You’re next (Adam Wingard, 2011)

3 ans avant son chef-d’oeuvre The Guest, Adam Wingard réalisait You’re next, dont la bande-annonce laissait entrapercevoir un home invasion aussi classique que redondant. Après m’être pris une violente baffe avec The Guest, j’étais soudainement dans de bien meilleures dispositions pour découvrir ce You’re next, qui s’avère nettement moins consensuel que ce que l’on pouvait craindre!

Le home invasion est un sous-genre plutôt tendance ces 10 dernières années dans le domaine horrifique, avec des oeuvres comme Black Christmas, The Strangers, La dernière Maison sur la Gauche, American Nightmare… Le principe est simple: un ou plusieurs individus tentent de pénétrer dans un domicile afin de torturer et/ou tuer ceux qui y résident. On est dans une thématique très violente évidemment, avec des scènes souvent choquantes et dérangeantes, mais la réussite de ces oeuvres va surtout résider dans l’approche esthétique et les choix narratifs du metteur en scène. Un exemple très simple illustre ce propos: La dernière Maison sur la Gauche version Wes Craven est crade et gratuite, se plaçant principalement du point de vue des tueurs; la version que Dennis Illiadis a réalisé en 2009 est son exact opposé, survival oppressant à mort doublé d’une vision crépusculaire autrement plus aboutie!

Et You’re next dans tout ça? Eh bien le film d’Adam Wingard n’atteint pas le niveau de The Guest, mais il constitue néanmoins une pièce maîtresse dans le registre du home invasion! La liberté de ton adopté par Wingard et son scénariste attitré Simon Barrett renverse les clichés et met en place un véritable suspense! Rien que l’intro géniale bouleverse l’ordre établi dans les film d’horreur, et Wingard s’éloigne des conventions du genre pour nous surprendre d’une manière ultra-efficace!

On peut regretter une certaine facilité scénaristique quant aux motivations des tueurs, mais outre cet unique point faible, You’re next est un excellent film d’horreur, qui va nous plonger dans une fête de famille qui tourne au drame en un éclair. Quand l’un des invités est abattu d’une flèche (la pauvre victime n’est autre que le réalisateur Ti West, responsable du génial The Innkeepers!), chacun réagit à sa manière, se mettant en mode panique ou en mode survie selon ses aptitudes et sa personnalité. Erin, qui rencontre sa belle-famille pour la première fois, va faire preuve de capacités d’adaptation étonnantes dans cette situation hors du commun.

Sharni Vinson (Sexy Dance 3: the Battle 3D, ou le très naze Bait) s’avère excellente dans le rôle d’Erin, et l’explication de ses compétences tient la route. Elle va lutter efficacement contre les hommes masqués qui tentent de tuer un par un les membres de la famille, et elle va même réussir à utiliser sa propre bestialité dans des accès de violence impressionnants! A l’opposé de ceux qui restent prostrés face à cette terrible situation, Erin va puiser en elle des ressources insoupçonnées afin d’essayer de survivre! Elle va se servir de toutes ses connaissances afin de bloquer les accès, créer des pièges, et tuer avant d’être tuée!

Adam Wingard est un metteur en scène méticuleux et qui fait preuve d’une grande originalité, et son You’re next impressionne par ses qualités graphiques! La caractérisation des personnages, avec l’iconisation des bad guys notamment, donne un rendu très particulier, les masques à tête d’animaux leur conférant une aura presque surnaturelle. Il y a une réelle volonté de marquer les esprits avec ce choix visuel, et Adam Wingard parvient vraiment à faire peur, en créant des situations tragiques où le Mal frappe aussi implacablement que soudainement.

La BA de The Guest est une pure tuerie, et Wingard faisait déjà preuve de bon goût musical bien avant (son Pop Skull hypnotique et éthéré utilisait habilement un habillage sonore très particulier), et le morceau Looking for the Magic signé Mind the Gap résonnera encore longtemps dans vos oreilles après après vu ce film… Wingard est aussi attentif à l’élaboration très intelligente de ses plans qu’à ses choix musicaux et à leur utilisation. Il se plaît la plupart du temps à utiliser ces morceaux de manière intra-diégétique, c’est-à-dire que la musique fait partie intégrante du film, puisqu’elle est écoutée par les protagonistes. Ce choix donne une dimension supplémentaire au film, puisque la musique va résonner d’une manière double, à la fois dans l’intimité des protagonistes, mais aussi comme un habillage sonore macabre qui va souligner l’inéluctabilité du moment. Adam Wingard maîtrise parfaitement sa partition, et fait partie de ces metteurs en scène qui savent comment intensifier une atmosphère avec une utilisation parfaite de la musique (au hasard, Ti West, Nicolas Winding Refn, James Gunn… sans oublier bien évidemment Akiva Schaffer!!!).

