Tu es Deadpool : le Comics dont tu es le Héros

En 1891, la romancière britannique Marie Corelli crée certainement le 1er exemple de lecture interactive, avec un court texte proposant 2 fins possibles. En 1930, ce sont Doris Webster et Mary Alden Hopkins qui rédigent Consider the Consequences, un livre proposant des choix multiples à son lecteur. En 1941, dans son recueil Fictions, Jorge Luis Borges écrit la nouvelle Le Jardin aux Sentiers qui bifurquent, qui contient un livre-labyrinthe, le lecteur ayant pour mission de trouver le bon ordre des paragraphes; dans son autre nouvelle Examen de l’Oeuvre d’Herbert Quain, il va analyser l’oeuvre fictive de cet auteur fictif, dont un de ces livres (fictif donc!), April March, a 9 débuts différents. C’est ensuite en 1967 que Raymond Queneau rédige Un Conte à votre Façon, un récit très bref contenant 21 courts paragraphes et qui offre une expérience interactive au lecteur.

Mais ce sont les Anglais qui vont apporter toute leur importance à ces livres-jeux, notamment Edward Packard avec son livre Sugarcane Island. Son manuscrit est refusé par plusieurs éditeurs, avant de sortir en 1976 chez Vermont Crossroads Press, le plaçant comme le premier ouvrage de leur collection The Adventure of You. R.A. Montgomery écrira en 1977 le second roman de cette collection, Journey under the Sea. Les 2 hommes signeront avec l’éditeur Bantam Books pour une carrière très prolifique, puisqu’elle durera une vingtaine d’années!

Mais c’est en 1982 que le livre-jeu devient un véritable phénomène, avec le succès fulgurant du Sorcier de la Montagne de Feu de Steve Jackson et Ian Livingstone! Fort de 400 paragraphes, il introduit des caractéristiques totalement innovantes: un système de statistiques pour le héros, composé d’endurance, d’habileté et de chance, et qui sont déterminées par des lancers de dés. Très inspiré par les Donjons et dragons, il va nous immerger dans un récit de sorcellerie, de magie et de monstres en tous genres, tandis que la quête d’un trésor nous pousse vers le danger! Le succès est immédiat, et ce 1er tome de la série Défis Fantastiques va ouvrir la voie à de très nombreux romans du genre! Cette collection est certainement la plus fournie, mais à côté vont se créer les séries Loup Solitaire, Quête du Graal, Loup Ardent, La Voie du Tigre, Chroniques Crétoises, etc… Durant une dizaine d’années, le succès est au rendez-vous, avant que les ventes périclitent dans les années 1990… En France, l’éditeur Gallimard a traduit plus de 250 livres-jeux dans sa collection Un Livre dont vous êtes le Héros à partir de 1984, et en a vendu plus de 14 millions d’exemplaires!

En 2018, voici que le scénariste Al Ewing et les dessinateurs Salva Espin et Paco Diaz décident de rendre un très bel hommage à cette littérature si particulière, et qui est le mieux placé pour ça? Deadpool bien évidemment! Le héros habitué à briser le 4ème Mur va s’en donner à coeur joie avec ce concept, rien que sur la couverture où l’on peut coller sa photo et où on a déjà des indications bien fun du style « Tu préfères être prudent? Choisis un de ces autres albums pour les poules mouillées dans ton genre! » ^^ Ewing et sa clique vont nous proposer une aventure interactive dans laquelle on va avoir besoin d’un crayon Deadpool et de dés Deadpool, fournis dans le pack! Wade va pouvoir ramasser des objets et les placer dans ses poches (pas plus de 3 objets), et il va avoir un score de tristesse et un de méchanceté. Il va combattre ses ennemis à coup de dés, et va évoluer dans un récit qui va nous donner le tournis à force de triturer l’espace-temps!

