérailles en 1996. On trouve aussi à l’écriture Larry Cohen et Stuart Gordon, le premier étant le scénariste de la trilogie Maniac Cop, et le metteur en scène du très bon Meurtres sous Contrôle; le second ayant réalisé Re-Animator. Des scénaristes oeuvrant dans le genre depuis un bon bout de temps, et dont l’expérience est profitable pour que le film ait un impact fort!
Ferrara utilise une mise en scène qui lui est moins personnelle, et se fond en quelque sorte dans la tendance SF du moment, dont il gère pourtant très efficacement les codes. De nombreuses scènes renvoient aux belles heures d’X-Files: aux Frontières du Réel, avec notamment ces éclairages si caractéristiques, avec ces spots puissants derrière des volets pas totalement fermés, et apportant une lumière striée dans une pièce plongée dans la pénombre. C’est une vision résolument 90’s, qui contribue efficacement à l’atmosphère tendue souhaitée par le réalisateur. Les scènes où les doubles extraterrestres pointent du doigt les humains en poussant leur hurlement guttural sont là encore très caractéristique, et offrent des éléments graphiquement forts.
Quand la jeune Marti Malone(Gabrielle Anwar, alors en pleine ascension après avoir donné la réplique à Al Pacino dans Le Temps d’un Week-End), débarque avec sa famille recomposée dans une base militaire pour quelques mois, afin que son père puisse effectuer des tests sur les produits chimiques utilisés par les militaires, elle va rapidement se rendre compte que quelque chose cloche avec les gens. C’est même son petit frère qui va s’en rendre compte en premier, avec notamment cette scène là encore très forte où tous les enfants dessinent à la garderie. Abel Ferrara instille une menace latente mais persistante dans chaque recoin de cette base, et l’oppression va se faire de plus en plus palpable.
L’invasion extraterrestre se fait en silence, par la réappropriation des traits physiques des individus, dont les corps sont ensuite détruits. La substitution se fait en masse, et profite du sommeil des victimes. Le parallèle avec Les Griffes de la Nuit est à ce titre très marqué, le boogeyman du chef’d’oeuvre de Wes Craven ne pouvant atteindre ses victimes que dans leur sommeil lui aussi. Mais l’hommage est également flagrant avec la scène du bain, où Marti se fait agresser par un extraterrestre. Il y a visuellement de belles similitudes, et une tension tout aussi réussie!
Ca fait très plaisir aussi de retrouver Forest Withaker, dans un rôle de paranoïaque qu’il gère très efficacement, et Meg Tilly est vraiment flippante! Abel Ferrara met en scène une adaptation très réussie du bouquin de Jack Finney, et ce qui constitue pour lui une sorte de film de commande s’avère très prenant!
Les membres d’OK Go sont originaires de Chicago et Washington, et ont en commun un sens artistique très développé. Musicalement, leur son n’est pas des plus novateurs, mais ils proposent un rock teinté de pop plutôt sympathique. C’est en fait surtout à travers leurs vidéos réellement barges qu’ils parviennent à captiver l’attention. J’ai choisi celle de This too shall pass, morceau issu de leur album Of the blue Color of the Sky sorti en 2010, mais j’aurai pu prendre n’importe quel autre de leur clip, tant chacun est d’une inventivité dingue et d’une précision hallucinante! Les mecs d’OK Godoivent s’arracher les cheveux à chacun de leur tournage, mais leur travail et celui du staff derrière eux est assez incroyable! Je vous laisse découvrir ce clip, qui devrait vous convaincre de jeter un oeil à tous leurs autres morceaux! 😉 Et une fois encore, merci à Freaky BabyDollpour cette découverte! 🙂
Les séries anglaises possèdent une identité immédiatement reconnaissable, se caractérisant par une vision très incisive de la société. Le traitement peut différer, avec d’un côté du spectre télévisuel un humour ravageur à la Misfits, et de l’autre une approche bigbrotherienne sans concession à la Black Mirror. Entre ces 2 extrêmes se situent de très nombreuses séries qui tentent avec plus ou moins de succès d’offrir une richesse comparable. Et c’est souvent sans prévenir qu’elles vous explosent à la gueule…
The wrong Mansest sortie de nulle part, sa production étant déjà achevée depuis 2014, et je n’en avais jamais entendu parler auparavant. Mathew Baynton et James Cordensont 2 acteurs-scénaristes ayant oeuvré sur beaucoup de productions télévisées, avec une expérience ciné plus solide pour Corden (il a notamment joué dans New York Melody et Into the Woods: promenons-nous dans les Bois). Leur association sur The wrong Mans, dont ils vont partager l’affiche et le scénario, va s’avérer tout simplement démentielle, et ce show dont quasiment personne n’a entendu parler est sans conteste l’une des plus belles trouvailles de ces 10 dernières années!