On retrouve au casting A. J. Bowen, qui jouait chez Ti West dans The House of the Devil et The Sacrament, et chez Wingard dans A horrible Way to die, et plus tard dans What fun we were having et The Guest; le metteur en scène Joe Swamberg, qui a co-réalisé Autoerotic avec Wingard (et qui a joué dedans), et qui a participé comme Wingard à l’anthologie V/H/S (tout en jouant dedans), a également joué dans Cabin Fever 2: Spring Fever et The Sacrament de Ti West, et dans A horrible Way to die et What fun we were having de Wingard. Le reste du casting gravite lui aussi autour des 3 metteurs en scène, faisant de You’re next un film de potes largement enrichi par toutes ces connections!

Adam Wingard réalise un film véritablement marquant, qui va aller très loin dans sa visualisation de la violence (la scène au ralenti où la jeune femme court pour sortir de la maison est juste mythique!) et dans sa réappropriation des thématiques chères au genre. Le seul bémol reste la rationalisation des événements, qui perdent un peu en crédibilité, mais toute la virtuosité de Wingard efface allègrement cette faiblesse. You’re next est un survival résolument stressant et sans concessions, de ceux qui vous mettent un bon coup derrière la tête!

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Les news de la semaine: DEAD

Putain ils l’ont fait… La rumeur court depuis des mois, et Marvel va vraiment tuer Deadpool. L’épisode 45 de la série régulière, qui correspond au numéro 250 si on cumule la totalité des séries consacrées à Wade, marque la fin du personnage. Le mercenaire le plus déjanté de l’Univers 616, capable de se régénérer après n’importe quelle blessure, va simplement disparaître au mois d’avril. Dans 3 petits mois. Le personnage n’a pas arrêté de gagner en popularité ces dernières années, et Marvel n’a pas franchement eu l’idée la plus judicieuse qui soit sur ce coup-là. A moins que ce ne soit que temporaire, comme pour la plupart des personnages. Histoire d’emmerder la Fox et son projet de film, comme ils ont tué Wolverine ou stoppé la série Fantastic Four (qui ne s’était jamais arrêté depuis sa création en 1961…). Le manque de respect pour leurs personnages est réellement impressionnant… Bref j’avoue que ça me fait bien chier…

 

Daredevil débarquera plus tôt que prévu, puisque initialement pressentie pour mai 2015, la série de Netflix est maintenant datée au 15 avril 2015! Sachant que les 13 épisodes seront dispos dès le premier jour, ça promet quelques nuits blanches à Hell’s Kitchen!

 

Sinon l’Agent Carter a plutôt bien réussi son lancement! La série centrée sur le love interest de Captain America prouve que la belle Peggy a de la ressource, et il lui en faudra pour combattre les ennemis de la liberté alors que la Seconde Guerre vient de s’achever! L’ambiance rétro est excellente, et on se retrouve projeté dans le New York des années 40 dont la reconstitution est parfaite, pris dans une intrigue mêlant habilement espionnage, humour et charme british! Le format est très court, puisqu’on n’aura droit qu’à 8 épisodes cette année, mais l’écriture et la mise en scène font de cette « préquelle » une série plus solide qu’Agents of S.H.I.E.L.D. pour l’instant! Jarvis rules!

 

La promo autour d’Ant-Man a bel et bien commencé, et la BA tant attendue est enfin là! Les premières images laissent augurer d’un film qui pourrait agréablement nous surprendre, surtout au vu des péripéties de sa production extrêmement chaotique. Peyton Reed pourrait-il avoir réussi son film de super-héros? Paul Rudd serait-il crédible dans le rôle de Scott Lang? Ca n’est qu’une bande-annonce, mais elle attise la curiosité, et c’est déjà positif… En prime, une magnifique affiche où l’on découvre le minuscule héros!

 

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Je suis Charlie

On ne parle ni de religion, on ne parle ni de politique, on est au-delà de tous les clivages. On parle de la noirceur immonde de l’âme dans cet événement perpétré par des « êtres » qui n’ont plus rien d’humains. On parle de la lâcheté dans ce qu’elle a de plus pitoyable, de la haine dans ce qu’elle a de plus injustifiable, et de l’horreur dans ce qu’elle a de plus inqualifiable. Il y a des gens qui arrivent à justifier ça, moi je ne parviens même pas à le comprendre.

Et pourtant, il va bien falloir donner un sens à cette merde, à cet acte juste impardonnable. Il va falloir éviter les amalgames, les incitations à la haine, les volontés de stigmatisation qui feront forcément le jeu, et qui sont l’enjeu de ces terroristes. L’obscurantisme qui plane depuis hier ne doit pas s’étendre, et si rien ne peut justifier un tel acte, la meilleure réponse est le soutien indéfectible à ces gens que l’on ne connaissait pas et qui ont payé de leur vie pour cette fameuse liberté d’expression. Je ne lis pas Charlie, je ne connais pas Charlie, mais aujourd’hui je suis Charlie.

