Normal (Warren Ellis, 2016)

Warren Ellis est surtout connu comme auteur de comics, et on doit au Britannique quelques oeuvres bien originales comme Transmetropolitan, Global Frequency ou Nextwave! Il est également romancier à ses heures perdues, et ce Normal est ma première incursion dans son univers littéraire.

Ce roman très court peut se voir comme une extension moderne et absurde du 1984 de George Orwell, avec une interrogation fondée sur les systèmes d’écoute en place à notre époque. En prenant place dans un hôpital pour des veilleurs stratégiques dont le boulot consiste à mettre en place et gérer des systèmes de surveillance, on va plonger dans un microcosme où la folie semble être le dénominateur commun. Chacun des individus présents en ce lieu semble avoir sa propre conception du monde et de la société, comme si chaque personnage tentait de justifier ses actes, alors qu’ils sont totalement dépassés par les enjeux. A Normal Head, on accueille des militaires ou des civils rongés par le stress et la culpabilité, et qui se construisent chacun dans leur coin leur propre version de l’univers. On va croiser une femme qui communique avec sa flore intestinale, un ermite qui pense être la tête pensante du lieu, et tout un tas de personnages qui grouillent comme des fourmis mais dans un tourbillon qui semble tellement vain… Comme si le but de chacun était de justifier ses actes aux autres, mais avant tout pour se convaincre soi-même.

Adam Dearden a analysé les systèmes de foules lors de manifestations, afin de mettre en place des protocoles destinés à stopper ces rassemblements. Certains de ceux qui se trouvent ici n’ont fait qu’observer silencieusement, d’autres ont développés des systèmes actifs destinés au gouvernement. Des armes ont été élaborées suite à ces observations, notamment des drones très ingénieux et capables de dégâts très localisés. C’est avec ces images abstraites et pourtant terribles que certains doivent vivre, et Adam est à Normal suite à une de ces visions difficiles. On va apprendre peu à peu ce qui l’a amené ici, tout en découvrant les histoires de certains autres résidents.

Normal va être un bouquin plus cérébral que démonstratif, et on va assister à des dialogues absurdes entre les personnages, chacun tentant de convaincre l’autre du bien-fondé de ses méthodes et de sa pensée. Normal est une sorte de métaphore sur la surcommunication et la surveillance de masse, offrant un point de vue alarmiste sur un phénomène déjà trop développé. La thématique se rapproche de Black Mirror, mais le traitement peut s’avérer très déroutant. « Nous sommes payés pour regarder le silo noir de l’avenir et observer le petit caillou qui, au fond, représente les vestiges écrasés de l’espèce. Nous finissons tous là. C’est notre lot. Et ça a une certaine valeur. On nous paie pour ça. Nous sommes les mangeurs de péchés de cette saloperie de culture toute entière, et c’est à nous qu’il incombe de regarder la fin de la civilisation humaine. »

Warren Ellis va glisser quelques notes d’humour et quelques brins poétiques dans ce tableau sombre, en usant d’un style prenant. « Elle alla ensuite puiser un sourire au-delà de ce qui lui était arrivé plus tôt dans la journée. » Il y a une beauté éphémère dans son écriture, qui donne envie de poursuivre ce roman statique, dont l’intérêt réside avant tout dans les idées et les dialogues. Peu d’action, pas de retournements de situation de dingue, mais Normal constitue un roman étonnant qu’on va lire presque d’une traite sans s’en rendre compte. En appuyant sur des thématiques très modernes, Ellis va nous plonger dans une atmosphère paranoïaque des plus absurdes, et il nous met face à des individus perturbés par ce monde qui est presque déjà le nôtre…

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Le (2ème) clip de la semaine : The Hook – Fast sleeping Night

L’Ed&nfest a été l’occasion de découvrir pas mal de très bons groupes, et notamment The Hook que je n’avais encore jamais vu en live! Le groupe mulhousien est actif depuis 2013 et déverse un rock qu’on jurerait tout droit venu des 60’s et 70’s!!! Il y a la maîtrise, le style et la passion qui en font un des plus beaux anachronismes musicaux de l’Est!!! 😉

Je vous laisse avec Fast sleeping Night, l’un des nombreux morceaux prouvant que le rock old school est plus vivant que jamais!!!

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Le clip de la semaine : Peeled Cubes – Ten to Midnight

Les Peeled Cubes sont en train de se faire une place de choix dans le paysage sonore local, leur rock indé trouvant un très bel écho auprès de tous ceux qui les découvrent, à l’occasion de showcases, de festivals ou même de concerts privés! Il faut dire que leur univers s’avère bien riche et envoûtant, avec des compositions parvenant à jouer intelligemment avec nos émotions!

Retour sur un de leur live à l’Ed&n de Sausheim, avec cette version acoustique de l’excellent morceau Ten to Midnight!