Tout commence par un accident de voiture auquel a assisté Sam(Mathew Baynton), et par la découverte sur les lieux du drame d’un téléphone. Quand celui-ci sonne et que Sam décroche, c’est le début d’une aventure bien déjantée, à laquelle Phil (James Corden) va participer de manière très active. Alors que Sam pense raisonnablement que toute cette histoire sent très mauvais, c’est Phil qui va insister pour poursuivre, et bien évidemment, tout va partir en vrille de manière monumentale! Quand on a pas l’étoffe de héros mais que l’on se jette dans une situation où le danger rôde à chaque coin de rue, et où on risque sa peau de manière permanente, ça génère des situations sacrément originales! Sam et Phil sont deux employés de bureau typiques, à la vie lisse et sans surprise, et l’aventure à laquelle ils prennent part va leur faire vivre des émotions extrêmement fortes et des situations tendues à mort!
Baynton et Corden manient l’humour avec un savoir-faire éprouvé, et leur scénario regorge de moments mythiques et de dialogues cultes! The wrong Mans est un modèle d’écriture, qui va nous offrir un rythme et un humour d’une rare efficacité, faisant de ces 2 losers des personnages juste géniaux! Les voir se débattre dans des situations qui les dépassent totalement, mais en essayant toujours de reprendre le contrôle, qui leur échappe quasi-immédiatement à chaque fois, c’est juste excellent! On sent un véritable amour pour les geeks (le jeu où il faut retrouver de quel film provient tel dialogue est juste génial!), et The wrong Mans est une ode aux losers qui osent affronter des situations totalement incontrôlables, et qui ne lâchent pas l’affaire!
Alors quand en plus on a un casting aux petits oignons, avec des acteurs capables de créer des personnages secondaires tout aussi géniaux que les principaux (et on va en croiser une bonne vingtaine!), et qu’on a un metteur en scène, Jim Field Smith, inventif et totalement dévoué à ses personnages, on obtient une série immédiatement culte!!! Et sachant que la saison 1 est composée de 6 épisodes de 29 minutes environ, et la saison 2 de 4 épisodes, vous n’avez aucune excuse pour passer à côté de cette pure merveille!!!
La plateforme Hulu, concurrent de Netflix, est en train de révéler quelques beaux morceaux ces derniers temps. Après l’énorme série The wrong Mans, dont la critique arrive bientôt, voici la bande-annonce de The Path, centrée sur l’existence d’un couple ayant intégré une secte. Dis comme ça, ça n’est pas forcément attrayant, mais quand vous avez Aaron Paul de Breaking bad et Michelle Monaghan de True Detective dans les rôles principaux, ça solidifie déjà le projet. Et quand on sent la tension et le poids du passé qui se dégage de ces premières images, on se dit que The Path pourrait bien être une excellente surprise!
Comme s’il n’y avait déjà pas assez de projets de séries incluant des héros Marvel, ABCa bien commandé un pilote pour Marvel’s most wanted, spin-off de Marvel: les Agents du S.H.I.E.L.D.Centré sur les agents Bobbi Morseet Lance Hunter, interprétés par Adrianne Palickiet Nick Blood, ce 3ème show ABC (n’oublions pas l’excellente série Agent Carterqui reprend ce 19 janvier!) ne dévoile pas plus d’infos pour l’instant, si ce n’est qu’il va bel et bien devenir une réalité. Un projet pas franchement emballant…
Batman v Superman: l’Aube de la Justice truste les places en matière de promo, mais il ne faut pas oublier l’outsider au caractère bien trempé qui suivra le 3 août! Suicide Squad s’annonce sacrément bien foutu, et on a hâte de découvrir les bad guys de David Ayeren action! En attendant, une tite photo promo!