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Le clip de la semaine: Mozinor – La Ligue des pas très Gentlemen

Après Captain America: Sheber, Mozinor retrouve Steve Rogers pour une parodie hyper courte mais franchement drôle, où sont conviés les Avengers! Ca dure 37 secondes, c’est super macho mais qu’est-ce que c’est bon!!! Enjoy! 😉

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The Guest (Adam Wingard, 2014)

Après une poignée de films d’horreur expérimentaux (le sympathique et très crade Home Sick; l’intéressant trip sous acide Pop Skull et A horrible Way to die), Adam Wingard a mis en scène un drame sexuel, Autoerotic, avant de sortir de l’anonymat avec l’excellent You’re next (critique prochainement!), son premier gros succès. Il a ensuite enchaîné les films à sketches: 60 Seconds of Solitude in Year zero, V/H/S, The ABCs of Death et V/H/S 2, entrecoupés d’un autre drame sexuel, What fun we were having. En 2014, il réalise The Guest, qui est très probablement son film le plus abouti, et qui est une pure bombe cinématographique!!!

 

Quand David rend visite à la famille d’un soldat tombé au front avec qui il a servi, il va mettre en place un engrenage fatal dans lequel il va révéler tout son potentiel. Calme et charmant de prime abord, David cache une personnalité bien plus inquiétante, et ceux qui l’hébergent vont progressivement se rendre compte de sa vraie nature. On s’attend évidemment à un thriller classique avec l’ennemi s’introduisant sous le toit des bonnes gens, mais le schéma va littéralement être pulvérisé par Adam Wingard et le scénariste Simon Barrett! Les deux hommes ont bossé ensemble sur 8 films, et leur complicité n’est plus à prouver!

 

The Guest commence pourtant de manière très soft, avec l’arrivée de David chez les Peterson, qui vont tout d’abord être méfiants, avant de se laisser convaincre par sa gentillesse et sa discrétion. Mais dès lors qu’il est accepté par la famille, il va commencer à oeuvrer pour aider chacun de ses membres, et on peut dire que sa vision de la solidarité et de l’entraide est un poil plus poussée que celle du commun des mortels! Par exemple, il va venir en aide à Luke, l’adolescent timide et solitaire qui se fait constamment harceler au lycée. David va lui montrer que la meilleure manière est de répliquer, et il va lui prouver dans un accès de violence sauvage vraiment impressionnant lors d’une scène dans un bar, où le « héros » révèle toute sa diabolique intelligence!

 

David est venu rendre visite aux Peterson afin de leur dire à quel point leur fils les aimait, et il se sent investi de la mission de les aider. Mais les conséquences de cette aide vont être sanglantes et dramatiques, et les événements étranges vont se succéder autour de la famille. Dan Stevens est tout simplement incroyable dans le rôle de David! Sa ressemblance avec Ryan Gosling est frappante, et il n’a rien à envier à l’excellent acteur de Drive! Sa manière de passer du visage serein et détendu à la folie destructrice est véritablement impressionnante, et Dan Stevens mériterait vraiment d’être reconnu pour ce rôle complexe et dense!

 

La mise en scène de Wingard s’est solidifiée avec le temps, et ses premières expérimentations réussies ont laissé place à une solide maturité visuelle, qui caractérise ce film d’une manière ultra-personnelle. On est plongé dans une sorte de film dramatique intense, qui va peu à peu bifurquer vers le thriller hautement tendu, le tout baignant dans une atmosphère travaillée avec un soin extrême! Wingard réalise un putain de thriller aussi choquant que graphique, avec des séquences de combats bien trash, et The Guest figure parmi les films les plus explosifs de l’année! L’utilisation de la musique chez Wingard est très importante, et les morceaux utilisés dans le film sont excellents! L’habillage electro est d’une maîtrise aussi efficace que celle de Nicolas Winding Refn sur Drive, Wingard choisissant une tonalité très dark avec de sublimes morceaux comme The Magician de Mike Simonetti ou un remix de la chanson Antonio d’ Annie! Tout le travail sonore est traité avec le même soin que pour l’aspect visuel, et le film constitue un uppercut bien sévère!


 

Maika Monroe (que l’on verra dans le très attendu It follows) joue le rôle de la fille Peterson avec un mélange de fragilité et de détermination, et ses sentiments contradictoires envers David constituent l’un des éléments très intéressants du film. Le scénariste Simon Barrett a en fait rédigé un script qui va constamment jouer avec les apparences, et gratter ce qui se cache sous la politesse et la cordialité de chaque individu. David va être l’élément déclencheur des remises en question de plusieurs membres de la famille, et c’est justement parce qu’il parvient à les aider qu’il réussit à gagner leur confiance. Wingard gratte sous le vernis de respectabilité de l’Américain moyen, par le biais de ce soldat prêt à exploser à n’importe quel moment. La manière dont il justifie ses actes prend tout le monde au dépourvu, et sa confiance en lui n’a d’égale que son implacabilité!

The Guest est une vraie bombe, et il faut absolument le découvrir!!!

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