
Je suis dans l’incapacité de vous résumer le film que j’ai vu hier. Je découvre le cinéma de Bi Gan, metteur en scène chinois actif depuis les années 2010, et le mieux que l’on puisse faire avec ce genre d’oeuvre, c’est de tout lâcher pour se laisser transporter dans son univers atypique. Ce récit-fleuve de 2h40 va se situer à la frontière entre le rêve et la réalité, et va nous faire voyager au gré des époques lors de chapitres très différents. Mais le liant fondamental de ce film est l’amour de Bi Gan pour le 7ème art, Résurrection étant un hommage formellement très impressionnant à l’histoire du cinéma.

Ce film divisera sans conteste les spectateurs, car il est narrativement très volatile et brouille constamment les pistes. On est aux antipodes d’une structure classique suivant une évolution constante avec des personnages bien définis, on est au contraire balloté dans le temps et l’espace, et il ne faut surtout pas chercher à se raccrocher à quelque chose. Le mieux est de s’abandonner à l’expérience sensorielle de Bi Gan, et on verra bien dans quel état on en ressort! ^^

J’ai rarement vu un niveau de mise en scène aussi maîtrisé, et même si je n’étais pas forcément happé par l’ensemble des récits, cette force visuelle impactante a eu raison de moi ^^ Le travail impressionnant sur les cadrages, sur la lumière, ainsi que celui sur le son, font que l’on se retrouve pris dans un piège hypnotisant qui ne vous lâche pas jusqu’à la fin. Le concept pourra certainement en rebuter beaucoup, parce qu’on est clairement en-dehors de notre zone de confort cinématographique habituelle, mais l’expérience s’avère déroutante et intéressante. On va croiser des influences très différentes comme Lynch, les Frères Lumière, l’expressionnisme allemand, un soupçon de Wong Kar-Wai…
Ma séquence préférée est sans conteste ce plan-séquence hallucinant qui doit durer au moins 30 minutes, et qui raconte une histoire d’amour et de violence avec une maestria que je n’ai jamais vue ailleurs. Résurrection est vraiment un film conceptuel qui ne plaira pas à tous, mais il offre quelques fulgurances impressionnantes et baigne dans une atmosphère des plus étranges et maîtrisées.
