Prophecy – le Monstre (John Frankenheimer, 1979)

C’est en relisant Anatomie de l’Horreur de Stephen King (critique à venir ^^), dans lequel il traite de ses influences littéraires, cinématographiques et autres, que j’ai eu envie de découvrir ce Prophecy – le Monstre de John Frankenheimer. Il ne fait pas partie des classiques horrifiques, mais est un de ces petits films passé au travers des décennies un peu en secret, et qui se révèle pourtant très intéressant! Avec son trip écolo et son approche d’une horreur en pleine nature, Frankenheimer nous invite à un voyage étrange en plein territoire indien!

Tout commence en pleine jungle urbaine, dans un quartier défavorisé qui fait penser au Wolfen de Michael Wadleigh, lequel sortira 2 ans plus tard! Les 2 réalisateurs partagent une certaine vision des mégalopoles, dans lesquels les habitants se débattent comme ils peuvent pour survivre. On va faire la découverte d’un médecin révolté par les conditions déplorables dans lesquelles vivent les habitants de ces quartiers, et qui a l’impression de ne parvenir qu’à colmater des brèches avant que cela éclate ailleurs… Robert Foxworth confère une personnalité très intéressante à Rob, qui a des positions très arrêtées sur certains sujets, justement parce qu’il a une vision très pessimiste de ce monde… Face à lui, Talia Shire (Adriaaaaaaaan dans la saga Rocky ^^) est une femme réservée dont les ambitions semblent bloquées par l’attitude de Rob… Dans ces circonstances, difficile de lui annoncer qu’elle est enceinte alors que lui ne souhaite pas avant d’enfant… Il y a de vraies problématiques dans leur couple, et chacun des personnages développe son point de vue avec justesse. Ils semblent à la fois opposés et pourtant attentionnés l’un envers l’autre…

C’est dans ce contexte délicat que Rob est appelé sur le site d’une papeterie située aux abords d’une rivière sauvage, afin de déterminer si l’usine représente une menace pour l’environnement. Là encore, on a des personnages qui ne sont pas tranchés et manichéens, le patron de l’usine n’étant pas l’archétype du boss écrasant tout le monde. Du coup, la première rencontre avec les Indiens vivant dans la réserve est surprenante, et la tension que Frankenheimer donne à cette scène est impressionnante! Les Indiens refusent que les voitures passent sur leur territoire, et le ton va rapidement se faire très menaçant de la part des gens de l’usine. L’intimidation va vite prendre de l’ampleur, et Rob découvre à quel point les enjeux sont dangereux! Armand Assante va jouer John Hawks, le leader des Indiens, avec une très belle présence et intensité!

Au-delà du film à tendance horrifique, Prophecy – le Monstre est avant tout une oeuvre écologiste, et on va découvrir comment Rob mène son enquête afin de déterminer ce qui provoque les problèmes physiques dans cette tribu. L’eau est-elle polluée par l’usine? Les difformités sont-elles dues à des produits chimiques? Frankenheimer nous montre le fonctionnement de cette papeterie en mode presque documentaire, ce qui renforce le réalisme de la situation. Et le mode film de monstre va s’insérer naturellement dans cette trame, conférant à la créature une nature très tragique. Née des produits chimiques, sa rage est celle d’une nature se rebellant contre l’humain destructeur. On se rapproche des enjeux de Long Weekend, le film australien de Colin Eggleston sorti l’année précédente, et où ce sont les éléments mêmes de la nature qui tentent d’éradiquer le fléau humain!

La mise en scène de Frankenheimer nous offre de très belles séquences, notamment celle bien stressante du souterrain, qui renvoie directement aux tunnels du Vietnam! Il parvient à jouer avec nos nerfs en étirant l’attente, les personnages se retrouvant piégés et devant être totalement silencieux s’ils veulent échapper à la bête. Ses cadrages très dynamiques avec des visages en avant-plan et en arrière-plan sont excellents, et on est au plus près d’eux pour ressentir leur terreur. Un autre exemple de la qualité de ce metteur en scène, avec ce plan du vieil Indien portant ses lunettes, et dans lesquelles se reflète le feu qui ravage un véhicule…

Il y a dans ce film une belle portée philosophique et une écriture très réussie, permettant de donner une certaine aura à cette créature qui forcément a pris un coup de vieux visuellement avec les années. Mais l’ensemble fonctionne vraiment bien, et Prophecy – le Monstre constitue une très belle petite surprise!

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Les news de la semaine : Hollywood Night

Le 9ème film de Quentin Tarantino sortira le 14 août, et ce Once upon a Time in Hollywood dévoile 2 belles affiches mettant en vedette Margot Robbie, Brad Pitt et Leonardo DiCaprio. Niveau casting, c’est déjà énorme mais on aura encore Tim Roth, Michael Madsen, Kurt Russell, Al Pacino, Dakota Fanning et le regretté Luke Perry!

