
Uwe Boll a souvent été capable du pire (House of the Dead, Alone in the Dark, BloodRayne, King Rising – Au Nom du Roi), mais il a parfois été plus inspiré comme avec Postal, Stoic, Rampage – Sniper en Liberté ou Assaut sur Wall Street. Il n’a jamais flirté avec le chef-d’oeuvre, mais je me rappelle que son Stoic m’avait à l’époque étonné par sa solidité et par son atmosphère oppressante. Bénéficiant du statut tant convoité de pire réalisateur du monde, je pense que ce titre est usurpé et pouvait s’appliquer surtout sur ses premières oeuvres. On est très loin d’un Fincher ou d’un Nolan, mais on a connu des Marveleries bien moins emballées ces 15 dernières années…

Le metteur en scène allemand fait ses films dans son coin avec ses propres sociétés de production (alors qu’il utilisait une faille du système de financement allemand lors de ses premiers films), et depuis le 1er Rampage, il s’est embarqué dans un cinéma plus politique, avec des oeuvres contemporaines et historiques. Uwe Boll, c’est le grain de sable dans la machine, celui qui va jouer le provocateur pour attirer des spectateurs supplémentaires, et il est notamment connu pour avoir organisé des combats de boxe contre des critiques de films ^^

Son Citizen Vigilante fait partie de cette tendance politique et sociétale, en mettant en scène un homme qui a décidé de se faire justice lui-même. En engageant Armie Hammer, il continue à utiliser la provoc, l’acteur déchu ayant été totalement blacklisté d’Hollywood en 2021 après des accusations de viols et de maltraitances physiques par des ex-compagnes. Il n’a finalement jamais été condamné, et les charges ont été abandonnées. Difficile de connaître la pure vérité sur ces affaires, mais l’acteur étant tombé en disgrâce, Uwe Boll l’a contacté pour lui redonner sa chance sur un plateau de tournage. Rien qu’avec cette embauche, Uwe Boll soigne sa comm provocatrice et sait que la présence de l’acteur fera parler de sa dernière oeuvre. Et encore, on a pas abordé le sujet de ce film…

Avant cela, on va expliquer que le long métrage n’a pas eu d’autorisation de sortie sur le territoire allemand, la commission de classification ayant estimé que le film incitait à la violence envers les migrants. Le film est inspiré d’un sordide faits divers survenu en 2016 à Hambourg, et Citizen Vigilante s’apparente à la réponse fantasmée que le réalisateur apporte à ce drame. Celle d’un homme qui s’affranchirait de toutes les lois pour n’en appliquer qu’une seule, la loi du talion. Le viol collectif de cette jeune fille ayant été perpétré par des étrangers, il est normal qu’Uwe Boll les caractérise comme tel dans son film. Et c’est là qu’on atteint le point sensible qui va faire basculer le film dans la fachosphère pour certains, puisque Uwe Boll a osé donner le mauvais rôle à des étrangers. Mais si la réalité de cet atroce fait divers impliquait des étrangers, pourquoi en aurait-il fait des autochtones dans son film?

Le film est rapidement catégorisé d’extrême-droite, et son interdiction le rend d’autant plus sulfureux. Le fameux effet Streisand se met très rapidement en marche, et Elon Musk contourne l’interdiction allemande en proposant à Uwe Boll de diffuser son film sur X pendant 48 heures. Résultat, tout le monde peut le voir et tout le monde en parle. Uwe Boll a encore réussi sa comm aggressive, provocatrice et putaclic. Et finalement, si on met de côté tous les scandales entourant Citizen Vigilante, et qu’on regardait ce film de manière froide et objective afin de voir ce qu’il dit réellement, au-delà des fantasmes de tous les partis politiques possibles?

Le film se fait traiter d’oeuvre raciste et anti-migrants, et il y a effectivement des étrangers ou des individus d’origine extra-européenne qui ne sont pas épargnés par Sanders, le vigilante du titre. Mais certains autochtones ne sont pas non plus épargnés, ni certains flics ni un membre de la magistrature. En fait, Uwe Boll tape sur toutes les strates de la population et sur toutes les populations, en mettant en avant le dénominateur commun de tous ces personnages qui sont visés par Sanders : ce sont des raclures de la pire espèce, indépendamment de leur couleur de peau. Pour lui, il ne s’agit pas d’aller buter des étrangers, son but est de purifier le monde des pires criminels, ceux qui violent et massacrent des femmes, qu’il s’agisse de ceux ayant directement agi ou de ceux ayant permis ces agissements. Et c’est là où il ne faut pas faire d’amalgame, car quand il cible des étrangers, il cible ceux qui agissent de manière criminelle, et il ne parle pas de l’ensemble des étrangers.

