Les Loups-Garous d’Argentine (Jérémy Wulc,2021)

Si le nom de Jérémy Wulc vous est inconnu, vous l’avez pourtant croisé à plusieurs reprises sans vous en rendre compte. Il est apparu dans plusieurs fictions télévisuelles ou cinématographiques, de La Philo selon Philippe à La Dream Team, en passant par Madame le Proviseur, Sauveur Giordano ou encore Tout Schuss, la plupart du temps dans des rôles secondaires. Il a également une carrière en tant que scénariste pour le cinéma et la télévision, et est également très actif dans le domaine du théâtre, où il écrit, joue et met en scène. Cet amoureux des lettres devait inévitablement se lancer un jour dans le domaine du roman, et ce nouveau défi est remporté avec Les Loups-Garous d’Argentine, évocation sur plusieurs époques des heures les plus sombres de l’Histoire, paru le 6 avril 2022 chez HarperCollins

Jérémy Wulc va nous faire rencontrer Arnaud Shimansky, dont le nom renvoie fortement au Shimanski de Götz George, un des nombreux flics allemands télévisuels connus. Arnaud Shimansky voit sa carrière policière battre de l’aile suite à un événement arrivé en mission, et c’est durant cette période difficile que son grand-père va décéder. Simon Shimansky avait fui les horreurs de la Seconde Guerre Mondiale pour reconstruire sa famille, et il laisse derrière lui un fils et un petit-fils. Ces deux derniers vont entamer le nettoyage de la maison familiale avant de la mettre en vente, et en fouillant littéralement dans le passé, Arnaud va faire des découvertes étonnantes et troublantes… Le flic va se mettre à enquêter sur le passé du patriarche, ce qui risque bien de remettre en question tout ce qu’il croyait sur sa propre famille…

Jérémy Wulc dresse des personnages qui ne sont pas forcément très fouillés psychologiquement, mais l’intérêt de ce livre réside surtout dans son intrigue et dans sa réappropriation de l’Histoire. Wulc nous convie à un voyage sombre en multipliant les strates temporelles, pour parvenir à boucler l’histoire familiale des Shimansky. On passe de manière très fluide de l’époque contemporaine aux années 40, 50 ou 80, en glissant dans le temps grâce à des manuscrits ou des photos retrouvés, et si le mystère s’intensifie de plus en plus, il va finir par faire place à des révélations successives qui vont jeter un nouveau regard sur l’histoire de Simon, et sur la grande Histoire elle-même. En conteur apte à captiver son auditoire, Jérémy Wulc va narrer cette saga familiale avec un sens consommé du suspense, et même si certains éléments paraissent évidents, d’autres pourront surprendre.

C’est principalement dans sa narration historique que Les Loups-Garous d’Argentine est le plus prenant, car on a hâte de savoir de quoi il retourne alors qu’Arnaud se lance dans sa quête de vérité. Ses relations avec son pote Billard, sa hiérarchie ou sa copine Ambre importent peu, et ce n’est donc pas grave si elles apparaissent comme très classiques dans leur traitement. Car l’immersion dans le passé avec le rappel de la terreur qu’ont connu les Juifs lors de la Seconde Guerre Mondiale est bien plus fort… Arnaud va remonter le fil des connexions de son grand-père et va traverser le globe afin de faire toute la lumière sur ce qui lui est arrivé, et surtout pour trouver les responsables…

En mêlant des faits historiques connus, en convoquant notamment les enquêtes d’Arno Klarsfeld et les procès de criminels de guerre comme Klaus Barbie, Jérémy Wulc crée une fiction se basant sur des faits on ne peut plus réels, et il se donne toute latitude pour mener une enquête prenante aux confins du roman et de l’enquête historique. Il se permet quelques distorsions intéressantes, et à la lecture d’un tel bouquin, on se demande si le Mal est éternel… Entre le bruit des bottes dans le Berlin des années 40, l’exil des Nazis en Amérique du Sud, et le devoir d’histoire du Mémorial de la Shoah, on va être pris dans la tourmente de l’après-guerre, et on va découvrir comment la corruption et l’absence de toute morale a pu permettre la protection de certains des êtres parmi les plus abjects…

Pour son premier roman, Jérémy Wulc nous livre un récit prenant, qui se lit presque d’une traite!