La partie didactique est elle aussi bien fun, car il faut bien expliquer les règles avant d’entamer un jeu. Par exemple, Wade nous dit dans la case 4 : « Va en 4. Et voici un rond avec marqué 4. Ca veut dire que c’est la case 4. Cela va sans dire, si on ne te dit pas explicitement d’aller quelque part, tu lis simplement la case suivante, comme d’habitude. Là, tu peux faire ça, lecteur. Désolé si t’es une fille, hein. On a eu la flemme de faire toute la BD en lecture inclusive. Ce sera « lecteur » tout le temps. Mais je te kiffe aussi, meuf. » Après avoir été tué ou non par un sandwich dans le tutoriel, on peut vraiment commencer l’aventure! Deadpool va s’introduire dans un complexe secret afin de dérober un casque temporel, qui va le projeter dans différentes époques!

Le second chapitre va explorer l’année 1961, qui correspond aux tous débuts de l’univers Marvel! Suivant vos choix, vous allez croiser la route des futurs 4 Fantastiques ou assister à l’explosion de la bombe Gamma qui va donner naissance à Hulk! Le design avec les pixels apparents est bien rétro et rappelle le travail de l’excellent Scott Koblish qui a offert quelques aventures mémorables à Wade situées dans les années 50, 60, 70 et 80! Le 3ème chapitre se déroule en 1974, et Deadpool va débarquer dans un marais où il va croiser L’Homme-Chose, Nick Fury ou encore Dracula, Le Loup-Garou et Ghost Rider (toujours en fonction de vos choix) ! Ce sera ensuite au tour de l’année 1985, avec Daredevil, Bullseye, le Punisher, le Caïd… Et même le Beyonder qui surprend Wade sur les chiottes! Et pour finir, on se retrouve hors du temps, tandis que Wade va affronter la Time Variance Authority, chargée de réguler les distorsions temporelles!

Ce bouquin est donc assez dingue et constitue un trip spatio-temporel bien drôle, qui devient même sacrément complexe sur la fin, avec des Wade alternatifs à foison! Ewing nous balance des répliques bien fun (« Daredevil! Que fais-tu ici? Dans l’appartement de Matt Murdock? Portant le sweatshirt préféré de Matt Murdock? Et buvant le café de Matt Murdock? Je suis censé savoir ou pas, à ce stade? Je ne sais plus! »). Je ne vais pas vous en dire davantage, au risque de spoiler le jeu, mais ce Tu es Deadpool : le Comics dont tu es le Héros est un très bel hommage, et permet de passer un très bon moment à incarner le mercenaire! 😉

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Le clip de la semaine : Saïmiri Parkour – Trip to England – 03 Guildford

Cet été, les traceurs mulhousiens de Saïmiri Parkour se sont fait un trip british, et nous dévoilent ça à travers quelques vidéos! Ici, c’est la numéro 3, Guildford! Je vous invite à aller sur leur page YouTube pour découvrir les autres! 😉

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Overlord (Julius Avery, 2018)

Sur le papier, Overlord avait tout d’une série B joyeusement bourrine à base de zombies nazis, renvoyant plus ou moins consciemment à des curiosités comme Surf Nazis must die, Dead Snow ou Iron Sky. Un temps pressenti pour rallier la franchise Cloverfield (dont les liens sont toujours très ténus, voir 10 Cloverfield Lane et The Cloverfield Paradox), ce second essai de Julius Avery sera finalement indépendant et autonome. Prenant place juste avant le Débarquement Allié sur les côtes normandes, il va nous raconter le périple d’une unité de GIs fraîchement débarquée dans la campagne française.

Et si on s’attendait à un film ambivalent qui teinterait le gore d’une petite touche d’humour, il faut bien se rendre à l’évidence, la légèreté est loin d’être la caractéristique principale de ce long métrage! On oublie les zomblards de Dead Snow et les nazillons d’Iron Sky, Overlord a des ambitions bien plus grandes et place d’entrée de jeu des cartouches sacrément intéressantes! C’est simple, l’introduction est l’une des plus immersives que j’ai pu voir dans un film de guerre, et soutient carrément la comparaison avec celle d’Il faut sauver le Soldat Ryan! On se retrouve pris au piège avec cette dizaine de jeunes soldats tandis que la mort explose de tous les côtés, et l’intensité de cette séquence est réellement bluffante! Julius Avery emprunte à la fois aux codes du film de guerre et du jeu vidéo, pour nous livrer un moment très impressionnant!

