Dead Zone (Stephen King, 1979)

Après Le Fléau et Marche ou crève (ce dernier étant écrit sous le pseudo de Richard Bachman, les lecteurs ne se doutaient pas qu’il s’agissait d’un bouquin du même auteur), Stephen King nous livre Dead Zone, un récit passionnant centré sur la vie étrange de John Smith. Sous ce nom passe-partout, se cache un être qui pourrait bien être la clé de la survie de l’Amérique… Victime d’un grave accident, John Smith va développer des aptitudes de précognition impressionnantes, et ce don, qu’il considère comme une malédiction, va l’entraîner dans une spirale de violence malgré lui…

On sent que King aime son personnage, même s’il est prêt à lui faire subir des situations terribles. Sa caractérisation de Johnny permet de rapidement s’attacher à lui, et de saisir une personnalité engageante et intrigante. King commence par nous balancer une très belle histoire d’amour, qu’il construit avec un mélange de réalisme et une certaine dose de naïveté héritée de l’adolescence, lui donnant une vraie consistance. John et Sarah se rencontrent, se cherchent, passent de très bons moments ensemble, et semblent construire tranquillement un futur radieux. Mais un terrible événement va se produire, et va les éloigner pendant longtemps.

John est en effet victime d’un accident de la route qui va le laisser dans le coma pendant plus de 4 ans. Sarah a refait sa vie, le monde a changé, et le Mal semble sur le point de dévorer l’Amérique… Avec une attention toute particulière, King va nous faire suivre les étapes de la reconstruction de John, dont le corps et l’esprit ont été meurtris, et qui doit réapprendre à vivre. En même temps que cette réadaptation, John va tenter de comprendre comment fonctionnent les visions qu’il développe, et qui lui permettent d’avertir les gens du danger. Il va rapidement être catalogué comme médium, et va attirer toute une foule de journalistes avides de sensations. Pris entre ses difficultés physiques et cette médiatisation qu’il n’a pas demandée, il va avoir du mal à lutter…

Mais ce don/malédiction va pourtant être nécessaire, et lorsque le shérif de Castle Rock en vient à lui demander son aide sur une affaire de meurtres, il va se sentir forcé d’accepter. King nous offre un personnage possédant des pouvoirs et qui ne sait pas comment les gérer, qui y voit davantage une contrainte qu’une aubaine. Ce pouvoir va en effet le mettre dans des situations difficiles, car en traquant un tueur en série, il va ressentir les émotions du meurtrier, agissant comme une caisse de résonance qui dévoilerait les sensations du tueur. Son enquête va s’avérer éprouvante, et pourtant nécessaire.

La qualité de ce roman tient au fait que King reste constamment aux côtés de Smith, écrivant comme s’il souhaitait le soutenir constamment dans ses épreuves. La religion tient encore une fois une grande place dans un roman de l’auteur, la mère de John Smith étant une fervente croyante (un peu moins illuminée que la mère de Carrie, mais pas si éloignée!), et expliquant à son fils que Dieu a une mission pour lui. Evidemment, John ne voit pas les choses de cette manière, mais au fur et à mesure qu’il exerce ses « talents », il se rend compte qu’il y a peut-être une explication qui le dépasse… Il va découvrir qu’un homme politique risque bien de faire basculer l’Amérique du côté obscur, et il va se retrouver obligé d’agir afin de le contrer, alors que ce candidat aux élections plaît à tous.

