Antebellum (Gerard Bush, Christopher Renz, 2020)

La paire Gerard Bush+Christoper Renz s’active depuis 4 ans dans le domaine du court métrage, nous livrant parfois jusqu’à 4 réalisations par année. Le duo mixte (Gerard Bush est noir, Christopher Renz est blanc) s’intéresse particulièrement aux questions sociales, et leur premier long métrage va être une vision extrêmement frontale du racisme aux Etats-Unis. Le film peut très clairement se scinder en 3 parties, et la première s’avère très immersive émotionnellement, avec cette relecture de l’Amérique confédérée. On va assister à la terrible réalité de la condition des Noirs dans les années 1860, Gerard Bush et Christopher Renz créant un climat immédiatement délétère et dont ils gèrent parfaitement le cadre. Le plan-séquence ouvrant le film démontre à quel point les auteurs maîtrisent à la fois la forme et le fond de cet Antebellum, qui va rapidement étouffer le spectateur avec son réalisme cru teinté de beauté picturale.

Antebellum s’inscrit parfaitement dans l’air du Black Lives Matter, et il le fait en posant de vraies émotions et en choisissant une approche innovante. On se retrouve pris dans un film qui s’avère bien plus captivant que le surestimé 12 Years a Slave de Steve McQueen. L’approche de Bush et Renz est celle d’un drame aux relents de thriller, et cette inscription dans le film de genre va donner une belle énergie au métrage. On va donc suivre l’existence d’Eden et de la communauté noire travaillant dans cette plantation, rythmée par la cueillette dans les champs de coton et les multiples exactions subies chaque jour. La brutalité et la cruauté des dirigeants blancs donne très envie de les voir souffrir, et cette vision tranchée correspond certainement à la réalité de l’époque. On est pris aux côtés d’Eden et de ses compatriotes, dans un récit où le seul espoir réside dans la possibilité d’une fuite.

La seconde partie va s’attacher à une militante noire lors d’une de ses soirées de conférence, en distillant par petites touches la différence de traitement entre Blancs et Noirs à l’époque actuelle. Janelle Monaé, star de soul music (dont je vous avais déjà parlé ici), prend son rôle très à coeur et va interpréter cette femme luttant contre la discrimination raciale avec une belle force. Il faut dire que l’actrice gère également de manière très intense le rôle d’Eden dans la première partie, et ce jeu de temporalités va donner une lecture intriguante et étonnante au long métrage. Bush et Renz vont parvenir à apporter un éclairage original sur le thème de l’esclavagisme, qui va s’avérer puissant et très immersif.

Le troisième acte vient résoudre cette évocation de cette époque atroce et de ses répercussions, et le fait d’une manière qui aurait méritée d’être un peu moins expéditive. Mais à travers les actes d’Eden, on ressent des siècles de frustration et une vision très symbolique pour l’ensemble de la communauté noire, notamment avec cette image d’une Statue de la Liberté alternative proposée par Janelle Monaé. On se retrouve clairement dans un acte de vengeance qui rapproche l’oeuvre de certains films de blaxploitation, et on regrettera quelques éléments scénaristiques plus faibles (en général quand on entend des cris, il y a des gens qui accourent, surtout dans un domaine comme une plantation sudiste où les tensions sont permanentes) qui amoindrissent un peu l’impact de cette fin. Mais l’ensemble reste captivant malgré cela, et on ressort de ce film avec l’impression d’avoir été secoué à travers les époques et avoir été témoin d’une réalité déchirante de manière très frontale.

Si l’on peut se dire que le producteur Jason Blum est un sacré opportuniste sur les thématiques sociales depuis le très surestimé Get Out de Jordan Peele, il faut bien avouer qu’il a le flair pour les projets intéressants, et cet Antebellum propose une vision de l’esclavagisme qui secoue vraiment le spectateur, et qui se dote en plus d’atouts cinématographiques forts!