Les frangins Russone se font pas prier pour parler de leur projet titanesque Avengers: Infinity War – Part I (2018) et Avengers: Infinity War – Part II (2019) ! Ils ont dévoilé cette semaine que les 2 films comprendront pas moins de 67 personnages! Entre ceux qui sont déjà apparus et ceux dont on ne connait pas encore l’existence, je laisse les plus geeks d’entre vous faire les recherches! ^^
Des nouvelles de Jack Bauer, ou plutôt des nouvelles de son absence… On évoquait régulièrement une suite à la série 24 Heures chrono qui a fait les beaux jours de la Foxde 2001 à 2010, puis encore une fois en 2014 avec l’explosif 24: live another Day. On apprend aujourd’hui que la Fox vient de commander un pilote pour ce qui sera un reboot en 12 épisodes intitulé 24: Legacy, et qui balaiera donc totalement le show précédent! Aucun personnage ne fera donc son retour, encore moins Jack Bauer, dont l’interprète Kiefer Sutherland agira uniquement en tant que producteur délégué! Les producteurs d’origine Howard Gordon, Manny Coto et Evan Katz agiront eux en tant que producteurs exécutifs. La Fox recherche actuellement un acteur afro-américain ou latino-américain, afin de reprendre le flambeau tout en offrant une différence avec le personnage mythique de Jack Bauer. Nommé Eric Carter, ce nouveau « Jack » sera un héros militaire revenant aux USA dans une période très troublée, et qui intégrera la Cellule anti-Terroriste afin de sauver le pays. Une bien triste nouvelle que ce jeunisme avéré, alors que Kiefer Sutherland avait brillamment prouvé qu’il était encore en pleine forme dans 24: live another Day!
Mais on pourra se consoler avec l’arrivée pour la fin d’année 2016 de Designated Survivor, qui voit Sutherland devenir Président des Etats-Unis après les avoir tous sauvés dans 24 Heures chrono! Le « survivant désigné » est un terme désignant une personne choisie par le Président des Etats-Unis, qui fait partie du cabinet présidentiel. Cette personne est choisie afin de ne pas assister à une réunion incluant la présence de toutes les personnes importantes: Président, vice-président, speaker de la Chambre des Représentants, Président du sénat. C’est dans cet ordre successif que ces personnes pourraient en effet prendre le pouvoir si la personne au-dessus venait à mourir. Ainsi, dans le cas extrême où l’ensemble des membres du cabinet venait à décéder, le survivant désigné serait amené à gouverner avec la même autorité et les mêmes pouvoirs que le Président disparu. Kiefer Sutherland jouera donc un personnage peu important du cabinet présidentiel, qui va se retrouver propulsé chef de l’état suite à un attentat qui coûtera la vie à la quasi-totalité du cabinet présidentiel. Une promotion bienvenue après l’éviction de 24 Heures chrono…
La promo de Deadpool est juste géniale. Entre le rébus à l’humour gras et la sensibilité indispensable à la St Valentin, on passe d’une extrême à l’autre, ce qui est finalement très caractéristique de la psychologie borderline du personnage!!!
Un Deadpool qui sera donc logiquement classé R, comme vient de l’annoncer la MPAA(Motion Picture Association of America), l’organisme de censure aux Etats-Unis. Ce classement signifie que le film est interdit aux jeunes de moins de 17 ans non accompagnés d’un adulte, ce qui augure d’un respect total du personnage, et c’est tant mieux! Ce classement a été décidé suite à, je cite: « une forte violence, d’un langage non approprié, un contenu sexuel et une nudité explicite ». Deadpool quoi! 🙂 J -25…
Après Shotgun Stories, Take Shelter et Mud – sur les Rives du Mississipi, le metteur en scène Jeff Nicholsrevient avec Midnight Special, un film qui baigne encore une fois dans une atmosphère étrange, dans laquelle on ressent un danger latent. Midnight Special semble lorgner davantage vers le fantastique, et on sent dans cette BA un vrai potentiel! Qui peut bien être ce mystérieux petit garçon? Avec comme d’habitude Michael Shannon, mais aussi Kirsten Dunst, Adam Driver, Joel Edgertonet cette bonne vieille tronche de Sam Shepard.
