Beckett (Ferdinando Cito Filomarino, 2021)

Si Netflix est souvent critiquée pour nous offrir des films ou séries formatées, c’est parce qu’elle brasse très large et nous balance un catalogue relativement dense. Mais elle joue un rôle non négligeable dans le domaine du streaming, en permettant d’effectuer des découvertes à travers le globe, dénichant des oeuvres et des auteurs de pays souvent sous-représentés, notamment au cinéma. C’est ainsi que l’on peut découvrir le film italo-brésilien Beckett, mis en scène par l’Italien Ferdinando Cito Filomarino, et que l’on va assister à un thriller bien tendu et à l’atmosphère originale!

On pourrait croire à un film américain au vu de son casting, mais on sent dès le départ une approche étrangement différente, avec une très belle sensibilité dans l’évocation de la vie de ce couple. Ferdinando Cito Filomarino va filmer John David Washington et Alicia Vikander dans leur intimité, captant leurs moments d’amour les plus tendres et leurs instants espiègles avec une belle acuité. On se retrouve face à un couple très touchant, tout en ressentant une certaine tension non pas entre eux, mais lors de leur périple. Comme une menace latente qui planerait dans l’ombre, et qui se ressent dans la manière de filmer du metteur en scène italien. Ferdinando Cito Marino parvient à donner une tonalité innovante à son film grâce à cette insidieuse sensation venant s’installer dans le réalisme de la vie de ce couple, et on reste en alerte dans des situations pourtant calmes… Il y a un réel talent derrière cette mise sous tension, et une vraie originalité dans la narration qui en ressort.

Le film tire son nom du personnage principal incarné par John David Washington, individu sans histoire qui va se retrouver pourchassé sans qu’il comprenne pourquoi. Le basculement va être assez soudain, mais il sera toujours traité avec ce mélange de réalisme et de tension installé depuis le début, et on va donc se diriger vers un mode thriller qui s’éloigne considérablement de ses homologues américains, pour épouser une forme plus intimiste. Même dans l’opposition directe entre Beckett et ses poursuivants, il y a une forme d’incompréhension de la part du héros, qui se retrouve à devoir survivre sans savoir pourquoi il est dans cette situation! On comprend donc aisément pourquoi il a d’abord envie de faire confiance aux gens qu’il croise, avant de se dire qu’il va devoir compter avant tout sur lui-même… On va assister à quelques séquences d’action là aussi traitées en mode réaliste, ce qui leur confère une puissance différente, avec notamment une sorte d’hommage subtil à Rambo!

Ca fait plaisir de se retrouver face à un film dont les ficelles ne sont pas toutes aisées à dérouler, et qui va se dévoiler peu à peu sans pour autant tout expliquer. On sent une approche du type espionnage sans que les événements soient totalement clairs, et Beckett va donner de sa personne pour parvenir à faire le lien entre tout ce qui lui arrive. John David Washington va s’avérer très intense dans le rôle de cet homme dépassé, qui va réellement morfler physiquement pour sauver sa peau, et qui va devoir puiser dans ses réserves les plus profondes pour ne pas sombrer… On se retrouve dans le genre de film ou toutes les balles ne sont pas létales, mais où tirer dans la jambe peut s’avérer bien judicieux pour stopper un adversaire! Cela permet de justifier comment Beckett parvient à ne pas se faire tuer rapidement, et comment il peut s’opposer à ses poursuivants. Et s’il arrive à continuer le combat, il en porte de plus en plus les stigmates et n’en sort pas indemne…

Beckett est le genre de thriller qui vous plonge en mode paranoïa, le protagoniste (oooh la belle référence à Tenet ^^) ne comprenant pas pourquoi il est en danger de mort, mais devant tout faire pour préserver son intégrité physique. La manière dont il orchestre sa fuite est traitée avec beaucoup de réalisme, et la tension est permanente pour cet homme se retrouvant seul en pays étranger, avec des tueurs à ses trousses… Avec la barrière de la langue et son état physique se détériorant de plus en plus, pas facile de trouver quelqu’un à qui faire confiance, et qui vous accordera également sa confiance… Et comme il faut se méfier de tout le monde, difficile de faire le tri entre les alliés potentiels et les probables ennemis…

Beckett est une expérience très prenante, bénéficiant d’un travail de très belle qualité sur son atmosphère, et on se retrouve happé par cette chasse à l’homme originale. Outre les toujours excellents John David Washington et Alicia Vikander (Tenet et Tomb Raider!), on notera également la présence du trop rare Boyd Holdbrook (Logan), qui a toujours autant la classe! Et sinon, la carrière de Ferdinando Cito Filomarino est à suivre, car il possède un réel talent narratif!

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