Publié dans Bouquin | Laisser un commentaire

Le(s) clip(s) de la semaine : spécial élection

Cette période d’élection présidentielle aura fait parler pendant des mois, et il est temps de dresser un bilan maintenant que tout est terminé. Et qui de mieux qu’Aude Gogny-Goubert et Patrick Chanfray, les excellents journalistes de Blast, ou encore le non moins excellent Thomas Wiesel, pour apporter un regard lucide sur ce qui nous attend? Allez, je vous laisse déguster ^^

 

Publié dans Le clip de la semaine | Laisser un commentaire

Les news de la semaine : 50 Nuances de Web

Après Venom, Venom : let there be Carnage et Morbius, attend-on encore réellement quoi que ce soit d’un projet du Sony’s Spider-Man Universe? Madame Web est pourtant en bonne voie vers les écrans de cinéma, puisque le film signé S.J. Clarkson se voit attribué la date de sortie du 5 juillet 2023. Si aucun élément du script n’a encore été dévoilé, on se doute bien que ce nouvel opus arachnéen ne suivra pas la vieille Cassandra Webb, mais devrait offrir un pendant féminin aux aventures de Peter Parker en mettant en avant une éventuelle Julia Carpenter dans le costume de Spider-Woman. Rien n’est donc encore officialisé, mais avec la présence de Dakota Johnson dans le rôle principal, on se doute bien qu’on va faire dans le rajeunissement! Après, est-ce que ce sera dans la droite lignée des films Sony, ça c’est le gros risque…

Après le très bon Spider-Man : New Generation, on attendait de pied ferme sa suite, qui avait même la classe de se transformer en diptyque! Prévu pour une sortie au mois d’octobre de cette année, Spider-Man : Across the Spider-Verse se voit aujourd’hui décalé au 31 mai 2023!!! Un report qui fait mal, et qui évidemment décalera aussi Spider-Man : Across the Spider-Verse Part II, qui est renvoyé au 27 mars 2024 par chez nous… Dommage, quand on sait qu’il s’agit de ce que Sony fait de plus qualitatif en matière de Spider-Verse

Publié dans Les news de la semaine | Laisser un commentaire

Le clip de la semaine : Balade Mentale

Balade Mentale, c’est une chaîne YouTube créée en 2015 par les passionnés Théo Drieu et Kévin Fauvre, qui a pour objectif de faire de la vulgarisation scientifique avec une belle pincée de poésie et un soupçon d’absurde. Cela fait maintenant 7 ans que les compères nous livrent des moments intemporels en nous faisant visiter les confins des océans ou de l’univers, avec un rythme impeccable et une aisance narrative impressionnante. Si vous ne connaissez pas, je vous invite à vous laisser happer par cet essai sur les multivers, qui va vous faire entrecroiser quelques neurones en leur proposant des concepts scientifiques assez déconcertants! Le trip est franchement un régal, alors n’hésitez pas à aller regarder leurs autres créations! 🙂

 

Publié dans Le clip de la semaine | Laisser un commentaire

Les Animaux Fantastiques : les Secrets de Dumbledore (David Yates, 2022)

Je suis plutôt un Moldu novice en matière de Wizarding World, ayant vu les films Harry Potter il y a fort fort longtemps, et ayant rattrapé mon retard sur cette seconde saga tout récemment. J’ai apprécié les premières aventures de Norbert Dragonneau, tout en trouvant le second épisode assez plat… J’ai tout de même voulu vérifier si les aventures du sorcier Poufsouffle allaient regagner en qualité, et il est vrai que l’argument le plus motivant du film est sans conteste la participation de l’excellent Mads Mikkelsen.

