Equalizer 3 (Antoine Fuqua, 2023)

Cela faisait 5 ans que l’on n’avait pas eu de nouvelles de Robert McCall, le mystérieux bienfaiteur bouclant enfin sa trilogie cette année. La paire Antoine FuquaDenzel Washington se reforme donc après un second opus datant de 2018, à la qualité moindre que le 1er volet signé en 2014. Cette fois-ci, on va délocaliser l’action vers les paysages ensoleillés de l’Italie, ce qui va permettre de redonner un bon coup de fouet à la saga.

Après s’en être pris à des mafieux russes et à un ancien militaire, McCall sera confronté à la mafia italienne sévissant dans les environs de Naples. L’entame du film nous place de manière stylisée dans une ambiance bien violente, mais en nous la présentant paradoxalement de manière très calme. Antoine Fuqua pose une atmosphère très intéressante tout en jouant sur les aspects graphiques des mises à mort. On retrouve un McCall lui aussi d’un calme olympien, même si la mue violente couve et que l’élément déclencheur est tout aussi rapide que dans les films précédents. Antoine Fuqua joue moins sur l’étirement de la temporalité que lors du premier film, mais on apprécie toujours le côté flegmatique de l’excellent Denzel Washington.

Suite à cette introduction réussie, on va avoir droit à une phase d’acclimatation de McCall à son nouvel environnement, et dans une ère où tout va trop vite, cela fait un bien fou de voir le réalisateur prendre le temps de poser l’atmosphère et les personnages de cette petite ville. C’est très appréciable de voir comment McCall se fond peu à peu dans cette ville, dont il apprend à aimer chacun des aspects, ce qui l’obligera à prendre des choix radicaux lorsqu’il découvrira à quel point le crime organisé gangrène la cité ensoleillée. Dès lors, on va se retrouver dans un vigilante movie à l’ancienne qui fait plaisir à voir, avec un McCall très froid et très sûr de lui, qui ne va pas ciller face à cette bande de mafieux à motos. La séquence du restaurant est d’une épure et d’une efficacité redoutable, et sera le déclencheur d’une violence assumée et très maîtrisée de la part du nouvel arrivant.

Ce 3ème épisode revient à des fondamentaux qu’avait un peu délaissé le second, qui se concentrait davantage sur la période retraite de McCall. Ici, il décide de revenir rapidement aux affaires, car il n’a pas le choix s’il veut préserver la tranquillité des habitants. Dans ce superbe écrin fictif d’Altamonte situé en Sicile, Antoine Fuqua va faire preuve d’une très belle maîtrise graphique afin de nous dépeindre cette variation des Sept Mercenaires menée par un seul homme. On apprécie ces moments de tension précédant l’engagement de la violence, et la stature solide d’un personnage qui ne négociera jamais avec l’ennemi. La manière dont McCall fait preuve d’un mélange de bienveillance et de menace lorsqu’il prévient ses ennemis, apporte là aussi une certaine solidité à la tension entre les 2 camps.

Lorsque la brutalité surgit, elle le fait de manière aussi soudaine que rapide, et Denzel Washington excelle dans le rôle de ce tueur implacable agissant au nom d’une justice pour le peuple. Après avoir assisté à des scènes très tendues où les mafieux s’en prennent aux citoyens, il y a une certaine jouissance cinématographique à voir McCall régler leur compte à ces criminels! Equalizer 3 agit comme un très bon vigilante movie, prenant place dans un écrin de toute beauté, jouant sur les paradoxes entre ce lieu magnifique et les exactions qui y sont perpétrées. Fuqua emballe l’ensemble de très belle manière, étant très à l’aise dans sa mise en scène fluide qui fait bien ressortir la très belle atmosphère de cette ville. Sans être un chef-d’oeuvre, Equalizer 3 rehausse le niveau de la saga et remplit son office de thriller lumineux agrémenté de passages bien sombres!