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Les news de la semaine : What a wonderful World

Ca faisait longtemps qu’on avait plus parlé report de film… Mais rassurez-vous, ça recommence bel et bien! La nouvelle victime se nomme Wonder Woman 1984, et se voit décalée du 30 septembre 2020 au 23 décembre 2020. On en est au 5ème report, le record des Nouveaux Mutants est battu! En effet, la séquelle de Patty Jenkins devait initialement sortir le 13 décembre 2019, avant d’être avancée au 1er novembre 2019, puis repoussé au 5 juin 2020, au 14 août 2020, puis septembre et décembre comme énoncé au-dessus. Si l’on pouvait être confiant au vu de la bannière Warner du film, c’est finalement justement parce que c’est un film Warner que ça pose problème…

Récapitulatif : la Warner est le seul gros studio a avoir eu les couilles de sortir un film en cette période très difficile, et si Tenet a bien démarré en Europe, ce n’est clairement pas le cas aux Etats-Unis, où il a fait un score de 20 millions sur son premier week-end… Et encore, les chiffres ont été gonflés par la sortie canadienne du 27 août, les avant-premières et les résultats du lundi suivant (c’est le long week-en du Labor Day aux USA). Ce qui veut dire que le vrai premier week-end se situe seulement à 10 millions de dollars… Ce qui est très problématique pour un film à 200 millions de dollars (hors marketing, rajoutez 90-100 millions) !!! La Warner mise donc tout sur une carrière se situant sur la longueur, et va donc dégager de la place pour ne pas se faire d’auto-concurrence… On va laisser vivre Tenet au maximum, et on va donc virer Wonder Woman 1984 de là…

Le problème, c’est l’effet domino que cela va forcément avoir, et l’impact notamment sur la sortie de Dune, prévue en décembre 2020… Rien n’est encore acté, mais comme WW84 se positionne désormais en décembre, il est irréaliste de penser que la Warner maintiendrait le film de Denis Villeneuve le même mois. Et comme Disney semble de son côté assez satisfait de ses augmentations d’abonnements sur Disney + grâce à la daube qu’est Mulan (augmentation de l’action en bourse de 10%, et entre le vendredi 4 et le dimanche 6 septembre, augmentation des dépenses de 193 % sur le site, puisqu’il fallait encore débourser 30 dollars en plus de l’abonnement) , on va également rester craintif quant à un dégagement de Black Widow… Ca sent pas bon du tout en ce moment pour le secteur du 7ème art…

 

 

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Le clip de la semaine : Bahamadia – 3 the hard Way

Comme j’écoute pas mal cette artiste ces dernières semaines, je vous remets un Bahamadia pour « le clip de la semaine » ^^ Cette fois il s’agit de 3 the hard Way, lui aussi issu de l’excellent Kollage datant de 1996, et Antonia Reed est accompagnée sur ce morceau par les artistes K-Swift et . Old school et méchamment bon!!!

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Mulan (Niki Caro, 2020)

Après avoir découvert une bande-annonce flamboyante et épique, j’étais très motivé à l’idée de découvrir cette énième adaptation live-action d’un classique Disney, qui promettait une approche plus mûre et moins enfantine, et dont les prétentions visuelles avaient de quoi imprimer la rétine sur grand écran! Mais ça, c’était avant le Covid-19, les multiples reports et la décision finale de sortir le film sur Disney +, en abandonnant donc toute exploitation en salles (sauf en Chine)! La déception est immense, mais elle ne vient pas uniquement de ce choix de diffusion.

La Warner est finalement le studio qui aura eu le plus de couilles en maintenant une sortie en salles pour Tenet, alors que Disney a choisi de capitaliser sur sa plate-forme de streaming. Quand on sait que les recettes au cinéma sont partagées entre le studio, le distributeur et l’exploitant, ce choix stratégique permet d’empocher la totalité des revenus générés par le film. Mais est-ce que cette sortie en VOD Premium (il faut l’abonnement à Disney +, et ensuite un paiement de 30 dollars pour avoir accès illimité au film) peut être plus rentable? En cette période où de nombreux cinémas sont fermés ou désertés, la question est pertinente, mais là où le bât blesse, c’est que Disney la joue totalement solo et ne soutient aucunement l’industrie cinématographique. Warner aurait pu opter pour la même formule en diffusant Tenet sur HBO Max, mais a fait le choix de poursuivre sa logique d’exploitation en salles, ce qui donne une bouffée d’air non négligeable aux différents cinémas. Même si le film ne casse pas la baraque au box-office, Warner voit une exploitation qui va se faire sur le long terme, mais de toutes les manières, le studio est méritant pour avoir partagé son film avec les distributeurs et les exploitants.

