
Mark Millar est sans conteste l’un des scénaristes lesplus talentueux de la Maison des Idées, et je me demande encore comment j’ai pu passer à côté de ce Old Man Logan depuis si longtemps. Le scénariste britannique est derrière les excellents Kick-Ass et Wanted, derrière Superman : Red Son que je n’ai pas lu, et du côté de chez Marvel, c’est notamment l’artisan des géniaux Ultimates et Civil War.Je suis bien content d’avoir réparé mon erreur et d’être enfin plongé dans cette aventure dystopique se déroulant dans un futur alternatif 50 ans après l’ère super-héroïque.

On retrouve un Logan vivant modestement dans une ferme avec sa famille, et on comprend rapidement que les super-vilains ont gagné et règnent en maîtres. Logan vit sur le territoire tenu par les descendants de Bruce Banner, qui sont une horde de brutes épaisses semblant tout droit échappés de La Colline a des Yeux. Et pour une raison que l’on ne comprend pas, Logan s’est interdit depuis des décennies d’utiliser ses griffes et de répondre à la violence par la violence. On se retrouve dans une esthétique très western crépusculaire, avec des références assumées à Clint Eastwood, et le travail pictural du Canadien Steve McNiven s’accorde parfaitement avec le récit de Millar. Il faut dire que les 2 hommes se connaissent bien, eux qui ont mis tout le monde d’accord avec Civil War en 2006-2007. On sent également un aspect Preacher dans l’approche du sujet d’Old Man Logan, tant au niveau scénaristique que dans certains choix graphiques, et c’est d’autant plus pertinent que les 2 oeuvres partagent un attrait tout particulier pour la mise en image de la violence.

C’est un Hawkeye vieillissant qui embarque Logan dans un voyage à travers les anciens Etats-Unis, pays désormais morcelé en divers territoires tenus par des méchants emblématiques. Ils vont sillonner le pays à travers la Spider-Mobile, vous savez, ce fameux buggy créé en mars 1974 par Gerry Conway et Ross Andru, et dont l’objectif était purement marketing afin de vendre des jouets aux gosses de l’époque ^^ Ici, ce véhicule va réellement servir les objectifs du duo grâce à ses capacités spécifiques, et le côté anachronique s’avère très sympa. Millar fait preuve d’une connaissance parfaite de l’univers Marvel, et va parsemer son récit de références subtiles et de très belles idées développant une continuité riche dans ce futur alternatif. On va apprendre ce que sont devenus certains personnages, on va rencontrer la descendance d’autres persos, et Millar et McNiven vont nous convoquer à des moments bien choquants comme cette brève rencontre avec Daredevil et le Punisher. L’auteur use d’un talent d’écriture résolument mature et cette lecture n’est clairement pas faite pour les enfants… J’ai récemment lu le très bon Marvel Universe Vs Punisher, et quand je vois le sort atroce qui était réservé à Tony Stark, je me rend que je suis dans un trip très dystopie cauchemardesque en ce moment!

Le récit fourmille d’idées juste dingues, la plus démente étant sans conteste la raison pour laquelle Logan ne sort plus ses griffes. Il fallait y penser à cette façon de traumatiser Wolverine, et la puissance dramatique de ce moment va de pair avec l’atmosphère de tristesse absolue qui émane de ce comics. Mark Millar, ce n’est pas seulement un auteur qui va orchestrer des combats de supers, mais un homme qui va faire appel aux instincts les plus profonds de ses protagonistes, et en ce sens, son Old Man Logan est d’une puissance absolue. Ca n’est pas pour rien que ce « nouveau » personnage s’est directement imposé, jusqu’à rejoindre l’univers principal par la suite. On a tellement d’images marquantes qui traversent ce récit, et qui ne sont parfois que des étapes sur la route des 2 baroudeurs, comme les fameuses chutes de Pym… Millar crée une mythologie spécifique à cet univers, qui ne demande qu’à être explorée davantage tant sa richesse est indéniable.
Je ne peux que vous conseiller la lecture de cette oeuvre très ambitieuse et crépusculaire, qui est l’une des plus belles découvertes que j’ai pu faire chez Marvel Comics.
