
Créé par Stan Lee, Jack Kirby et Don Heck, le personnage de Wonder Man est apparu pour la première fois dans Avengers 9 datant d’octobre 1964. Il sera surtout connu par la suite comme membre important des West Coast Avengers. La particularité de Simon Williams est de baigner dans un environnement hollywoodien, puisqu’il conjugue à la fois sa vocation de super-héros et sa carrière d’acteur. Destin Daniel Cretton (le réal de Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux) et Andrew Guest (producteur sur Brooklyn Nine-Nine et Hawkeye) optent pour une adaptation risquée et facétieuse, qui ne plaira pas à tout le monde.

Si vous vous attendez à une série sur Wonder Man, vous serez forcément déçu. Par contre, l’angle d’attaque centré sur Simon Williams s’avère bien plus profond que ce que l’on pouvait craindre au départ, avec les promos méta et laissant croire à un produit un peu trop présomptueux. Pour faire simple, Wonder Man n’est pas du tout une série super-héroïque, mais nous dévoile le quotidien difficile d’un acteur en galère à Los Angeles. Après les désastres WandaVision, She-Hulk : Avocate ou encore Agatha All Along, on était légitimement en droit de s’attendre à une énième série voulant faire la maligne et se cacher derrière un pseudo-humour histoire de compenser la vacuité d’un récit inexistant. Mais face à cette lignée peu recommandable, Wonder Man nous sort des qualités inattendues et se permet d’apporter une tonalité inattendue dans le MCU!

Le début du premier épisode m’avait pourtant fait peur, mais les à-priori engrangés depuis des années expliquaient aussi ce possible rejet initial. Pourtant, on va peu à peu se prendre au jeu de cet homme cherchant à percer à la télévision ou au cinéma, et l’apport de Yahya Abdul-Mateen II est indéniable, lui qui confère une fragilité réelle au personnage de Simon Williams. Constamment habité par le doute mais également enclin à une véritable motivation face à son art, Simon va être durement tiraillé entre les différents aspects de sa vie, surtout qu’un secret qu’il verrouille totalement l’empêche de se livrer corps et âme. On se retrouve face à un individu qui va s’auto-saboter par peur de trop en révéler, et si cela donne lieu à quelques séquences drôles, le fond de cette volonté de contrôle total nous met face à un homme creusant sa propre solitude. Cette thématique va être un véritable fil conducteur du show, et amener ça dans le MCU est plutôt couillu, un peu de la même manière que Thunderbolts* était un film traitant de la dépression.

On se demandait bien pourquoi Trevor Slattery était de retour, et la seule explication plausible était que Destin Daniel Cretton avait déjà été l’architecte de son premier retour dans Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux. Mais finalement, ça s’avère bien plus subtil que cela et il n’y a rien d’artificiel dans le fait que Ben Kingsley refasse son apparition. L’acteur va être savoureux dans ce rôle qui aura été l’un des plus dingues du MCU, avec ce personnage du faux Mandarin d’Iron Man 3 que je n’ai toujours pas digéré à ce jour! ^^ Mais la performance de Kingsley était marquante, et on sentait qu’il s’était diablement amusé avec le concept. Etre capable 13 ans après d’encore surfer sur cette histoire de Mandarin pourrait être une vaste blague éculée, si elle n’était pas traitée avec autant de finesse et d’humour que dans cette série! Dire que ce personnage détesté de Trevor Slattery dans le film de Shane Black va être d’une utilité capitale pour Simon Williams est un très beau retournement de situation!

Simon et Trevor vont développer une véritable amitié, qui va fonctionner évidemment grâce à leur amour respectif pour le cinéma et le théâtre, mais également car ce sont deux personnes solitaires et sans amis. L’art représente pour eux une manière d’aller toucher les gens dans leur intimité, alors que leur propre vie personnelle semble constamment vide. Sous les bons mots et les traits d’humour, on va découvrir deux individus esseulés qui se rendent compte qu’il y a une belle chose à créer avec cette amitié naissante. Et encore une fois, grâce à un excellent travail des scénaristes, cela va vraiment bien fonctionner!