Quand on voit les jeunes cons du début du film, on a 3 ethnies différentes qui sont représentées, ce qui démontre la volonté du réalisateur de s’attaquer avant tout au problème de la criminalité plutôt qu’à une ethnie spécifique. Mais comme il est vrai que l’on n’a clairement pas l’habitude de voir représenté à l’écran des étrangers dans un mauvais rôle, la polémique prend direct, et cela sert encore une fois Uwe Boll qui se complaît dans cet aspect provocateur. Il attendait évidemment cette polémique, qui va donner d’autant plus de visibilité à son film, et qui va lui permettre de mettre en avant la thématique principale du film, qui rejoint celles de sa saga Rampage ou de Assaut sur Wall Street : quand le système ne répond pas aux besoins des citoyens, est-il temps de se faire justice soi-même?
![Citizen Vigilante [Uwe Boll / Armie Hammer]](https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEgN7cHgE-byeP0-qfxsS__76FJpYYocEIlRZFsqPTkByvB_ZmTrBLkmWYA_kprfCOJ6TDY5QpJwXUZBUC6m8GqlVosqV7FNYKEtnXeSbJHwbra68bKN2TzLgLwsycCctYPyHCw_2ejglcjrOQTQtOTkPXiJBIhsTNVaB0-nMuxrLNwZjf9fAujj9y_mbtc/s1000/citizen_vigilant-3.jpg)
Sur la forme, on assiste à du Uwe Boll sans grand relief, avec de nombreuses séquences inutilement étirées et composées de plans aléatoirement montés ensemble. La scène de l’arrivée de la troupe d’élite est à ce titre très représentative des errements cinématographiques d’Uwe Boll, qui ne sait pas vraiment comment créer du suspense. La séquence suivante est probablement l’une des plus absurdes et ridicules que j’ai pu voir dans un film d’action, mais je ne vous spoilerais pas au cas où vous souhaitez voir ce film. Citizen Vigilante rappelle qu’Uwe Boll n’est certainement pas le meilleur metteur en scène, mais il va parfois avoir des séquences bien plus réussies qui vont créer un véritable malaise. On est dans du Uwe Boll pur jus, alternant entre réussites et faiblesses, et Citizen Vigilante est un patchwork étrange, mais dans lequel surnage toutefois un propos qui suffit à conserver un certain intérêt.

Le film pose en effet la question de la justice autonome, qui a souvent été posée par des oeuvres comme Un Justicier dans la Ville, A Vif, L’Ange de la Vengeance, Death Sentence, Les Chiens de Paille, La Dernière Maison sur la Gauche (et son excellent remake), La Maison au Fond du Parc, Que la Bête Meure, Le Vieux Fusil, I Spit on Your Grave et bien d’autres. Un genre qui a émergé dans les années 70 et dont le sous-genre du rape & revenge s’avère très représentatif. On a des personnages qui suite à un tragique événement, vont se tourner vers la part la plus profonde d’eux-même pour puiser toute la noirceur dont ils sont capables, afin de se venger eux ou l’un de leurs proches. Citizen Vigilante s’inscrit dans cette même veine, avec certes un traitement cinématographique loin d’être abouti, mais Uwe Boll est juste là pour jeter le pavé dans la mare, et souligner les dysfonctionnements politiques et judiciaires qui ont conduit à de tels drames.

Que l’on apprécie ou non le film, il a le mérite d’exister et de proposer une vision à total contre-courant de ce qui est politiquement accepté, et quoi qu’on puisse penser d’Armie Hammer, il s’avère intense dans ce rôle taiseux et sans concessions. Il va donner corps à cette sorte de Punisher croisé avec Patrick Bateman, et va aller bien au-delà du simple film de vengeance pour montrer la croisade d’un individu désaxé, qui ne s’en prend finalement pas qu’aux criminels mais aussi à des innocents. C’est là que la conscience du spectateur entre en jeu et est mise face à ses propres limites, car en filigrane, Uwe Boll interroge sur ce que l’on serait capable de faire si quelque chose de similaire arrivait à l’un de nos proches?

Citizen Vigilante va loin, certainement trop loin par moments, mais il a le mérite de mettre en avant les victimes plutôt que les bourreaux, et il donne quelque part la parole à ces anonymes qui ont été réduits au silence, en leur demandant quelle version de la justice ils aimeraient appliquer. Et en mettant en avant les failles d’un système trop laxiste, tout en traitant du sujet hautement explosif de l’immigration, Uwe Boll avance avec ses gros souliers en terrain miné, mais il le fait en toute conscience et cela change radicalement de la prudence habituelle. Par exemple, dire que le terrorisme islamiste tue, ça n’est pas mettre tous les étrangers dans le même panier, mais ça énonce une vérité qu’il ne faut pas occulter. dans un monde où les raisonnements binaires l’emportent sur les analyses plus complexes, c’est sûr que ce n’est pas le style Uwe Boll qui mettra tout le monde d’accord. Mais il vient rappeler que la protection des victimes n’a pas à être de gauche ou de droite, et qu’elle devrait être universelle. On a vu ce que le politiquement correct a donné en Angleterre avec les grooming gangs qui ont pu sévir pendant des décennies… Avec une toute autre approche, l’excellent Je Verrais Toujours vos Visages, que je vous conseille vraiment, confrontait des criminels et des victimes dans un film très intimiste et bien plus maîtrisé au niveau de son écriture. Citizen Vigilante se pose en contre-point total avec cette approche centrée sur l’écoute…
Citizen Vigilante vient bousculer les consciences avec son approche bas du front et très directe, et c’est clair qu’il ne s’agit pas d’un grand film. Mais le choix d’Uwe Boll est avant tout de pulvériser le politiquement correct et de soulever des questions qui méritent d’être posées, dans un monde où l’impunité règne en maître dans les affaires les plus sordides. L’exemple du drame qu’a vécu Louis est un énième « fait divers » démontrant à quel point certains criminels ont totalement perdu la moindre once d’humanité… Tout le monde devrait unanimement condamner toutes les exactions perpétrées par de tels criminels, et la couleur de peau ou les origines de ceux qui commettent ces méfaits ne devraient avoir aucune importance dans la manière de juger ces affaires.