J’ai donc accepté de replonger dans cet univers à la fois féérique et sombre, pour retrouver les personnages des précédents films avec une intrigue ayant évolué de manière dramatique. Le début de ce long métrage signé une fois encore David Yates (il en est à son 7ème film dans cet univers!) s’avère relativement sombre, avec la mort qui plane de manière violente sur le monde des Animaux Fantastiques. On navigue dans une atmosphère lourde renvoyant presque au Seigneur des Anneaux, et on se dit que ce n’est pas forcément un spectacle pour les enfants… Par contre cela va asseoir l’aura d’un Grindelwald inflexible et sans pitié… Et la transition de Johnny Depp à Mikkelsen s’avère salvatrice pour le personnage.

Il faut dire que Depp a pour habitude d’offrir des interprétations souvent caricaturales pour ses personnages, et Grindelwald, à l’instar d’un Jack Sparrow, n’y avait pas échappé. Mads Mikkelsen lui apporte une présence froide et bien plus réaliste, ce qui en fait un adversaire paradoxalement plus imposant. Dans un monde fantastique où la magie est reine, c’est un choix relativement pertinent de proposer un ennemi à l’allure et à la gestuelle bien plus sobre, reposant principalement sur le charisme de son interprète. Mads Mikkelsen est un caméléon capable de passer du film d’auteur danois (le très bon Riders of Justice) au méga blockbuster (Doctor Strange), et c’est un réel plaisir de le retrouver à chaque fois. J.K. Rowling et Steve Kloves, scénaristes sur cet opus, vont développer les relations entre Grindelwald et Albus Dumbledore, interprété efficacement par le toujours juste Jude Law. Les 2 acteurs offrent des interactions intéressantes, et permettent de mettre en place des enjeux que l’on a envie de suivre.

Eddie Redmayne est toujours de la partie avec le rôle étrange de Norbert Dragonneau, le sorcier qui n’ose pas regarder les gens dans les yeux et qui se tient toujours de côté ^^ C’est assez déconcertant, mais à force on s’y fait ^^ Je ne suis pas spécialement fan de ce personnage, qui n’est ici que pour mettre en valeur le reste du casting, comme Dan Fogler qui gère plutôt bien son rôle de Jacob Kowalski, le Moldu qui n’a pas froid aux yeux. On retrouve également le redoutable Croyance, joué par Ezra Miller, toujours en lutte contre ses démons.

Visuellement, David Yates nous offre un spectacle maîtrisé et dans lequel on prend plaisir à plonger, maniant sa caméra avec soin pour nous investir dans ce combat entre le Bien et le Mal. On sent qu’il est en terrain connu et qu’il gère sa narration depuis plusieurs années, ce qui lui permet d’officier comme un conteur chevronné. On sent des inspirations allant chercher chez les X-Men de Bryan Singer (la lutte entre 2 espèces, dont l’une veut dominer l’autre) aux films Marvel, avec une pincée de peur historique, avec ces allusions à peine voilées au nazisme. Cela permet d’offrir un récit que l’on suit sans ennui, ponctué de quelques séquences d’action qui ne vont pas révolutionner le genre, mais qui permettent au film d’adopter un rythme plus enlevé que l’opus précédent.

La qualité de ce 3ème volet réside également dans sa capacité à insuffler quelques montées émotionnelles réussies. Au-delà des quelques épisodes de débauche visuelle à coup de combats de baguettes, ce sont les relations entre les personnages qui permettent de donner du poids au récit, lequel possède quelques dialogues forts et empreints d’authenticité. Il y a évidemment aussi quelques passages consacrés au Niffleur et à Pickett, des créatures franchement attachantes et drôles! Si on n’évite pas quelques passages convenus (l’évasion de la prison) et quelques facilités narratives, Les Animaux Fantastiques : les Secrets de Grindelwald permet de passer un bon moment en compagnie de personnages que l’on a appris à apprécier, et constitue une saga préquelle intéressante. Les vrais amateurs de Poudlard devraient y trouver leur compte, avec quelques allusions plus ou moins appuyées à l’univers d’Harry Potter, même si le récit tient debout par lui-même. La Warner avait préalablement planifiée 5 films, elle va cependant sagement attendre les retours de ce dernier opus avant de mettre en chantier le 4ème épisode. On va donc devoir patienter avant de savoir si on retrouvera un jour Teddy le Niffleur et Pickett!!!

Publié dans 2020's, Cinéma | Laisser un commentaire