 

C’est le 15 avril que l’on pourra enfin entamer la 8ème et ultime saison de Game of Thrones, série mythique dont la conclusion devrait être fracassante!!! En attendant, on admirera l’affiche officielle dévoilée cette semaine!

 

Et dans un registre légèrement différent, on a aussi eu droit cette semaine à 2 affiches pour Dora et la Cité perdue! Avec Isabela Moner dans le rôle-titre, Eva Longoria dans celui de sa mère, Benicio del Toro qui prêtera sa voix à Chippeur et Danny Trejo qui fera la voix de Boots, on a un casting étonnant pour ce film qui devrait emprunter à la saga Indiana Jones finalement! ^^ Je me tâte à aller le voir le 14 août prochain…

 

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Us (Jordan Peele, 2019)

Je ne pensais vraiment pas aller voir ce film au départ, ayant à l’époque trouvé Get out sympa mais totalement surestimé… La bande-annonce de ce Us semblait vouloir emprunter des chemins similaires, et j’avais décidé de passer mon tour. Mais c’est en lisant une critique plutôt engageante que je me suis finalement décidé à aller y jeter un oeil, le rédacteur exprimant clairement que la tonalité et les enjeux étaient très différents entre les deux métrages. Et il avait sacrément raison!

Il faut bien admettre que la mise en scène de Jordan Peele constituait un des atouts de Get out, et il a encore bien progressé depuis! L’entrée en matière est superbe et tient du conte macabre avec quelques inspirations à la Bradbury, en mode Foire des Ténèbres! L’approche des peurs enfantines dans une fête foraine est vraiment très bien rendue, et on se met à la hauteur de cette petite fille qui découvre ce monde festif et pouvant se révéler très étrange… La mise en scène est parfaite, le travail sur le son va rendre la séquence bien oppressante, et c’est réellement très agréable de se mettre à flipper dès le début!

Passée cette intro, Jordan Peele va nous présenter les protagonistes principaux avec là encore de très belles qualités de mise en scène et un sens aigu de l’écriture. Un détail tout simplement génial, le fait de nous présenter l’un de ces fameux autocollants que l’on peut mettre sur la vitre arrière de la voiture, avec 4 personnages pour suggérer une famille. Du coup, avant de découvrir les personnages, on sait déjà qu’ils sont 4. C’est super simple et discret, et c’est excellent! On va être présenté à une famille avec laquelle on ne peut qu’accrocher, là encore grâce au talent avec lequel Peele brosse leurs personnalités, qui sont à la fois réalistes et loin des caricatures habituelles dans ce genre de productions (comme pour Get out, Peele assure à la fois le scénario, la réalisation et la production).

Lupita Nyong’o joue Adelaide, une mère de famille moderne toujours prête à protéger ses enfants. L’actrice (qui interprétait Nakia dans Black Panther) va faire la démonstration d’une palette de talents assez dingue pour donner consistance à son rôle, et nous dépeint des émotions sacrément contradictoires avec une intensité maximale! Elle est réellement impressionnante dans ce film, et est capable de tenir la distance face à toute les situations! Quand on parle de féminisme pour Captain Marvel, Carol Danvers peut aller se rhabiller gentiment! ^^ A ses côtés, Winston Duke (M’Baku dans Black Panther, tiens!) joue Gabe, un père de famille drôle et décalé, parfois maladroit, et va apporter des contrepoints humoristiques qui fonctionnent vraiment bien! Jordan Peele nous fait un très beau numéro d’équilibriste entre la tension permanente et les saillies absurdes qui se marient au final très bien!

Shahadi Wright Joseph, dont il s’agit du tout premier film, est impressionnante et va développer un jeu sacrément réussi elle aussi!!! Et Evan Alex est lui aussi convaincant dans le rôle du petit frère. Cette famille unie va se retrouvée confrontée à un mal bien insidieux, avec ces personnes qui rôdent autour de leur maison… Et c’est là que toute l’intelligence de Jordan Peele va éclater, puisqu’il ne va pas seulement se contenter de nous raconter une histoire très étrange, mais il va l’habiller de manière très convaincante avec des situations classiques de films de genre, tels le home invasion, le survival, la descente dans les abysses… On sent que Peele est un fin connaisseur et qu’il a ingéré une quantité astronomique d’oeuvres à tendances fantastique et horrifique, et tous ces visionnages l’ont amené à se créer un sens esthétique très affirmé et très immersif! Sa façon de raconter l’invasion de la maison est à la fois limpide, très tendue et parfois drôle, ce qui est un exercice sacrément périlleux, mais qu’il réussit haut la main!