Le Michael Baynouveau sera explosif, qu’on se le dise! 13 Hours racontera l’histoire vraie de 6 anciens soldats ayant défendu une antenne de la CIA en Libye, attaquée par des terroristes le 11 septembre 2012. Pas de grosse tête d’affiche au casting (James Badge Dalea eu des rôles secondaires dansIron Man 3, World War Z ou The Walk: rêver plus haut), mais une volonté évidente de coller au plus près de l’action! Sortie le 27 janvier!
Doron Pazet Yoav Paz, connus sous le nom des Paz Brothers, nous livrent avec Jeruzalem leur second film (après Phobidilia en 2009), dans lequel un couple d’Américains va passer quelques jours dans la capitale israélienne. Mais le voyage en amoureux va virer au cauchemar pur et simple, quand une prophétie biblique va se réaliser, avec l’émergence de démons tout droit sortis des enfers… La BA est prometteuse, et ce film israélien pourrait bien faire sensation!
The Witch est un film signé Robert Eggers, qui prend place en 1630 en pleine campagne, où une famille va être mise à l’épreuve alors qu’une de leur fille semble posséder des dons de sorcellerie. La bande-annonce dévoile une ambiance et un traitement visuel très réussis, il n’y a plus qu’à attendre la sortie américaine prévue le 19 février!
Il y a actuellement de belles propositions dans le domaine horrifique, et on continue donc avec The Veil, qui marque le retour de Phil Joanou (Les Anges de la Nuit, 1990) qui avait marqué les esprits avec son excellent court The Punisher: dirty Laundry, où il permettait enfin à Thomas Janed’incarner efficacement le justicier solitaire! Avec The Veil donc, il nous raconte l’histoire d’une femme incarnée par Jessica Alba, qui a été la seule rescapée d’un suicide collectif lorsqu’elle était gamine. 30 ans après, elle retourne sur les lieux du drame avec une équipe afin de filmer un documentaire. Mais rien ne va se passer comme prévu… Un concept classique, mais que Joanou semble avoir traité avec une belle maîtrise! Et en plus, il ramène Thomas Jane dans le rôle du gourou de la secte!
Après Murder Party et Blue Ruin, Jeremy Saulnier revient avec Green Room, qui promet d’être un beau moment de haute tension! Quand un groupe de rock se retrouve pris au piège par des skinheads, ça va donner un survival bien burné qui devrait ravir les fans du genre! Avec Patrick Stewarten leader raciste, ça change du pacifiste Charles Xavier des X-Men! Sortie le 13 avril!
Dan Trachtenberg, le génie derrière les excellents courts métrages More than you can chewet Portal: no Escape, avait été engagé pour mettre en scène son premier long, un thriller post-apocalyptique nommé à l’époque Valenciaavec John Goodman, Mary Elizabeth Winsteadet John Gallagher Jr. Mais alors que sa bande-annonce vient de faire surface, on apprend qu’il s’agit en fait d’une suite à l’excellent Cloverfield sorti en 2008!!! Le secret a donc été gardé pendant toute la production, ce qui est un record à l’ère d’internet, où toutes les infos sur tous les films fuitent sans arrêt! Une très belle surprise donc, d’autant plus que Trachtenberg est un réal sacrément prometteur! Quelques mots de J. J. Abrams, le producteur: “L’idée nous est venue il y a longtemps durant la production. Nous voulions que ce soit lié à Cloverfield. L’idée s’est développée avec le temps. Nous voulions garder le titre le plus longtemps possible.” Verdict le 16 mars, avec ce film qui sortira donc sous son vrai nom, 10 Cloverfield Lane!
David Bowies’est éteint juste après avoir livré son dernier album, Blackstar. Il laisse bien évidemment le souvenir d’un artiste abouti en constante recherche, se métamorphosant au gré des époques et revenant toujours de manière surprenante. Il a constamment oscillé entre les univers de la musique et du cinéma, et l’un de mes souvenirs les plus marquants est très certainement son excellent morceau Im’ deranged inclus dans la BO du mythique Lost Highway de David Lynch. Je me rappelle également de sa participation à Twin Peaks – les 7 derniers Jours de Laura Palmer (1992), toujours signé Lynch.