Passée cette intro qui nous coupe le souffle, on se dit qu’on a matière à avoir un vrai bon film de guerre. Et c’est ce qu’Avery va dérouler, avec l’arrivée dans un petit village français typique, occupé par l’armée allemande qui y fait régner la terreur. On se retrouve avec des éléments déjà vus dans d’autres films du genre, mais traités avec une frontalité là encore impressionnante et immersive! Julius Avery nous plonge dans l’ère de l’Occupation et il le fait de manière très éprouvante! La violence physique est très présente, et la violence psychologique l’est tout autant… On assiste à des séquences très dures et qui sont malheureusement des classiques en période de guerre… Toute la force d’Overlord réside dans le sérieux et le réalisme du traitement instauré par Avery, qui fait preuve d’une très belle ambition et de très belles dispositions.

A l’heure où les films sont pour la plupart des adaptations de comics, des remakes ou des reboots, le scénario original signé Billy Ray (Capitaine Phillips) et Mark L. Smith (The Revenant) s’avère très prenant. Tout en déroulant une trame classique, il instille des éléments qui vont intensifier les enjeux, et va développer des personnages très réalistes. Jordan Adepo (The Leftovers, Fences) s’avère très juste et intense dans le rôle principal de Boyce. A ses côtés, Wyatt Russell (le génial épisode Playtest de la saison 3 de Black Mirror) campe un Ford bien complexe qui dirige son unité avec une sacrée poigne. Il s’agit seulement du second film pour la Française Mathilde Ollivier, qui insuffle à son personnage de Chloe une belle humanité et une rage bien intense. Le Danois Pilou Asbaek (Euron Greyjoy dans Game of Thrones) est très inquiétant en capitaine nazi, et on a même droit à ce bon vieux Iain De Caestecker, connu pour incarner Fitz dans Marvel : les Agents du S.H.I.E.L.D., et qui mine de rien aligne les participations à quelques excellents films indépendant après Shell et In Fear!

La réussite d’Overlord tient au fait de placer son contexte horrifique avec beaucoup de soin dans une histoire de guerre, et d’être avant tout un excellent film de guerre! La partie plus fantastique en devient d’autant plus crédible et découle naturellement de tout ce qui a été placé avant, offrant une continuité solide au récit. L’atmosphère est résolument sombre et glauque, Julius Avery nous balançant dans un contexte résolument pessimiste. La tension quasi-permanente du long métrage va aller de pair avec une visualisation graphique éprouvante de la guerre, et la matérialisation du genre horrifique va se faire après avoir subi les horreurs bien réelles de la guerre. Il y a donc une très belle gradation dans le récit, qui nous offre à intervalles réguliers des séquences impressionnantes, tant en terme d’action que de tension ou d’émotion, et bien sûr en terme d’horreur. Overlord est une vraie belle réussite dans le genre, et mérite largement son interdiction aux moins de 16 ans, peut-être encore davantage pour sa relecture du film de guerre que son aspect gore (qui est bien cru également!). Et franchement, quand on voit qu’une purge comme Halloween fait des entrées alors qu’un Overlord peine à trouver son public, c’est clairement injuste! Donc je vous invite à aller le découvrir en salle avant qu’il soit déprogrammé, car c’est clairement l’une des très belles surprises de cette année cinématographique!

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Les news de la semaine : Hakuna Matata

Je ne suis pas un fan de Disney, encore moins lorsqu’ils se contentent de transposer leurs vieux dessins animés en version live sans trop se casser la tête. Pourtant, leur adaptation live du Roi Lion vient d’attiser une vraie curiosité, car la bande-annonce s’avère réellement impressionnante! Jon Favreau (Iron Man, Le Livre de la Jungle) semble prêt à nous livrer une relecture totalement épique et dans laquelle l’émotion sera très présente! Le niveau d’animation atteint un réalisme lui aussi très impressionnant, et le tout donne bien envie de découvrir cette oeuvre en salle! Bon, reste plus qu’à voir Timon et Pumba en action! ^^

 

Un remake du Maniac Cop de William Lustig? Allez, pourquoi pas! Avec John Hyams à la réal? Ah ça devient carrément intéressant oui! Le metteur en scène affirme que lui et son producteur Nicolas Winding Refn vont orienter leur film dans une direction différente, tout en rendant hommage à ce bon vieux Matt Cordell incarné par Robert Z’Dar dans les 3 film de la saga. John Hyams est le fils du réalisateur Peter Hyams, et on lui doit 2 réappropriations carrément dingues de la saga d’une vieille saga 90’s, avec les hallucinants Universal Soldier : Régénération et Universal Soldier : le Jour du Jugement! Avec son sens ultra-efficace de la mise en scène et de la narration, il devrait nous livrer une pure série B bien badass comme on les aime!