C’est dans la construction de cette tension que Jordan Peele va exceller, et il va être capable de la maintenir durant tout le film, se permettant des variations qui confèrent au métrage un rythme qui lui est propre. Il y a réellement une sorte de musicalité dans son approche, et j’en viens justement à l’utilisation de la musique, qui dénote là encore d’une très belle culture et d’une grande intelligence! Quand on a un morceau des Beach Boys bien fun qui sort d’une enceinte lors d’une scène de massacre, ça donne un rendu très particulier à l’ensemble, … Mais que dire de cette scène d’affrontement qui emprunte à la danse, et qui est je pense unique en son genre? Là encore, l’utilisation de la musique est énorme… Peele nous prouve toute la complexité de ses ambitions avec cette séquence, qui suscite des émotions fortes et là encore contradictoires! C’est très difficile de parler de ce film sans spoiler, donc je vais éviter au maximum!

Jordan Peele prouve avec Us qu’il est bien plus qu’un cinéaste opportuniste comme aurait pu le laisser croire Get out, et si ce dernier ne méritait pas toutes les critiques dithyrambiques qu’il a eu, Us est une excellente surprise qui mérite davantage que l’on y plonge! A la fois gore, stressant et drôle, c’est une proposition bien enthousiasmante dans le paysage cinématographique horrifique actuel, qui nous balance de belles bouses du genre Escape Game… Un petit mot sur la photographie signée Mike Gioulakis, qui possède une patte précise et envoûtante, que l’on avait déjà pu apprécier dans It follows, Split ou Glass. Son travail s’accorde à merveille avec celui de Peele, donnant une consistance plus percutante à ce cauchemar éveillé!

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Le clip de la semaine : Les Sons du Terrier – Mescaline

Le rock progressif se fait rare, heureusement que Les Sons du Terrier est là pour perpétuer la tradition! Le clip pour leur morceau Mescaline est tombé hier, et il est encore une fois mis en scène par Caroline Hertzog, la bassiste du groupe! L’atmosphère tribale est traitée avec beaucoup de soin, et on plonge avec plaisir dans ces sonorités envoûtantes! Je vous invite à découvrir Mescaline, et ensuite à apprécier leur précédent Vise la Lune! (crédits photos : Nicolas Keshvary)

 

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Deadpool 2 : L’Instinct du Tueur

On poursuit notre découverte de la reprise du personnage de Deadpool par Skottie Young, dans ce second épisode qui malheureusement démontre que l’artiste ne devrait pas faire trop de vagues… On assiste à une confrontation entre Wade et les Avengers, avec Captain America venu demander son aide à Deadpool, mais dans la grande tradition des malentendus super-héroïques, ça commence toujours par une baston avant de parvenir au dialogue. En fait ça se lit tranquillement, ce n’est pas que c’est mauvais, mais il n’y a pas une once d’originalité dans le propos ou dans le traitement. Résultat, on se retrouve face à du comics mainstream qui ne prend aucun risque, et on est pas forcément impatient d’être le mois prochain pour découvrir la suite… Deadpool est-il devenu trop hype pour que l’on prenne des risques avec lui? La manière dont Young tente de coller à l’univers cinématographique tend clairement vers cette hypothèse… Par contre, Nic Klein fait un très beau travail au dessin et à la colorisation, ce qui rattrape en partie cet épisode.

Constat mitigé pour Spider-Man/Deadpool, avec un épisode franchement laborieux et un second plus intéressant. Cette intrigue basée sur le Maître Archétype n’est pas franchement des plus passionnantes, et le combat contre les LMD ne présente pas grand intérêt… C’est à partir du moment où les Wade et Peter Parker du futur arrivent dans le présent qu’on a un sourcil qui commence à se lever… Les duos entre chaque version des héros donnent lieu à quelques vannes sympas, et la partie psychologique se développe avec un petit intérêt également. Rien de dingue dans cette série qui depuis le début reste trop calibrée, mais au moins ça se lit un peu mieux dans le second épisode.

Episodes 3 et 4 pour Domino, qui lèvent un voile intéressant sur la jeunesse de Neena, avec les fameuses expériences auxquelles elle a été soumise. Elle va ensuite rencontrer Shang-Shi afin de suivre un entraînement intensif, ce qui va ouvrir sur une amourette pas forcément utile scénaristiquement… Son combat contre Topaz reste très classique également, avec des dialogues qui ne brillent pas par leur qualité (« Tiens, roulure. Tu vas le payer très cher. » « Ordure. Tu t’en es pris à mes amis. Monumentale erreur! ») Gail Simone nous avait habitué à un level plus intéressant… Cette série commence donc rapidement à vriller vers quelque chose de très classique, et j’ai bien peur que l’on commence à tourner en rond très rapidement, avec un manque d’emphase et d’éléments dramatiques…

 

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