Le Magicien d’Auschwitz (J.R. Dos Santos, 2019)

A plusieurs reprises ces dernières années, José Rodrigues Dos Santos a fait des infidélités à son personnage fétiche Tomas Noronha. Le temps d’un diptyque consacré à l’entrepreneur arménien Calouste Gulbenkian (L’Homme de Constantinople et Un Millionnaire à Lisbonne), mais également pour se consacrer à un autre diptyque, centré cette fois sur la figure d’Herbert Levin, alias le Grand Nivelli. Sous ce nom un peu pompeux se cache un magicien allemand, ayant fui son pays avec sa famille pour gagner la Tchécoslovaquie. Avec la montée du national-socialisme, ses origines juives le pressent de quitter sa patrie afin de protéger les siens. Mais il sera rapidement rattrapé par l’Histoire, alors que les troupes allemandes envahissent la nation en 1939.

Avec le recul et en connaissance des événements douloureux survenus sous l’occupation nazie, il n’est pas aisé de replonger dans l’une des pages les plus abjectes de l’Histoire. J.R. Dos Santos explique en annexe qu’il a hésité pour plusieurs raisons à se lancer dans ces romans, mais que finalement cela lui semblait nécessaire. Lorsqu’on voit les doutes et les questionnements qui vont inévitablement se poser pour Herbert et pour les presque 6 millions de victimes de cette entreprise de destruction, on ressent une impuissance profonde face aux faux espoirs que les personnages peuvent ressentir. Ils n’ont pas encore conscience de l’engrenage infernal qui va s’abattre sur eux, et la position plus éclairée du lecteur apporte un sentiment de malaise diffus. Le Magicien d’Auschwitz fait partie de ces romans qui ne peuvent pas forcément se lire d’un tenant, car il faut aller respirer un peu d’air pur avant de pouvoir y replonger le temps de quelques chapitres.

Herbert Levin va rapidement perdre de plus en plus de libertés, et Dos Santos va nous accompagner à ses côtés pour suivre la descente graduelle aux enfers du magicien et de ses proches. L’interdiction d’entrer dans certains lieux, l’interdiction d’acheter certains aliments, les couvre-feux spécifiques et changeants… L’existence en Tchécoslovaquie va déjà serrer le carcan de manière bien absurde, avec des interdictions parfois incompréhensibles. Le régime nazi souhaite simplement asseoir son autorité, et faire un exemple avec les ressortissants juifs.

J.R. Dos Santos adopte une forme qu’il apprécie beaucoup, puisqu’il va alterner les chapitres entre l’histoire de Levin et celle de Francisco, un soldat portugais enrôlé dans l’armée allemande. Francisco vient de la Légion Etrangère, et va être amené, comme d’autres soldats de nationalités différentes, à endosser l’uniforme des SS. Ce choix de diviser en 2 le roman permet d’apporter quelques moments de respiration, même si les 2 récits s’enfoncent de plus en plus dans une atmosphère sombre. On pourra regretter que les personnages ne soient pas davantage travaillés, mais au final c’est un reproche qu’on peut faire à l’auteur concernant Tomas Noronha et les autres protagonistes gravitant autour de lui. L’aspect principal de ses oeuvres ne réside pas dans la profondeur de ses héros, mais dans l’élément historique ou scientifique dans lequel ils baignent. Le Magicien d’Auschwitz ne fait pas exception à la règle, et on a 2 personnages principaux un peu lisses pris dans la tourmente de la Seconde Guerre Mondiale.

Le sujet de ce livre est la Shoah elle-même, et Levin et Francisco ne sont que 2 protagonistes lambdas parmi tous ceux qui se sont retrouvés pris dans ce piège de l’Histoire. Il y a un côté anonyme qui fait que ce récit pourrait être celui de tous les autres ayant été victimes des SS, et Dos Santos fait de plus en plus ressortir la noirceur du régime, avec la découverte progressive du camp d’Auschwitz. L’auteur apporte des détails géographiques et sociaux intéressants, même si une fois encore, il ne s’agit pas d’une lecture forcément aisée. Dans un genre similaire, La Mort est mon Métier de Robert Merle, datant de 1952, explore le quotidien dans le camp d’Auschwitz par le biais de la figure détestable de Rudolf Höss, le commandant du camp qui a créé les fours crématoires… Ou dans un registre légèrement moins sombre, on a le très bon Les Mains du Miracle de Joseph Kessel.

