Après une saison 2 qui était en-dessous des attentes, Reacher revient en très grande force avec une 3ème saison renouant avec l’esprit percutant des débuts de l’ancien militaire. On se souvient des événements explosifs dans la petite ville tranquille de Margrave, et cette fois-ci, le colosse va enquêter sur les agissements d’un trafiquant d’armes, et quoi de mieux que de venir vivre chez lui avec toute son équipe de tueurs? Reacher se la joue infiltration en intégrant l’équipe de Zachary Beck, ce qui comparé au travail en équipe de la saison 2, est un retour aux sources bienvenu pour le personnage!
Ce qui ne signifie pas qu’il ne va pas pouvoir compter sur des coéquipiers, mais la dynamique qui fonctionnait dans la saison 1 était justement que les gens qui devaient bosser avec lui ne comprenaient pas le fonctionnement et la nature du bestiau, ce qui donnait lieu à des séquences bien bourrins saupoudrées d’un certain humour. On pourrait le considérer comme un lointain cousin d’un certain Lucas Hood, même si la qualité de Banshee est inatteignable! Mais Alan Ritchson est assez massif et charismatique pour que l’on plonge dans cette nouvelle aventure bien testostéronée, qui ne manquera pas de savamment jouer sur les émotions!
Après une saison 1 adaptant le 1er roman de la série consacrée au personnage, qui s’intitule Du Fond de l’Abîme (1997), une saison 2 adaptant le 11ème roman (La Faute à pas de Chance, 2007), cette 3ème saison s’inspire du 7ème roman (Ne Pardonne Jamais, 2003). L’auteur Lee Child est très prolifique, puisqu’en 27 ans, il a écrit 30 romans sur Jack Reacher, le dernier datant (pour le moment) de 2024! Le showrunner Nick Santora tient à rester très fidèle au matériau de base, et il s’entoure de collaborateurs qui connaissent leur métier. Lui-même ayant écrit et produit des épisodes de Prison Break, et le metteur en scène Sam Hill ayant oeuvré sur Les Experts : Miami ou Most Dangerous Game, on sent qu’on est en terrain balisé pour des spécialistes qui ne demandent qu’à s’amuser avec le concept du personnage taiseux qui va tout pulvériser!
Reacher est à la hauteur de cette ambition certes basique mais tellement jouissive, et le résultat final tient pour beaucoup à une écriture incisive et travaillée, qui ne va pas seulement s’intéresser aux personnages principaux, mais qui sait comment caractériser rapidement des personnages secondaires qui prennent de l’ampleur grâce à cette plume acérée et précise, permettant par là même au récit de gagner en profondeur. Je ne dévoilerai pas les éléments scénaristiques de cette saison, mais on comprend aisément les motivations de Reacher pour arriver au bout de sa mission, en laissant éclater toute sa sauvagerie s’il le faut. Cette série pose des questions fondamentales sur la nécessité ou non de tuer lorsqu’on se retrouve face à des psychopathes sans aucun état d’âme, et dans ce sens, on rejoint une vision que nous balançait à une lointaine époque un certain Jack Bauer. Même si le tout est emballé avec un savoir-faire en terme d’entertainment explosif, ces questions sous-jacentes permettent de ne pas uniquement se contenter d’un spectacle en mode blockbuster.
Alan Ritchson campe une nouvelle fois ce monolithe imperturbable, qui va pourtant trouver un adversaire de taille, en la présence de l’acteur Olivier Richters, aux côtés duquel Richtson ressemble à un enfant! Le monstre néerlandais mesure 2,18m et pèse 160 kilos, ce qui en fait l’un des bodybuilders les plus impressionnants de tous les temps! Il incarne le garde du corps Paulie, qui va bien évidemment donner du fil à retordre à Reacher et incarner un boss de fin de niveau dont on attend avec impatience la confrontation! Pour les fans de bonnes séries, vous l’avez déjà aperçu dans la saison 1 de Gangs of London où il causait quelques soucis à ce bon vieux Elliot Carter!
On retrouve la fidèle Neagley, toujours incarnée par Maria Sten, qui est un personnage vraiment intéressant avec son côté jusqu’auboutiste et la sensation de folie maîtrisée qu’elle dégage. Le personnage renvoie un peu à celui de Lenny dans Legion je trouve, avec un petit air physique avec l’actrice Aubrey Plaza aussi Reacher va enquêter aux côtés de Susan Duffy, que Sonya Cassidy incarne comme une femme forte et dominante, et on appréciera les retrouvailles avec Anthony Michael Hall, l’acteur qui jouait dans la série Dead Zone. C’est lui qui joue le trafiquant Beck avec une certaine ambivalence dans son jeu qui va permettre de bien développer l’intrigue. Sa relation avec son fils, interprété avec beaucoup de justesse par Johnny Berchtold, va mettre en place des éléments très intéressants dans l’intrigue. Et la relation entre Reacher et ce jeune peu sûr de lui va également apporter une certaine dynamique au show, en offrant de belles séquences de dialogues entre ces individus très différents tant physiquement que psychologiquement.
Les séquences d’action sont très maîtrisées visuellement et paraissent très impactantes, et quand on voit l’évolution de ce côté-là dans le petit monde des séries, ça fait franchement plaisir. Mais cet impact est intelligemment corrélé avec les avancées scénaristiques et les véritables implications émotionnelles des protagonistes, qu’il s’agisse de protection des plus faibles ou de véritable vengeance, avec tout ce que cela implique en terme d’impulsions. L’émotivité de Reacher va créer des frictions avec Susan Duffy, qui compte bien aller jusqu’au bout de son enquête, tandis que Reacher a un objectif bien à lui qu’il compte également définitivement atteindre. Ce jeu d’échanges de bons procédés fonctionne un certain temps, mais risque bien de ne pas pouvoir durer jusqu’au bout…
La mise en scène de Sam Hill s’adapte parfaitement à cet actioner prenant place dans un coin paumé, et en ce sens on rejoint donc bien l’impact de la saison 1, avec ici quelques variations bienvenues et un subtil mélange entre pétages de rotules, émotions et humour, ce qui est un exercice bien plus périlleux que l’on croit! Reacher saison 3 est une excellente salve, et si le show continue à ce niveau, on a évidemment hâte de voir quel autre bouquin de Lee Child va avoir droit à son adaptation!