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Projet particulièrement ambitieux et attendu dans le paysage cinématographique français, le diptyque consacré au Général de Gaulle mis en scène par Antonin Baudry se dévoile aujourd’hui avec son premier volet, La Bataille de Gaulle: l’Age de Fer. Une oeuvre qui prend le temps de développer la première partie de ce récit de guerre sur 2h40 que l’on ne voit pas passer, et qui nous plonge dans cette période tourmentée de l’Histoire avec une grande maîtrise narrative et cinématographique.

Un point particulier à souligner d’emblée, et qui pourra surprendre et en rebuter plus d’un, c’est la prestation très spéciale de Simon Abkarian dans sa façon de jouer le personnage, car il use d’un côté très théâtral et rigide qui frôle la caricature, surtout au début du film. Je ne suis pas assez connaisseur de l’Histoire pour savoir à quel point cela correspond ou non à la personnalité de Charles de Gaulle, mais j’avoue avoir eu un peu de mal avec cet aspect de prime abord. Mais j’ai ensuite été rapidement emporté par le suspense et la portée du film, qui s’attache certes à la figure du général, mais également à toute une galerie de personnages annexes ayant eux aussi leur importance.

Antonin Baudry et Bérénice Vila adaptent la biographie De Gaulle, une Certaine Idée de la France de Julian T. Jackson, et mettent en place un récit qui va offrir un déroulement très limpide et sans temps mort sur les événements qui vont conduire le général à prendre la tête de la Résistance. On assiste à des moments très importants tant pour l’homme lui-même que pour le pays qu’il défend, et entre les tractations politiques, les opérations tactiques secrètes et les séquences de guerre, on est totalement immergé aux côtés de cet homme dont le combat d’une vie a été très difficile à mener. Le général est un illustre inconnu lorsqu’il décide malgré la capitulation du Maréchal Pétain de poursuivre le combat. Alors que la France est occupée par les Nazis, le général de Gaulle s’envole pour Londres afin de convaincre le premier ministre Winston Churchill de l’aider à sauver son pays, en créant une France Libre expatriée.

Les difficultés pour la mise en place de ce projet complètement fou sont légion, et on découvre à quel point cette tentative de sauver le pays a été véritablement usante. Alors qu’il s’oppose frontalement au gouvernement de Pétain, Charles de Gaulle se voit déchu de sa nationalité française et condamné à mort par le régime de Vichy. Le combat ne fait que commencer, et il était littéralement seul au tout début de ce défi colossal. Il va tenter de convaincre des militaires, des politiciens et des civils de se joindre à lui, ce qui va prendre un certain temps afin de constituer une sorte de garde rapprochée autour de lui. On va suivre ses diverses tentatives afin de rallier des personnes de valeur, et on sent que son caractère très rigide pose parfois problème, car il va de pair avec un certain manque de tact. Mais peu à peu, son énergie et sa vision de la France parviennent à convaincre et à fédérer une poignée de personnes importantes.

Simon Russell Beale incarne un Churchill qui frôle également un peu la caricature au tout début, mais qui prend en densité par la suite, grâce notamment à des dialogues pertinents entre lui et le général. Benoît Magimel incarne le capitaine Koenig, membre de la Légion Etrangère, qui est l’un des premiers militaires à rejoindre le général. L’acteur apporte un côté brut au personnage tout en laissant transparaître une belle humanité par moments. Niels Schneider joue le capitaine Leclerc, un excellent stratège qui sera un élément important de la Résistance. Matthieu Kassovitz joue Darlan, le chef de la Marine française qui restera dans le gouvernement de Pétain. On a encore Loïc Corbery, Félix Kysyl, Karim Leklou et bien d’autres talentueux acteurs…

En parallèle du destin du général de Gaulle, on a le personnage de Fernand, incarné par un excellent Florian Lesieur, qui est un résistant de la première heure et qui ne supporte pas la vie sous l’Occupation. On va suivre la mise en place d’un réseau de résistance sur Paris, dont il s’occupe avec 2 autres personnes. Le parallèle entre l’acharnement du général et la volonté de ce jeune parisien démontre que l’esprit de rébellion couve dans la capitale et en-dehors, mais il est difficile d’attiser ce feu nécessaire… Ce récit de résistance va également donner lieu à une très belle histoire intime, puisque Fernand s’éprend de Livia (la tout aussi excellente Anamaria Vartolomei), et l’élan romanesque de leur combat se double d’une belle histoire d’amour. Une fois encore, Antonin Baudry parvient à montrer de manière très concrète comment la grande Histoire impacte les récits personnels des protagonistes, dont l’existence est intimement liée à cette guerre qui touche tout le monde.

On va suivre la chronologie des événements de manière très précise, avec l’Afrique constituant le centre névralgique de cette résistance face aux Allemands. De Gaulle va entrer en relation avec le gouverneur du Tchad Félix Eboué afin d’en faire un de ses premiers alliés sur le continent. Il va peu à peu rallier plusieurs pays africains à sa cause, ce qui aura un impact déterminant sur la participation des Américains à cette guerre. On va suivre les opérations et les combats menés par les troupes du général dans ces différents pays, avec comme point d’orgue la bataille de Bir Hakeim qui va constituer un tournant capital. Si les séquences de guerre ne sont pas nombreuses dans ce premier volet, cette séquence s’avère très intense et poignante, avec ce récit du siège allemand face à des hommes bien moins nombreux mais déterminés à résister. Benoît Magimel rend un bel hommage au capitaine Koenig qui a été le maître d’oeuvre de cette bataille. Antonin Baudry crée une séquence de guerre d’une très belle intensité prenant place en plein désert aride.
Que ce soit dans ses moments intimistes ou dans ses scènes plus vastes, La Bataille de Gaulle: l’Age de Fer impressionne par la fluidité de sa narration et la qualité de sa mise en scène, qui permettent de plonger dans ce récit épique sans que l’on sente le poids de ces 2h40. La suite La Bataille de Gaulle: J’écris ton Nom sortira dans un mois, le 3 juillet.