Mais David Bowie a prêté sa silhouette androgyne dans de nombreux films, à commencer par L’Homme qui venait d’ailleurs de Nicolas Roegen 1976, Les Prédateurs de Tony Scotten 1983, Furyo de Nagisa Oshima la même année, Labyrinthe de Jim Henson en 1986, La dernière Tentation du Christ de Martin Scorseseen 1988, ou encore Basquiat de Julian Schnabel en 1996, dans lequel il interprétait un autre artiste inclassable, Andy Warhol. Il a même joué son propre rôle dans Zoolander de Ben Stiller en 2001, et dans College Rock Stars de Todd Graffen 2009. Il laisse l’image d’un homme accompli, ayant expérimenté toute sa vie et ayant à son tour influencé de très nombreux artistes.
Un gros pincement au cœur avec l’annonce du décès d’Alan Rickman ce 14 janvier, lui qui est et restera pour les cinéphiles l’un des meilleurs bad guys du 7ème art. C’est avec son tout premier rôle au cinéma qu’il explosera, lui qui a composé un Hans Gruber juste mythique! Il réussissait à tenir tête au célèbre John McClane dans l’excellent Piège de Cristal, et on le retrouvera par la suite dans de nombreuses œuvres où il tiendra des seconds rôles toujours savoureux. Calendrier meurtrier en 1989, Robin des Bois: Prince des Voleurs en 1991, Dogma en 1999, Love actually en 2003, et il tiendra également le rôle de Severus Roguedans la saga Harry Potter. Mais c’est clairement Hans Gruber qui nous manquera…
Je ne m’attardais plus trop sur la carrière de Denis Villeneuveaprès ses 2 premières expériences américaines, Prisoners et Enemy, qui si elles offraient tout de même la griffe visuelle reconnaissable du metteur en scène canadien, ne possédaient de loin pas l’âme de ses réalisations précédentes, tournées dans son pays natal. Polytechnique et Incendiessont 2 joyaux bruts de tension et de dureté, mis en images avec une inventivité et une précision à couper le souffle! Prisoners et Enemy faisaient simplement office de copies désincarnées de tout ce que Villeneuve avait à offrir dans son cinéma.
Du coup, j’ai laissé passer ce Sicario, que je découvre sur le tard et avec davantage de recul. Et là, je ressens un certain soulagement à voir que la tension prend dès le début, avec des cadrages typiques du metteur en scène, mais cette fois bien plus immersifs que dans ses précédents efforts ricains. On suit une Emily Bluntqui plonge en plein cauchemar, et on y plonge totalement à ses côtés, grâce à la puissance visuelle d’un Villeneuve qui semble avoir retrouvé toute sa ténacité! La manière dont il compose cette scène d’ouverture est juste sublime, avec une approche que l’on pourrait comparer au Malick de la grande époque, adoptant un point de vue oscillant de manière permanente entre microcosme et macrocosme.
Denis Villeneuve filme toujours ses personnages en les intégrant dans le cadre strict de leur fonction immédiate, tout en basculant dans une vision d’ensemble bien plus large, créant une ambiance étonnante où des plans très larges vont contenir des conversations qui seraient normalement filmées en gros plan et en champ-contrechamp. Avec un tel procédé, Villeneuve cherche à filmer la temporalité elle-même, démontrant la vacuité d’un dialogue tendu entre deux personnages, démontrant la supériorité d’une nature et d’un temps qui survivront bien au-delà de ces querelles humaines si vite dépassées. Puis il va revenir à un traitement visuel au corps à corps, offrant un contrepoids immédiat à ce qu’il proposait juste avant, et ce procédé complexe offre une richesse impressionnante au lieu d’annuler l’effet précédent!