Avec Dead Zone, Stephen King donne une réponse à une question fondamentale et qui à priori n’a pas de réponse possible : si vous aviez la possibilité de remonter dans le temps pour tuer Hitler, le feriez-vous? Ici, c’est l’homme politique Greg Stillson qui apparaît comme un nouvel Hitler, mais personne ne s’en rend compte à part John. Est-il prêt à aller jusqu’au bout afin de l’éliminer avant qu’il ne puisse nuire à tous? Ce récit s’avère très prenant, et même si l’on aurait aimé en découvrir davantage sur les pouvoirs de John, on se retrouve pris dans cette histoire que l’on suit avec un grand intérêt. Un homme capable de prévenir l’avenir rien qu’en vous touchant, ça a de quoi faire flipper, mais on ne peut s’empêcher d’avoir envie d’écouter ses prédictions! A plusieurs reprises, John va tenter d’alerter ses proches d’un danger imminent, et chacun va réagir de manière différente… Mais le pouvoir s’avère réel, et que l’on y croit ou non, il va bien falloir se rendre à l’évidence…

Dead Zone est un excellent roman, qui se termine probablement un peu trop rapidement, mais qui suit un personnage captivant pris dans une existence qu’il n’a pas demandée. Tout ce qu’il souhaiterait, c’est une petite vie paisible et loin de la foule, mais son talent ne le lui permet pas. Ses retrouvailles avec Sarah s’avèrent très touchantes, et là encore, King nous prouve qu’il est à l’aise dans le domaine du récit amoureux, dévoilant les sensations de ces 2 êtres qui ont été séparés par l’existence et qui semblent toujours liés… John Smith est une sorte de figure tragique mue par les événements, et qui se bat davantage contre lui-même que contre les autres. Une très belle réussite du King! David Cronenberg avait adapté cet écrit au cinéma en 1983, avec Christopher Walken dans le rôle de Smith, et une série télé avait également été diffusée de 2002 à 2007, avec Anthony Michael Hall qui jouait Smith.

Publié dans Bouquin | Laisser un commentaire

Le clip de la semaine : FREEZ – Iceberg

J’étais persuadé de vous avoir déjà partagé cet excellent clip de FREEZ, eh ben non! Je vais donc réparer mon erreur aujourd’hui, et après Flamin’goes, ça devrait vous conforter dans l’envie d’écouter en boucle ce groupe de hip-hop atmosphérique originaire de Strasbourg! Emmené par le rappeur américain Eli Finberg, le batteur Arthur Vonfelt, le trompettiste Octave Moritz et le clavier Quentin Rochas, ce groupe distille ce qu’ils qualifient très justement eux-mêmes de groove cosmique, avec une complexité et des nappes musicales aériennes sur lesquelles vient se poser la voix de Finberg de manière juste parfaite! Je vous invite vraiment à découvrir leur atmosphère unique!

 

Publié dans Le clip de la semaine | Laisser un commentaire

Rage (Stephen King, 1977)

Après le succès immédiat de son premier roman, Carrie, Stephen King a publié Salem puis Shining, l’Enfant Lumière, qui se sont également très bien vendus. Comme les règles du marché de l’édition américaine ne permettent pas de publier plus d’un roman par an, Stephen King opte pour un pseudonyme afin de contourner cela. C’est sous le nom de Richard Bachman qu’il va sortir son premier roman n’ayant aucun élément surnaturel, Rage. Ce choix d’un pseudo est également un bon moyen de faire retomber la pression engendrée par le succès de ses livres, puisque chacun d’eux est de plus en plus attendu. Rage ne bénéficie donc pas de l’effet de notoriété attribué au nom de Stephen King, et n’atteint pas les succès pécuniaires de ses oeuvres précédentes. Mais paradoxalement, il s’avère être une des oeuvres les plus intéressantes de son auteur.

S’il est sorti en 1977, Rage a été rédigé en grande partie lorsque King était lycéen, et il l’avait finalisé en 1971. Le récit se centre sur Charlie Decker, un élève du lycée de Placerville que l’on ne peut pas considérer comme un meneur ou un élève-modèle. Charlie rejette l’autorité et n’est pas du genre à se laisser faire, ni a accepter les standards ou à intégrer l’équipe de foot comme quaterback. Il a une conscience aigüe des problèmes sociaux et de l’hypocrisie régnant au sein de la société, qu’elle se situe au niveau des élèves ou des professeurs. Un beau jour, il va péter un plomb et franchir la limite, en tuant un professeur et en prenant sa classe en otage…