Je dois évoquer l’épisode sur Doorman, qui est aux antipodes du personnage des Great Lakes Avengers, mais dont le traitement s’avère lui aussi excellent. On va avoir une origin story visuellement très intéressante, et son développement va lui aussi beaucoup s’intéresser à la psychologie du personnage. On n’est pas dans un registre spectaculaire, mais dans une trame beaucoup plus humaine, conférant un certain réalisme aux capacités de DeMarr Davis. Et l’approche est d’autant plus intéressante que le focus sur ce perso est fait uniquement pour expliquer une clause dans les contrats hollywoodiens ^^ Byron Bowers apporte lui aussi une belle humanité à son personnage, qui même s’il apparaît peu, marque aussi les esprits.

Le format très court du show, avec 8 épisodes de 30 minutes, permet de pallier le manque de dynamisme en terme d’action, et de donner corps aux dialogues et aux séquences parfois absurdes ponctuant la série. On est vraiment dans un registre anti-spectaculaire qui va pourtant nous maintenir en haleine, car on veut réellement savoir comment vont se développer les différentes intrigues qui menacent régulièrement la tranquilité de Simon. La séquence des tests d’acting dans l’immense demeure du metteur en scène Von Kovak s’avère très réussie, avec une ref à Pretty Woman que je n’attendais pas ^^ Les références cinématographiques sont d’ailleurs nombreuses dans ce show, mais on est très loin du simple name dropping pour parvenir à quelque chose de très savoureux! L’amour du cinéma et du théâtre cher à Simon et Trevor fait qu’ils parlent régulièrement d’oeuvres, et ça fait du bien d’avoir de vraies références citées faisant sens! Ces multiples références s’inscrivent directement dans l’oeuvre et ne sont pas de simples ajouts factices, et on sent à travers cela un véritable amour pour l’art de la part des auteurs. La subtilité fait que l’on parle même de Bébé part en Vadrouille! ^^

Zlato Buric est à ce titre excellent dans le rôle de Von Kovak, car le personnage aurait pu êtr une simple caricature d’un metteur en scène oscarisé, mais à travers ses dialogues, il véhicule une véritable intelligence artistique venant contrebalancer ses airs d’ahuri ^^ Wonder Man cherche à aller au-delà de l’apparence superficielle des personnages, et l’apsect méta n’en est traité qu’avec plus d’intelligence que ce l’on pouvait croire. En entremêlant la nécessité de développer des personnages forts pour pallier au vide de l’existence, Simon et Trevor servent à développer une réflexion bienveillante sur l’industrie à rêves hollywoodienne.

Demetrius Grosse est bien plus imposant dans le rôle d’Eric Williams qu’il ne l’était dans Banshee, et sa force de caractère va forcément titiller les fans de comics. La relation difficile entre les deux frères est traitée avec beaucoup de tact, et globalement, les relations familiales dans leur ensemble baignent dans un réalisme qui fait du bien. L’anniversaire de la mère de Simon avec la famille créole va l’ancrer dans une dynamique forte, même si là encore, il a du mal à trouver sa place. La figure paternelle s’avère également indispensable dans l’évolution de Simon, et la façon dont les scénaristes traitent cet ensemble d’interactions est résolument bénéfique au show.
Wonder Man ne fera certainement pas l’unanimité, mais je l’ai enchaînée avec un réel plaisir face à ce récit bien plus ancré dans le réel et dans l’émotion que je pensais, et dont l’articulation des relations entre les personnages apporte une dynamique originale. Ne vous attendez pas à une débauche d’action et de super-combats, Wonder Man traite des doutes et des espoirs d’un comédien qui a du mal à décrocher des jobs, et avec le MCU en arrière-plan, cela lui confère une richesse étonnante!