Un élément m’a un peu perturbé tout au début : avant le début de chacun de ses livres, J.R. Dos Santos place la mention « Toutes les données historiques et scientifiques présentées ici sont vraies ». Ici, il va écrire « Cette oeuvre de fiction est inspirée de faits réels ». Il va intelligemment expliquer en annexe pourquoi il ne peut pas dire que sa description est totalement réelle, mais on se rapproche certainement au plus près de ce qu’ont vécu les victimes de la Shoah. Par contre, cette note intervenant à la toute fin du roman, et celui-ci étant un diptyque, on peut s’attendre à ce que sa suite Le Manuscrit de Birkenau soit bien plus atroce… J’avoue avoir une nette préférence pour la série des Tomas Noronha, mais même si cette plongée dans l’horreur n’est pas évidente, on sent que Dos Santos a voulu être le plus réaliste possible. C’est justement ce réalisme qui peut faire hésiter lorsqu’on se lance dans une telle lecture…

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Le clip de la semaine : Greg Toussaint

Quand j’ai découvert l’excellente chaîne Juste Milieu, je me suis dit « enfin quelqu’un qui analyse l’absurdité du monde politique avec humour et acuité », et c’est pour ça que je regarde les vidéos de Rémy chaque semaine et que je vous les conseille fortement ! Je ne pensais par contre pas un seul instant que je pourrais lui trouver un équivalent version trash, eh bien ça a été là aussi une excellente découverte il y a quelques semaines !!!

Greg Toussaint est un humoriste français et fier de l’être (humoriste je ne sais pas, Français oui ^^) qui tape à grands coups de médailles et de punchlines sur l’absurdité et la folie de notre société! Il n’est pas venu là pour enfiler des perles, par contre il les enchaîne avec un sens du rythme assez impressionnant, et quand un type est capable de vous faire marrer comme ça à chaque vidéo, on peut dire que c’est un grand ^^ Je vous pose juste ici sa dernière vidéo, dans laquelle il s’en prend à Sandrine Rousseau, une des cibles préférées de Juste Milieu également, et du coup ça confirme la qualité du travail respectif de Rémy et Greg!

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Focus : Johnny Wrestling !!!

Il y a un peu plus de 6 mois, je faisais un rapide point sur la version 2.0 de NXT, avec les modifications apportées à l’excellent show black & gold, et je misais sur un espoir valable avec la sensation d’avoir un très bon potentiel, le temps permettant d’affiner l’ensemble afin de peut-être espérer retrouver cette note d’excellence précédente. Il faut dire que l’hospitalisation de Triple H, qui coïncidait avec cette nouvelle version de l’émission, avait rendu le processus encore plus ardu, laissant Shawn Michaels gérer le bébé de son pote Hunter. Mais aujourd’hui, après les remous et autres chaises musicales suscitées par la démission du chairman Vince, on assiste à une refonte totale de l’ensemble de la structure de la WWE, et là où on attendait un retour de HHH sur NXT, on le voit cette fois promu à Raw et Smackdown !

Evidemment, il n’aura donc plus le temps de gérer NXT à ce rythme, et cela fait maintenant plusieurs mois que je subissais davantage que j’appréciais ce show, qui était à l’époque un pu régal (n’est-ce pas William?). J’ai donc arrêté de regarder NXT quand le roster n’arrêtait pas de s’étioler de manière hémorragique, parce que voir un combat de la fille de Santino Marella m’importait nettement moins que l’Undisputed Era… Ces derniers mois, le show s’est vraiment appauvri, avec même un Falls count Anyywhere des plus engageants entre Solo Sikoa et Von Wagner, qui s’avérait finalement terne et sans éclat… Je crois que ça a été le coup de grâce, l’attente de ce main event pour un résultat aussi basique…