Ce roman s’avère très intéressant de manière rétrospective, avec les événement de Columbine et autres s’étant déroulés depuis. King s’intéresse au cas de cet individu à part qui ne trouve pas sa place dans ce monde, coincé entre des diktats autoritaires et une volonté de tout envoyer bouler. Sa force de caractère lui permet de tenir tête aux autorités, et sa conscience de tout ce qui va mal dans le système va lui donner les armes pour tenter de faire imploser tout ça. Si le sujet est explosif, l’écriture elle va se faire très intimiste, et on va se retrouver dans un huis-clos avec Charlie et ses camarades de classe enfermés, et les flics, les professeurs et les badauds situés à l’extérieur. 2 mondes vont être littéralement coupés, celui des ados perdus et que l’on oblige à embrasser un futur auquel ils ne tiennent pas forcément, et celui des adultes qui vacille violemment face à cette révolte d’un jeune homme désespéré.

Rage va être mené sur le ton de la confidence, avec un Charlie Decker qui va se livrer à ses camarades avant que ceux-ci expriment également ce qu’ils pensent et ressentent. Ce bouquin est une sorte d’extrapolation de toutes les peurs inhérentes à l’adolescence, et du manque de communication existant entre les élèves eux-mêmes ainsi qu’entre les différentes générations. Charlie est en révolte car cela bouillonne depuis un moment en lui, et son passage à l’acte est une sorte de message adressé aux adultes, cristallisant tout le mal-être que peuvent ressentir les jeunes. La discussion qui va être entamée avec les autres élèves va permettre de redistribuer les cartes, et de preneur d’otage, Charlie va passer à libérateur de  consciences. Il va commencer par raconter ses propres souvenirs traumatisants, avant de laisser la parole aux autres jeunes, et on va aller sur différents terrains comme l’abus d’autorité parentale, le sexe, la drogue, l’érosion des rêves adolescents…

Rage a été écrit dans les années 60-70, mais sa lecture permet de voir que les problèmes semblent récurrents suivant les époques. L’incommunicabilité entre jeunes et adultes est la clé de toutes les problématiques, ainsi que les strates mises en place par les élèves. Ceux qui sont exclus par leurs pairs se retrouvent acculés et tourmentés, et cela peut en partie expliquer (et non pas pardonner) des actes parfois insensés. Mais au-delà de son aspect polémique, Rage est une radiographie captivante du monde adolescent, en proie à des émois qu’il ne gère pas forcément, et là où la vie et l’espoir devraient primer, la noirceur et la mort s’imposent parfois avec tristesse. Les discussions entre Charlie et ses camarades vont s’avérer très intéressantes, et il va leur permettre de se révéler, à la fois dans leurs bons côtés et dans leurs aspects plus primaires, mais cette journée va tout changer pour chacun d’entre eux. De geôlier, il va passer confident et va exacerber tout ce qu’ils ressentent, afin de les laisser s’exprimer sur leur condition, sur leurs rêves et sur leurs peurs. C’est dans cette vision où se mêlent les espoirs et les craintes que Rage devient sacrément bon, et peut figurer parmi un des romans les plus intéressants de son auteur!

Publié dans Bouquin | Laisser un commentaire

Les news de la semaine : Marvel Team-Up

Tandis que Netflix abandonne progressivement ses séries Marvel, Disney prépare sereinement l’avenir sur son futur service de streaming, Disney Play. Entre un projet de série consacrée à la Sorcière Rouge et un autre centré sur Loki, voici que l’on apprend qu’un nouveau contenu est en préparation : il s’agit d’une série centrée sur Falcon et le Soldat de l’Hiver! Un mode team-up donc pour ces 2 personnages secondaires des films Marvel, et qui permettra d’explorer davantage les personnalités des héros. On ne sait pas si à terme Disney souhaite ramener tout son catalogue ciné à la télévision, mais on aura au moins cette fois-ci de vrais ponts entre les 2 médias! Kevin Feige est directement impliqué dans ces 3 projets, donc on aura effectivement autre chose à se mettre sous la dent que les simples name-dropping de Marvel : les Agents du S.H.I.E.L.D.