Au-delà de la stratégie égoïste de Disney, qu’en est-il de l’oeuvre de Niki Caro? Je ne pourrai pas faire d’étude comparative par rapport au dessin animé Mulan de Tony Bancroft et Barry Cook, puisque je ne l’ai pas vu, donc je ne suis pas un fan de Mushu et de Cri-Kee ^^ Mais dès le départ, il y a un élément qui va rapidement gêner, et que j’espérais n’être qu’une erreur de début de film. Mais malheureusement elle sera réitérée tout le long… Je vous disais que la bande-annonce promettait un film épique, réaliste et sérieux, et il n’en est finalement rien. Ce premier problème consiste en un manque de réalisme problématique lors de la première scène, qui voit Mulan enfant faire des prouesses aussi incroyables qu’impossibles, et surtout mal gérées visuellement… Ce sera encore le cas à plusieurs reprises dans le film, et ce parti-pris grossier amoindrit déjà considérablement la portée des scènes d’action. Rajoutez à cela les fameux câbles qui viennent constamment gâcher les séquences de combats, de Tigre et Dragon à Ip Man 4 : le dernier Combat, et on obtient des scènes molles et sans relief… Et que dire des prouesses ridicules de Mulan, qui semblent tout droit sorties de Shaolin Soccer?? Au moins, le ridicule était assumé dans le film de Stephen Chow… Autre problème évident, l’absence de respect pour les chorégraphies martiales, puisque Niki Caro choisit un montage cut impersonnel censé inculquer du rythme, et qui ne fait que dénaturer la gestuelle…

Concernant les scènes de combats plus globales, le résultat s’avère encore une fois relativement brouillon, avec un manque d’emphase impressionnant, soulignant le très bon travail des monteurs de la bande-annonce, qui ont réussi à nous faire croire que le film offrirait un spectacle grandiose! Bravo à eux, ce sont certainement les personnes les plus douées ayant oeuvré sur le film. Il faut dire aussi que voir Yifei Liu (l’interprète de Mulan) prendre des poses qui donneraient un lumbago au Neo de Matrix, ça n’aide pas non plus à insuffler du réalisme à ce film de guerre… D’ailleurs, le combat final contre le bad guy de fin de niveau est réellement lamentable, tant il ne respecte aucunement les lois de la gravité et qu’il s’avère très mal filmé aussi… Et dans le genre manque cruel de réalisme, la scène de l’avalanche mérite à elle seule le détour tant elle s’avère ridicule… Elle m’a d’ailleurs fait penser à cette fameuse scène de Fast & furious 8 avec le sous-marin, pour la logique du déplacement! ^^

Il parait que les personnages sont attachants dans le dessin animé, ils ont dans ce cas été très mal retranscrits, car niveau émotion il ne se passe quasiment rien, et on accroche avec aucun personnage. Yifei Li est jolie et bouge bien dans tous les sens, mais n’apporte pas une grande consistance au personnage de Mulan, et ce ne son pas ses partenaires de jeu qui vont lui voler la vedette. Jet Li est engoncé dans le rôle monolithique de l’empereur, Donnie Yen fait ce qu’il peut avec un rôle de commandant dans l’armée, Jason Scott Lee fait la grimace pour incarner le méchant du film, et Gong Li joue une bad girl qui manque elle aussi de relief… Chacun est engoncé dans son rôle sans avoir de grandes marges de manoeuvres, ce qui fait que l’on va assister à une suite de séquences sans se soucier de ce qui arrive à tous ces protagonistes, et l’un des éléments fondateurs de cette absence d’enjeux apparaît assez rapidement dans le film. Le principe de Mulan est que la jeune femme va se faire passer pour un homme, sauf que dès le départ ça n’est pas crédible du tout, et que l’on voit direct qu’elle est une femme. Mais le subterfuge va passer sans problème auprès de tous les mâles du camp, ce qui est là encore très grossier au niveau du traitement, et qui va forcément amoindrir les moindres tentatives de créer du suspense sur ce terrain-là.

Mulan est un film qui manque donc véritablement d’enjeux et de réalisme, et rajoute des éléments fantastiques qui n’étaient à priori pas présents dans la version animée. L’aspect girl power tombait à point nommé en ces temps de #meToo, mais le traitement est tellement irréaliste qu’il ne fonctionne pas. Quand on a un commandant qui parle de déshonneur alors que Mulan vient de sauver ses troupes, mais qui change son fusil d’épaule juste parce que ses soldats remettent en question son jugement, ça manque là aussi beaucoup de réalisme, et je pense qu’à l’époque, une remise en question des paroles de son capitaine, ça ne se terminait pas avec des sourires, ou alors kabyles…

Il n’y a donc rien à sauver de ce Mulan cuvée 2020, qui n’est là que pour alimenter la machine Disney en nouveau contenu, et finalement, il a davantage sa place sur la plate-forme de streaming qu’en salles, où il ne mérite pas d’être diffusé!