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En Liberté! (Pierre Salvadori, 2018)

Je ne m’étais plus intéressé aux films du metteur en scène tunisien Pierre Salvadori depuis ses tout premiers Cible émouvante en 1993 et Les Apprentis en 1995! Un extrait de ce En Liberté!, très prometteur au niveau de l’humour, m’a donné envie d’aller découvrir cette oeuvre atypique en salle. Je ne connaissais pas les acteurs principaux, comme Adèle Haenel (120 Battements par Minute), Pio Marmaï (La Délicatesse) ou encore Damien Bonnard (Rester vertical), et j’ai donc plongé dans un univers qui ne m’étais pas familier.

L’extrait que j’avais vu étais hilarant, et je m’attendais du coup à un film qui baignerait dans cette absurdité de manière constante. J’ai du coup été assez surpris par les différences de tonalité que Salvadori insufflait à son film, puisqu’il passait du comique au tragique de manière assez soudaine, créant une atmosphère délicate et étrange. Mais si ce parti-pris peut fonctionner, il s’avère très difficile à manier, et l’avancée du récit ne permettait pas de conserver l’intérêt intact sur toute la longueur du film. Passée la mise en place rythmée et bien punchy (avec Vincent Elbaz en super-flic), le ton adopté ne se maintenait pas aisément…

On a quelques saillies complètement barges et qui nous font éclater de rire, puis on opère un changement à 180 degrés sans crier gare pour se retrouver face à une crise existentielle finalement bien déprimante… En Liberté! va constamment osciller sur ces deux extrémités, nous faisant regretter une vraie bonne comédie hilarante ou un vrai bon drame bien poignant… L’un ou l’autre aurait été préférable à ce mélange qui nous laisse le cul entre deux chaises, et qui est assez inconfortable finalement… C’est bien dommage au vu de la réussite de certains passages, qu’ils soient drôles ou tristes, et qui démontrent d’une certaine habileté dans la mise en scène ou dans la narration, mais qui se heurtent à cet aspect hybride qui ne rend pas justice au film.

Adèle Haenel s’avère touchante dans son rôle de veuve éplorée qui va se rendre compte que son mari n’était pas du tout le super-flic que tout le monde connaissait, Pio Marmaï campe un personnage bien à côté de ses pompes avec cet innocent qui a passé des années en prison, et Damien Bonnard joue un amoureux transi avec une belle naïveté. Mais si les personnages sont sympathiques, ce sont leurs évolutions qui vont perdre de plus en plus d’intérêt, et le mélange des triangles amoureux ne va pas jouer en leur faveur… En Liberté! parle de regrets, de culpabilité, de difficultés à exprimer ses sentiments, mais il le fait de manière trop brouillonne malgré quelques belles percées. Il y a des moments où on aimerait que le film se pose un peu et reste sérieux quand il traite du sujet amoureux, mais il décide de partir en vrille. Et à d’autres instants, on aimerait qu’il soit plus léger et il va appuyer sur les sentiments… Parfois ça fonctionne, parfois non, et le résultat s’avère très bancal, avec des passages bien déprimants, et quelques instants poétiques…

En Liberté! avait été vendu comme une pure comédie qui vous ferait pleurer de rire, et s’il recèle quelques séquences bien hilarantes, il est loin de la promesse faite en amont, et est un film d’auteur de plus qui veut s’affranchir des genres en les mélangeant, mais qui ne parvient pas à sortir son épingle du jeu… On lui préférera d’ailleurs nettement Le Jeu, exemple typique d’une comédie française sacrément maîtrisée et immersive!

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