Pendant ce temps, je découvrais avec surprise Io Shirai et Dakota Kai effectuer leur retour du côté de Raw, Hit Row revenir (évidemment sans le génial Isaiah « Swerve » Scott) du côté de Smackdown, Karrion Kross et Scarlett menacer Roman Reigns, et une succession régulière de noms connus à NXT prendre les chemins des 2 émissions phares de la WWE. 2 shows parmi les moins intéressants du milieu du catch, mais qui en ce moment proposent quelques ajustements que l’on sent très intéressants … Je ne regarde toujours pas les émissions en entier, parce que voir à chaque fois ce qu’ils ont fait de Nicky Cross ça me fait mal aux yeux, mais on sent une NXTisation (je dépose la marque, vite !) des 2 shows principaux, et franchement ça risque de devenir réellement intéressant dans les semaines ou les mois à venir. Les passages avec Dexter Lumis sont très intelligents, et on attend bien évidemment qu’il soit utilisé de manière plus brutale que lors de ce mode In-Dex… Même si le mariage était excellent ^^

Mais la cerise sur le loukoum, c’est le retour surprise de Johnny Gargano !!! Rien n’avait fuité, et ça a réellement fait partie du plaisir procuré par le Raw de lundi dernier !!! Johnny Wrestling s’était absenté durant 9 mois suite à la naissance de son Baby Wrestling, co-créé avec Candice LeRae, et il se posait pas mal de questions sur son avenir. Il y a répondu lundi dernier donc, en effectuant un retour qui montre bien à quel point il fait confiance à Triple H, puisque Johnny était, avec Tommaso Ciampa et l’Undisputed Era, un des membres les plus éminents de la meilleure période du show black & gold. Le voir accepter de revenir à Raw est une marque de confiance très forte, et un engagement qualitatif pour l’avenir de la marque ! Si Ciampa retrouve son prénom Tommaso, si on assiste encore à une vague de retours aussi excitants que les précédents, on sent que le potentiel ne va pas tarder à exploser !!! Et vu la confiance totale en Triple H émanant des backstages, on sent que les mouvements de l’AEW vers la WWE sont maintenant possibles, et il y en aura certainement beaucoup…

L’avenir semble radieux pour la WWE depuis le départ du tyran Vince McMahon, et la bienveillance de Triple H et de Stephanie McMahon pourrait bien donner vie à la meilleure ère que la société ait connue !!!

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Nope (Jordan Peele, 2022)

Qu’est-ce que ça fait du bien de retrouver enfin un film avec un véritable sens de la mise en scène, et capable de donner vie à une véritable atmosphère… On ne peut pas nier que Jordan Peele possède un sens aigu de la composition de l’image, et qu’il est un sacré conteur d’histoires horrifiques… Et en l’espace de 3 films, il s’est créé un sous-genre de l’horreur très particulier dont il semble bien être le seul et unique représentant!

Si son Get Out était idolâtré de manière réellement incompréhensible, son Us avait enfin permis de démontrer toute l’étendue de son talent, tant dans sa mise en scène des plus abouties qu’à son récit bien perché et hautement addictif. Ce Nope semblait proposer une plongée dans l’inconnu tout aussi renversante, et ça faisait un moment que je n’avait plus été aussi curieux de découvrir un film. Enfin, il y avait bien Prey, la préquelle de Predator, dont j’avais entendu tellement de bien… Mais ça m’a tellement plu que je n’avais même pas la force d’écrire quelque chose sur ce film…

Pour Nope, mis à part quelques affiches et un super spoil 2 jours avant d’aller le voir, je ne savais absolument rien du film, et c’est comme ça que je préfère m’immerger dans des univers bien différents. On retrouve Daniel Kaluuya, qui avait le rôle principal dans Get Out, et qui vit dans un ranch isolé où il élève des chevaux. Lorsque de mystérieux événements surviennent sur ses terres, il va mener l’enquête avec sa soeur (Keke Palmer) afin de comprendre quelle est la nature du danger. Jordan Peele se livre à un exercice des plus attrayants en nous racontant cette histoire avec une ambiance de conte horrifique tout en y saupoudrant un peu de poudre d’Amblin, et ça fait franchement plaisir de plonger là-dedans! Il sait comment jouer sur les notions de luminosité et d’obscurité, et on sent une connaissance des plus instinctives sur comment créer l’attente et la peur. On assiste à des séquences dont la portée émotive fonctionne très bien, et il apporte quelques touches ludiques à son propos, jouant avec les émotions du spectateur.