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Découverte YT : l’iceberg du catch

Je vous avais déjà parlé du concept d’iceberg en vous présentant l’excellent archiviste de YouTube Feldup, qui nous avait concocté un programme-fleuve de presque 5h30 divisé en 3 parties, au cours duquel il nous emmenait avec lui visiter les tréfonds de YouTube, en allant souvent naviguer dans ses recoins les plus sordides, absurdes ou terrifiants. Feldup avait utilisé une construction dite en iceberg pour réaliser ses vidéos, ce concept démarrant dans le ciel, pour aller ensuite à la pointe de l’iceberg, puis de plus en plus bas, jusqu’à se retrouver sous les eaux glacées… Le ciel représente les histoires les plus connues et souvent les plus innocentes, et le fait de se diriger de plus en plus bas, avec la face cachée de l’iceberg notamment, qui représente des récits souvent méconnus et de plus en plus sombres, vous voyez donc où mène ce concept fortement addictif. Les 3 vidéos de Feldup représentent selon moi une Histoire d’internet menée avec un professionnalisme et un brio exemplaires, et elles feront date lorsqu’on aura davantage de recul par rapport à cette plateforme et que l’on cherchera à donner une chronologie et des événements clés à ce média. Quand quelqu’un voudra un jour faire une encyclopédie de YouTube, il faudra simplement lui dire que Feldup l’a déjà fait!

MrOkkin est un grand fan de catch et ce depuis l’époque Catch Attack sur NT1, et il a décidé lui aussi de se lancer dans un triptyque qui nous plongera de plus en plus profondément dans l’histoire de ce sport-spectacle, avec des anecdotes et des récits choquants, drôles et parfois tragiques. Ce n’est pas un hasard s’il évoque Feldup au début de cette première vidéo, puisqu’il s’est largement inspiré de ce bon vieux Félix Dupuis pour effectuer son montage. Et pour tout fan de catch, cette vidéo et les 2 suivantes qui ne sont pas encore sorties s’avèrent très prometteuses! La 1ère va évoquer des souvenirs à de nombreux fans, mais va également permettre d’approfondir certains segments et de donner davantage de détails sur des récits pourtant mythiques. On va bien évidemment parler de Hell in a Cell 1998 (article ici, à voir si j’arrive à remettre la vidéo) et cet incroyable moment pour Mankind! MrOkkin va évoquer des moments touchants comme le Curtain Call, qui aura fait son petit scandale, il parlera de la tragédie d’Owen Hart… Dans le catch, il y a des éléments qui font partie de l’Histoire avec un grand H, et qui méritent d’être connues même d’un public néophyte. Mais le YouTubeur va creuser de plus en plus, et s’enfoncer lui aussi dans les abysses de ce sport-spectacle, qui a souvent cédé à l’argent, à la gloire éphémère et aux égos de ces artistes…

Cette première partie relate des faits souvent connus mais abordés avec un angle très direct, ce qui fait plaisir à voir. J’y ai également découvert pas mal de détails intéressants, et honnêtement, ce travail de documentariste est vraiment excellent, et je ne peux qu’attendre avec impatience la suite! On évoquera sans l’ombre d’un doute le Montreal Screwjob, la Streak de l’Undertaker, et j’y apprendrai certainement beaucoup de choses également, donc je suis vraiment impatient!

 

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Le clip de la semaine : Clipping – Nothing is safe/Get up

Samedi dernier à la Laiterie de Strasbourg, j’ai pu voir pour la 1ère fois en live l’excellent groupe de hip-hop/indus/minimaliste Clipping, et quelle performance de la part du chanteur Daveed Diggs et de ses compères William Hutson et Jonathan Snipes!!! Sans conteste un des meilleurs concerts auxquels j’ai pu assister, avec une présence et un flow réellement impressionnants!!! Du coup cette semaine, j’avais encore envie de vous partager un de leur morceau 😉 Ici c’est un live en mode très privé avec un mashup de Nothing is safe et de Get up, avec le talent habituel des artistes!

 

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Le clip de la semaine : Clipping – Shooter

Cela faisait un moment que je n’avais pas évoqué l’excellent groupe de hip-hop Clipping, et je profite du concert qu’ils auront demain à Strasbourg pour poster un de leurs clips! La bande à Daveed Diggs nous concocte depuis des années un hip-hop des plus rafraîchissants, avec son approche très minimaliste et une capacité à créer des atmosphères bien originales. Ce clip Shooter est signé par Carlos Lopez Estrada, et on doit la choré bien étrange au danseur Voltaire Wade-Greene. Vivement demain soir!!!

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Au plus profond (Laura McGann, 2023)

On s’abandonne souvent dans des oeuvres cinématographiques afin de ressentir des émotions qui nous sont inaccessibles dans notre quotidien, et qui nous font l’effet d’une intense bouffée d’air frais, d’un frisson prolongé ou d’une intense plénitude. Dans ce Au plus profond signé par la réalisatrice irlandaise Laura McGann, on va ressentir l’ensemble de cette palette émotionnelle en suivant le parcours hors norme de 2 plongeurs apnéistes, l’italienne Alessia Zecchini et l’Irlandais Stephen Keenan. La beauté et la force de ce film en font l’une de mes plus belles découvertes de ces dernières années, en mettant en lumière un sport que je ne connais pas du tout, et qui possède une aura dangereuse et attractive que l’on ressent pleinement dans ce superbe documentaire.