 

 

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Tape-Cul (Joe R. Lansdale, 1998)

5ème roman de la série Hap and Leonard (voir la checklist Joe . Lansdale), Tape-Cul concentre le meilleur de Joe R. Lansdale pour constituer ce qui est (pour l’instant) le meilleur bouquin de cette saga! Il m’en reste encore quelques-uns à relire, et je bouquine aussi entre-temps d’autres auteurs, mais ce Tape-Cul m’a franchement fait bien marrer et le concentré d’action s’avère encore plus percutant que dans les oeuvres précédentes de l’auteur texan! Dans Bad Chili, Hap rencontrait Brett, une superbe rousse avec qui il faisait quelques galipettes entre deux fracassages de mâchoires avec son pote Leonard. Le temps aidant, leur relation a évolué et les deux tourtereaux envisageraient même d’emménager ensemble… Mais avant cela, il faut que Brett règle un problème de taille, celui de sa fille toxico et prostituée, qui semble avoir vraiment besoin d’aide pour sortir de sa merde…

Bien évidemment, Hap ne peut pas répondre par la négative à la demande de Brett, et avec Leonard, ils vont composer un trio bien explosif qui s’en va aller bastonner du maquereau pour récupérer la gamine. Comme d’habitude chez Lansdale, on a un point de départ très série B, mais qui va être rapidement transcendé par l’originalité de son écriture et ce mélange d’humour et de poésie absurde inimitable! « Le lendemain matin, on descendit sans se presser la Highway 87, en direction de Lubbock, à travers un des territoires les plus désolés et les plus hideux de cette face de la lune. C’est le genre de paysage dans lequel on s’imagine qu’on va se péter la gueule. Chaque fois qu’on passait devant un arbre rabougri – ou plutôt un buisson, à vrai dire – j’avais envie de sauter de la voiture et de m’y accrocher de toutes mes forces pour éviter d’être aspiré dans une sorte de néant cosmique lovecraftien. »

Dans leur périple, Hap, Leonard et Brett vont rencontrer un ex-maquereau nain, un ancien biker devenu prêtre défroqué, et toute une galerie de personnages hauts en couleur comme les affectionne l’auteur. Et comme dans chacune de ses oeuvres, il croque ses protagonistes avec un style tranchant, vif et drôle qui fonctionne à chaque fois! « Même de loin, on se rendait compte qu’il était à peu près aussi propre et mignon qu’un tas fumant de merde chié par un chien malade. Il portait une salopette décolorée, à même la peau, et il crachait de temps en temps un jet brun dégueulasse – du tabac, espérais-je. » Tiens, d’ailleurs, ça me rappelle qu’ils vont aussi faire la connaissance d’un tatou, qui va devenir le meilleur ami de Leonard, après une séquence assez surréaliste!

Les bouquins de Joe R. Lansdale, ce sont des odes aux vieux polars, aux western et à la littérature pulp, avec des intrigues composées de bagarres régulières et de luttes d’egos entre mâles dominants. Mais sous ce vernis se cache d’autres sensibilités, à travers les personnalités d’Hap et Leonard bien évidemment. Hap est un Blanc hétéro et pacifiste, capable de tomber en pâmoison dès qu’une jolie donzelle se retrouve en difficulté, et Leonard est un Black homo adepte de la castagne, bien déterminé à envoyer chier ceux qui l’emmerdent. Les 2 potes ont des caractères diamétralement opposés, et pourtant ils sont indissociables et sont toujours présents l’un pour l’autre. Les dialogues qu’ils ont sont excellents, soulignant toujours leurs différences de point de vue et destinés à accorder leur violons, comme avant leur départ en mission. Leonard est une sorte de réaliste pragmatique, et il le fait bien comprendre à Hap en lui disant qu’il n’est qu’un pauvre naïf toujours trop pacifique. « A toi tout seul, t’as le coeur plus sensible que tous les démocrates du Congrès. Tu n’aimes pas les armes. A cause de Brett, dans cette histoire, tu vas à l’encontre de tout ce à quoi tu crois. Tu ne lui dois pas tant que ça. Moi, si je sais où se trouve un nid de vipères et que je peux l’écraser, j’estime que c’est mon devoir de le faire. Toi, j’imagine que tu nourriras ces foutus serpents, que tu essaieras de les élever, que tu paieras peut-être leurs études… Je ne suis pas en train de peser le pour et le contre du bien-fondé de ton attitude, là, je décris simplement ce que tu es et ce que tu devras affronter. »

Quand on plonge dans un roman de Lansdale, on a vraiment du mal à le lâcher avant la fin, et on y retourne très rapidement, parce qu’on se prend d’affection pour ses anti-héros qui malgré tout ont un profond sens de la justice. Péter des gueules pour améliorer le monde, ça va tout de même plus vite qu’en glissant une enveloppe dans une urne… Mais quand on s’attaque à la mafia locale, il vaut mieux s’armer jusqu’aux dents pour avoir une chance de s’en tirer… Encore un excellent ouvrage de la part du Texan donc, et si ce n’est pas encore fait, je vous invite à découvrir ses romans!!!

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Les news de la semaine : Cyrus Black

La 5ème saison de Black Mirror n’a pas fait que des heureux, mais perso je l’ai trouvée vraiment excellente et je vous la conseille fortement!!! Dans le 3ème épisode, la star de la pop Miley Cyrus joue une sorte de clone d’elle-même, Ashley O, et elle s’avère sacrément douée à l’écran! On aperçoit dans l’épisode quelques passages d’un clip, qui a été dévoilé récemment en intégralité. Ca s’appelle On a Roll, et Cyrus se réapproprie le Head like a Hole de Nine Inch Nails de façon très personnelle, ce qui donne un résultat étrange! Et bien évidemment, c’est nettement plus intéressant quand on met ce morceau en parallèle avec l’original de Trent Reznor! 😉

 

Sinon, Legion revient très très bientôt (dans moins de 10 jours, le 24 juin!!!), et on a droit à pleiiiiin de belles images promo bien psychédéliques!!! Pas de doute, la saison 3 devrait être grandiose!!!

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