 

Empire est un magazine non dénué d’humour, preuve en est cette excellente couverture revenant sur l’un des succès majeurs de l’industrie hollywoodienne de 2018, et probablement de la décennie, à savoir Avengers : Infinity War. Le fameux claquement de doigt de Thanos aura laissé pas mal de monde sur le carreau, que ce soit au niveau des personnages ou des spectateurs, et cet événement méritait bien une couverture originale! On la doit à l’illustrateur numérique Jacey, et franchement, ça déchire!!!

 

Si la suite de Spider-Man : Homecoming ne débarquera que le 10 juillet prochain (sous le nom de Spider-Man : far from Home), on retrouvera l’univers du Tisseur bien avant, en mode animation cette fois-ci! Le Spider-Man : New Generation de Bob Persichetti, Peter Ramsey et Rodney Rothman atterrira sur les toiles dès le 12 décembre! On en profite pour dégainer un arsenal d’affiches plutôt sympas et colorées, qui mettent en avant le bestiaire arachnéen de cette adaptation! Les fans hardcore de Spidey devraient apprécier, puisqu’on verra dans ce film Spider-Gwen, Spider-Cochon, Spider-Man Noir, ou encore le Caïd (maintenant qu’on s’est habitué à Vincent D’Onofrio dans Daredevil, ça fait bizarre ^^). Sans oublier bien sûr Peter Parker et Miles Morales, le héros de cette aventure! On va donc naviguer entre les réalités alternatives et les dimensions parallèles, pour une aventure qui s’annonce ébouriffante!

 

On avait déjà pu avoir un aperçu du look étonnant de Sylvester Stallone dans Rambo 5, mais cette fois-ci on a droit à la 1ère photo officielle du film! John sous la pluie, le visage tourmenté, on se doute que la guerre gronde toujours en lui… On espère que ce 5ème opus sera à la hauteur, après un John Rambo dévastateur! Réponse l’année prochaine, sans date précise encore…

 

En bref, j’ai vu The Night comes for us, la nouvelle tentative made in Indonésie de retrouver le level de The Raid et The Raid 2! Evidemment, sans Gareth Evans aux manettes, on n’y est pas, mais Timo Tjahjanto se débrouille bien mieux seul qu’accompagné (son Headshot commis avec Kimo Stamboel était une jolie purge dans le genre). Il dirige donc Joe Taslim (la scène de la cuisine de The Raid bordel!!!) qui vole le rôle principal à Iko Uwais (le héros du diptyque joue un mafieux cette fois-ci!), et on a également l’excellente Julie Estelle, qui ne joue pas du marteau cette fois, mais qui dépote toujours autant! Tjahjanto a l’intelligence de laisser tourner sa caméra et de ne pas surdécouper son film, et offre des cadrages et décadrages intéressants, rendant hommage au travail chorégraphique de ses troupes, et le résultat est un B movie punchy et sacrément gore, qui n’atteint pas l’aura des films d’Evans, mais qui en propose une alternative décérébrée intéressante. Mais bordel qu’est-ce que c’est violent!!!

 

Publié dans Les news de la semaine | Laisser un commentaire

Le clip de la semaine : FREEZ – Flamin’goes

Après Iceberg, voici le nouveau clip du groupe strasbourgeois FREEZ, et on peut dire que c’est nettement plus psychédélique!!! Le rappeur américain Eli Finberg poursuit son exploration du hip-hop underground et poétique made in Alsace, et le résultat est un morceau très réussi, avec en plus la participation de Mike Ladd! Le pro du spoken word s’allie à Finberg avec une vraie classe, et je vous laisse découvrir ce clip complètement perché et multi-référentiel!

 

Publié dans Le clip de la semaine | Laisser un commentaire