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Focus : The Boys – comics VS série

A l’heure où les 3 premiers épisodes de la seconde salve télévisuelle de la série d’Eric Kripke sont tombés, on a suffisamment de matière pour s’amuser à faire le comparatif entre les différents médias consacrés aux P’tits Gars de Billy Butcher. Dire que le show était attendu est un euphémisme, tant le comics de Garth Ennis et Darick Robertson est sulfureux et tranche dans le vif du domaine super-héroïque. Composé de 72 épisodes étalés sur 6 années (de 2006 à 2012), The Boys constitue une satire virulente de l’univers des super-slips, s’en prenant bien évidemment au passage aux fondement de l’industrie elle-même. La publication même de la série a de quoi faire sourire, puisqu’elle a été annulée au bout de six épisodes par Wildstorm, DC Comics la jugeant un poil trop irrévérencieuse. Ennis et Roberston s’en vont donc chez Dynamite Entertainment, qui va publier l’ensemble de la série au fil des années, laquelle représente un beau succès pour l’éditeur indépendant.

De mon côté, je suivais le comics lors de sa parution chez Panini à l’époque, et je suis en pleine relecture des aventures déjantées des P’tits Gars. J’en suis au 28ème épisode, ce qui me semble suffisant pour tenter une première analyse des différences entre les 2 médias. C’est toujours angoissant quand on adore un comics de le voir propulsé au cinéma ou à la télévision, car on a à chaque fois la crainte de perdre ce qui fait l’essentiel du succès du bouquin. Pour The Boys, la plus grande crainte était bien évidemment de ne pas parvenir à retranscrire toute la folie de l’oeuvre d’Ennis et Robertson. Je ne me suis pas amusé à faire le même comparatif pour la série Preacher, puisque je n’ai même pas tenu un épisode entier…

On va commencer par un personnage emblématique, P’tit Hughie bien sûr! Celui qui était « incarné » par Simon Pegg dans les comics ne pouvait plus l’être dans la série, et la pirouette qui a été trouvée est franchement top, en rendant un bel hommage à l’acteur de Shaun of the Dead. Il faut dire qu’à l’époque où Robertson avait choisi les traits de l’acteur (sans lui demander son avis ^^) pour Hughie Campbell, Simon Pegg était bien loin d’être aussi connu qu’aujourd’hui! Et il avait d’ailleurs été très ravi de tomber sur sa tronche en lisant le comics! ^^ C’est donc Jack Quaid qui lui succède dans la série, et il s’en tire plutôt bien, apportant une certaine fragilité au personnage sans trop accentuer l’aspect geek. Quaid est le fils de Meg Ryan et Dennis Quaid, et perpétue un certain savoir-faire familial dans l’acting.

Le second élément concerne Billy Butcher, personnifié avec classe par Karl Urban, qui va accentuer le côté roublard du leader des P’tits Gars. Dans le comics, Billy est un poil plus respectueux pour son équipe, alors que dans la série, il n’hésite jamais à leur mentir et à jouer de son bagout pour tenter de se sortir des pires situations. La version comics est moins détestable, mais Urban se fait bien plaisir avec ce personnage! Un autre élément très important, c’est bien évidemment le Protecteur de la Patrie, joué par Antony Starr, le génial Lucas Hood de la non moins géniale série Banshee !!! Il personnifie le Protecteur avec un mélange d’ironie et de tension qui en fait au départ un super-héros qu’on croirait juste naïf, mais dont les sourires masquent un manque d’humanité qui va rapidement devenir très flippant. Il faut dire que dans les comics, l’équipe des 7 n’a clairement pas la même importance, et on ne les voit pas avant plusieurs épisodes. Il y avait donc matière à improviser et Antony Starr s’approprie cette variation de Superman grâce à un jeu qui va permettre de saisir toutes les tensions qu’il contient, et ce qui apparaissait comme simplement caricatural à la base va devenir très intéressant.