La particularité des sports extrêmes se résume très souvent en une seule caractéristique : ils nous mettent face à des personnages habités par une passion qui transcende leur existence de simple mortel, et qui leur donne une vision de l’existence très différente du commun des mortels. On ressentait pleinement cet état de fait dans le sublime Free Solo de Jimmy Chin et Elizabeth Chai Vasarhelyi sorti en 2018, qui nous présentait la personnalité unique d’Alex Honold, l’un des grimpeurs en free solo (sans être assuré) les plus réputés du monde. On voyait dans ce doc qu’à chaque inspiration, Alex vivait pour ce sport, et Free Solo fait partie des documentaires les plus magnétiques que j’ai pu voir. Dans Au plus profond, on va découvrir que chaque inspiration d’Alessia et de Stephen sont consacrées à leur propre passion.

Les documentaires sur les sports extrêmes possèdent eux aussi une particularité : ils bénéficient très souvent d’images somptueuses, magnifiant une nature pouvant être tour à tour d’une beauté éblouissante et d’une indicible cruauté. Laura McGann nous livre une oeuvre qui va chercher au plus profond de ces sensations et de ces émotions que procurent la pratique d’un tel sport, nous plaçant en tant que spectateurs privilégiés de cette quête d’absolu renversante, en suivant 2 âmes humaines tirées par une force invisible qui va les mener de plus en plus loin. Laura McGann va utiliser de nombreuses images d’archives afin de nous raconter les histoires d’Alessia et de Stephen, et va également filmer d’autres adeptes de ce sport afin qu’ils mettent en mot ce que l’on peut ressentir dans ces moments d’intense solitude au fond de l’océan. On va découvrir des endroits somptueux, comme le Trou Bleu aux Bahamas ou Dahab en Egypte, des endroits à l’apparence idyllique, mais qui peuvent également s’avérer très cruels.

Le choix de raconter cette histoire de manière parallèle est très beau, et on va alterner entre les vies des 2 plongeurs, chacun à un bout du monde, mais comme si un fil invisible et immatériel allait les relier un jour. La vision de la réalisatrice va permettre de nous faire comprendre ce qu’Alessia et Stephen ressentaient lors de leurs différents périples, elle ayant découvert la plongée depuis son plus jeune âge, lui rêvant de devenir explorateur dès son enfance. Des chemins au départ éloignés, mais qui se rejoindront un jour… De belles émotions se dégagent de cette approche très intimiste, permettant d’aller bien au-delà du simple fait de relater un événement sportif.

On va découvrir le milieu de la plongée en apnée avec ses champions et ses championnes, dont notamment Natalia Molchanova, athlète russe considérée comme une légende de la discipline. On va comprendre les immenses difficultés de cette pratique, en apprenant qu’au bout de 30 mètres de profondeur, la pression fait que l’on descend tout seul, et que la remontée demande un grand effort, comme si l’on nageait à contre-courant. Des données qui augmentent le respect que l’on peut avoir pour ses sportifs, qui repoussent sans cesse leurs limites pour descendre le plus profond possible. Voir Alessia s’enfoncer dans les ténèbres au fur et à mesure de sa progression est réellement impressionnant, et ce documentaire parvient à retranscrire toutes les difficultés et toute la beauté de cette discipline, sans pour autant masquer les dangers qui sont inhérents à cette pratique. Voir Alessia remonter et faire une syncope lors de la première plongée du film crée un certain choc, et va rendre le spectateur d’autant plus attentif à la suite du film.

Je ne vous en dirai pas davantage sur cette oeuvre, ce film doit se ressentir de manière personnelle, car il nous raconte le destin de 2 êtres ayant décidé de consacrer leur vie à leur passion. Le terme « décidé » n’est en fait pas correct, car cette vie ne relève pas d’une décision consciente, mais est la conséquence d’une puissante force intérieure poussant à aller vers cette passion. Vous allez suivre 2 existences exceptionnelles, avec son lot de joies, de déceptions, de dépassement de soi, de tragédies… Ce que l’on cherche souvent à ressentir dans un film de fiction, et qui s’avère tellement plus puissant dans un documentaire de cette qualité!

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