Ca n’est pas forcément aisé à expliquer, mais le cinéma de Villeneuve marche aux tripes, il possède une sorte de puissance viscérale qui répond au sourd écho que l’on entend à plusieurs reprises, et qui crée/accompagne la tension de certaines scènes. Si la séquence de l’embouteillage a été trop dévoilée dans la bande-annonce, elle n’en reste pas moins là encore un modèle de précision dans l’élaboration d’un climat ultra-tendu, et on se rend rapidement compte que le metteur en scène est sacrément doué pour mettre en images des scènes de guérilla urbaine! La tension monte implacablement, et se transforme en éclat de violence de manière aussi incisive que brute, et on tient là encore une scène qui aurait été tellement banale filmée par quelqu’un d’autre…
Avec un metteur en scène de cette trempe, les acteurs ne peuvent qu’évoluer en milieu très favorable, et ils en ressortent grandis. On pourrait, dans une certaine mesure, comparer cet effet à celui de la saison 1 de True Detective, dans le sens où la conjonction des talents vaut bien plus que chacun pris séparément. Il y a une sorte de synergie qui se dégage de l’ensemble, permettant de créer avec Sicario un film puissant. Emily Blunt y trouve un rôle tout à la mesure de son talent qui n’est déjà plus à démontrer, et dans le rôle de Kate Macer, cette femme soldat dure et un peu paumée, elle s’avère excellente. Benicio Del Toro trouve là l’un de ses rôles les plus marquants (encore une fois j’ai envie de dire!), passant de l’homme effacé à l’homme totalement impliqué, et entremêlant crainte et respect, pour un personnage dont on ne sait pas de quel côté il vacille.
Josh Brolinest à son habitude excellent, avec son côté résolument Texan (n’avait-il pas d’ailleur joué le rôle-titre de W., l’improbable Président?), prétentieux et macho, prenant Kate Macer dans son équipe, mais semblant constamment la tenir en joue… Les relations entres les différents protagonistes obéissent à des règles qui vont bien au-delà de leur propre entendement, chacun devant faire avec les infos auxquelles il a droit, et tentant d’avoir une vue d’ensemble de ce qui est en train de se passer. C’est tout le danger de cette mission visant à inculper un trafiquant de drogue agissant au Mexique, et qui contraint les autorités à passer également la frontière du cadre légal. On a également Jon Berthal, qu’on a extrêmement hâte de découvrir dans le rôle du Punisher dans la saison 2 de Daredevil, qui joue un personnage lui aussi complexe, à l’image des autres finalement.
Sicario représente tout ce que Kathryn Bigelow n’avait pas réussi à faire avec Zero dark thirty, à savoir un film mêlant aspect militaire, sous-texte politique et personnages forts, en les traitant avec des variations de tension impressionnantes! Alors il y a quelques aspects du récit qui paraissent parfois trop appuyés, comme cette perpétuelle volonté de maintenir Kate dans l’ignorance et d’en jouer, mais Sicario offre suffisamment d’originalité dans son traitement narratif et dans l’élaboration de ses personnages, pour être une oeuvre radicale et unique en son genre. C’est avec beaucoup de plaisir que je découvre que Denis Villeneuve n’a pas perdu son potentiel!
Je reviens encore rapidement sur sa mise en scène, terriblement marquante, car Villeneuve est capable de générer une tension en prenant en compte des éléments paradoxalement anodins. Dans la scène du trajet des voitures, il va filmer 2 personnes en train de jouer avec une balle contre un mur, faire basculer sa caméra sur la gauche pour voir les voitures arriver et prendre un tournant, pour terminer encore furtivement en balayant les mêmes personnes en train de jouer. Villeneuve est un cinéaste qui sublime le réel en y trouvant les bases mêmes de toutes les tensions qu’il génère. Un metteur en scène lambda aurait simplement filmé les voitures sur cette route, sans s’attarder sur la réalité de cette vie qui pulse à ses abords, et c’est dans cet échange permanent entre ce qui prime dans le cadre et ce qui oscille entre la bordure du champ et le hors-champ qu’il trouve la source de toute cette tension, et ce qui fait le génie de son cinéma. Enfin, une partie de son génie, car il y faudrait passer quelques heures pour vraiment analyser sa mise en scène implacable! Quoi qu’il en soit, je suis sacrément plus motivé de voir ce qu’il va faire sur la séquelle de Blade Runner!!!