Par contre, quand on connaît le comics et qu’on sait à quel point Ennis et Robertson ont repoussé les limites de la bienséance (et de la bienveillance pour ses « héros »), ce qui frappe d’emblée à la vision de la série, c’est à quel point elle se retrouve bridée… L’une des premières preuves en est la scène d’orgie super-héroïque à peine esquissée, quand dans les comics, un épisode entier y est consacré, et qu’il ne cache rien des pratiques déviantes des supers. The Boys version comics est une satire ne lésinant ni sur le sexe, ni sur le trash, ni sur le gore pour nous livrer une vision désabusée et explosée d’un genre en pleine expansion. The Boys version série nous balance quelques éléments bien gores (voir Translucide) mais reste tellement gentille dans les dérives sexuelles de ses protagonistes… On comprend bien qu’un arc comme celui présentant le Tek-Paladin est sacrément difficile à transposer à l’écran, mais bordel qu’est-ce que c’est barge et original!!! Ce simulacre de Batman et Iron Man a un gros problème, parce que dès qu’il voit un endroit dans lequel il pourrait fourrer sa bite, il ne peut pas s’empêcher de le faire, ce qui a des conséquences dramatiques, et fait de sa vie un véritable enfer… Il fallait oser aller aussi loin, et sa rédemption sera à la hauteur de cette folie scénaristique! Dans la série télé, Eric Kripke reste bien sage, et peut-être même trop puritain dans sa vision sexuelle des super-héros! D’ailleurs, seul le Profond tente sa chance avec la nouvelle arrivée Stella, là où dans le comics, le Protecteur n’hésite pas à profiter de la naïveté de la jeune femme lui non plus…

La série se regarde et s’apprécie, même si ce sont les 3 derniers épisodes de la saison 1 qui s’avèrent être les plus intéressants. Il y a un potentiel énorme mais qui est encore loin d’être exploité au mieux, malgré des situations intéressantes comme la découverte du Composé V. Mais l’ensemble reste trop dans la retenue pour offrir la folie du comics, alors peut-être que le salut viendra d’un personnage comme celui de Stormfront, qui dynamite les codes et s’avère être dangereuse pour la suprématie du Protecteur? Quand je pense à  la frontalité des traitements de divers thèmes comme l’homosexualité, le racisme ou la géopolitique par Ennis et Robertson, il y a de quoi regretter que Kripke ne soit pas plus acerbe… La balade des P’tits Gars en Russie, avec la rencontre de Boudin d’Amour, est un moment juste génial, l’infiltration de Hughie dans une des équipe des G-Men (parodie des X-Men bien évidemment, avec la multiplication des titres mutants dans les années 90) est un excellent moment aussi. L’utilisation du chien de Butcher est géniale, alors que dans la série il apparaît juste brièvement sur une photo; le coup du hamster du Bonimenteur est sacrément dégueulasse, et ne sera certainement jamais utilisé à la télévision. Il y a une réelle folie et une totale absence de limite dans la série de comics, ce qui n’en fait pas pour autant quelque chose de simplement grivois ou trash. On a derrière une vraie volonté d’offrir un écrin politique fort, et l’épisode où Hughie discute avec la Légende est excellent, car il va nous faire une leçon d’histoire sur Vought-American et sur la fabrication des supers. Ennis est très fort pour son apport politique, ce qui était déjà le cas dans ses sublimes épisodes du Punisher, qui figurent parmi les meilleurs consacrés à Frank Castle.

Par contre il y a bien quelques séquences qui sont plus intéressantes dans la série que sur format papier, on pense notamment à la scène du détournement d’avion. Il faut bien avouer qu’elle est assez puissante émotionnellement dans la série, avec des enjeux pour les protagonistes qui auront davantage de répercussion que dans le comics. Même si la relecture du 11-Septembre en comics est bien explosive pour le coup, avec de sales secrets bien taillés pour les complotistes! Le comics se permet pas mal de digressions en multipliant les enquêtes, ce qui va permettre d’élargir le bestiaire super-héroïque, alimenté par l’humour corrosif d’Ennis et Robertson! On découvre Chiktaba, un ersatz de Chewbacca, 2 équipes de G-Men qui ne peuvent pas se blairer, hommage au rap US avec la guerre East Coast-West Coast, un type qui a le pouvoir de balancer une immonde gerbe verte, et des pratiques toujours aussi déviantes dans les maisonnées de tous ces héros. Y a pas, les P’tits Gars ont du boulot… Si la série The Boys se regarde et s’avère plutôt sympathique, elle est malheureusement à des années-lumière de sa version originelle en mode comics, qui est une petite pépite gore, sex et rock’n’roll tout de ce qu’il y a de plus recommandable, et dont l’humour déviant est tellement plus dingue!!!

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