On sent toute la finesse et l’acuité du bonhomme, qui nous balade avec une très belle aisance dans son récit de coin du feu (Us possédait une aura similaire dans sa scène du début), et on va suivre les circonvolutions du frangin et de la frangine alors qu’ils tentent de comprendre à quoi ils ont affaire. Jordan Peele use d’une mise en scène très sensitive, ce qui manque cruellement au cinéma actuellement (Chloé Zaho proposait une mise en scène étonnamment étoffée par moment avec Les Eternels). C’est tellement plaisant de ressentir le vent dans la plaine, de sentir le galop d’un cheval, de ressentir le poids de la nuit… Peele est très à l’aise dans sa manière de raconter son récit, et sa façon unique de filmer les paysages, les nuages ou la demeure où se déroule l’action, font que l’on plonge avec plaisir dans ce récit sortant des sentiers battus.

Parce que mine de rien, un excellent conteur peut nous raconter n’importe quoi, il parviendra toujours à nous happer. Enfin… Jusqu’à une certaine limite. Parce que si les trois quarts du long métrage fonctionnent très bien, Peele se perd dans une résolution tellement étirée et qui ne flirte plus avec l’absurde, mais y tombe trop lourdement… On sentait que ce risque pouvait arriver à un moment quand on voyait comment se développait l’histoire, mais on pensait que ça tiendrait assez pour qu’il évite cet écueil. Malheureusement, le final se perd vraiment et fait retomber la pression, tout en nous mettant à distance des personnages. C’est vraiment dommage d’en arriver là, mais il y a des choix narratifs qui font que ce qui a été patiemment mis en place retombe comme un soufflé, et on reste sur d’excellentes scènes au préalable (Gordy!), mais on se dit finalement, tout ça pour ça… Même si visuellement ça reste beau, l’émotion n’y est plus et on a l’impression d’assister aux événements de manière beaucoup plus lointaine…

C’est d’autant plus dommage que je n’avais plus retrouvé d’atmosphère aussi dense au cinéma depuis bien longtemps, et la déception est d’autant plus grande… Mais le film vaut au moins le coup d’oeil pour sa capacité à offrir une approche très originale d’un sujet finalement classique. Mais on lui préférera largement une nouvelle vision de son chef-d’oeuvre Us!

 

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Le clip de la semaine : La questionne elle est pas bonne!

Hier soir, j’ai découvert un orateur de talent et un homme d’une culture incroyable avec La Cartouche, qui s’est retrouvé dans un débat juste lunaire face à la féministe Typhaine D sur la chaîne Le Crayon! Je n’ai jamais assisté à un tel niveau de bêtise humaine d’un côté, et de pondération, de calme et de tentatives d’explication de l’autre. Honnêtement je pense que ce débat est un cas d’école parfait pour expliquer les dérives de notre société qui lâche tous ses points d’ancrage… Lancez la vidéo, vous verrez de quoi je parle. Elle dure 54 minutes, mais cela me semblait important de la partager, parce que le niveau est stratosphérique, et La Cartouche mériterait un prix Bouddha pour la façon dont il gère les attaques…

Je vous mets aussi le débrief qu’il a fait sur sa chaîne histoire de donner davantage d’arguments sur les éléments auxquels il n’a pas pu répondre lors du débat. Ca fait plaisir de voir un tel niveau de culture !!! Ralph Müller de son vrai nom est doctorant en littérature française de nationalité suisse, et c’est un régal de l’écouter!!!

 

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