
Lorsque Sarah tente désespérément de trouver de l’aide en tant que lanceuse d’alerte, elle est mise en relation avec un individu anonyme qui va se charger de la protéger tout en négociant avec son ancienne entreprise dont elle a subtilisé des documents compromettants. La particularité de l’individu est qu’il passe par un relai téléphonique mis en place pour les personnes muettes, avec des opérateurs lisant les communications envoyées à l’écrit, le tout garantissant une sécurité totale. Ce film signé David McKenzie (Les Poings contre les Murs, Comancheria) s’avère être un thriller redoutablement efficace, qui rappelle le fameux Ennemi d’Etat de Tony Scott en 1998, mais aussi plus récemment The Amateur.

Il s’agit du premier scénario pour le cinéma de Justin Piasecki, ce qui est très surprenant quand on voit la qualité avec laquelle le récit et la tension se maintiennent jusqu’au bout. L’approche technologique et les astuces inhérentes au domaine de l’espionnage, telles les subtilités des envois postaux et de l’utilisation des téléphones, les techniques de filature et de détournement d’attention, ainsi que l’utilisation de codes de communication, tout cela s’intègre parfaitement dans un script subtilement huilé qui ne fait pas dans l’esbrouffe et qui est corrélé à une mise en scène d’une efficacité aussi redoutable qu’elle évite le sensationnel. On se retrouve happé dans l’existence soudainement devenue parano de Sarah, qui n’a comme seul espoir de s’en sortir que ce mystérieux intermédiaire aux techniques affutées.

C’est l’actrice Lily James (le rôle-titre dans le Cendrillon de Kenneth Branagh, Baby Driver, Yesterday) qui endosse le rôle à fleur de peau de cette jeune femme totalement perdue, sous surveillance constante de son ancien employeur qui souhaite absolument remettre la main sur ces documents. Elle retranscrit très efficacement les difficultés soudaines de son existence au quotidien, et la perte totale de repères imposée par sa situation. Riz Ahmed (Rogue One : a Star Wars Story, Venom, Sound of Metal) joue cet homme qui va tout faire pour mettre sa cliente hors de danger, et qui va se retrouver dans la position de négociateur avec les hommes de main de l’entreprise. Son métier exige une prudence capitale et un anonymat total, ce qui l’oblige à avoir une vie totalement en marge de la société. Riz Ahmed incarne parfaitement cet individu passant relativement inaperçu et qui se conforme à un rythme quotidien très spartiate et à des rapports sociaux extrêmement limités.

On va suivre les vies parallèles de ces 2 êtres qui ne communiquent que via le système de relai téléphonique, alors que l’étau se resserre autour de Sarah. L’inconnu va devoir prendre davantage de risques afin de pouvoir continuer à la protéger, et ce faisant, il va également communiquer de manière plus directe. Ces 2 existences solitaires vont peu à peu voir leurs contacts se développer, et la sensibilité de chacun des acteurs va laisser affleurer des sentiments sous-jacents qui sont amenés avec beaucoup de tact dans le scénario. On ressent à la fois l’urgence paranoïaque de la situation, mais aussi les élans émotionnels perturbant les protagonistes malgré la pression constante.

On retrouve de très bons acteurs dans l’équipe de terrain de la société, avec Sam Worthington (Terminator Renaissance, Avatar, Everest) dans le rôle du chef qui ne veut pas céder un pouce de terrain à l’intermédiaire, et Willa Fitzgerald (les séries Scream et Reacher) en équipière qui n’a pas froid aux yeux. Avec ses subtiles modifications de rythme et son scénario ultra-ficelé, on se retrouve face à un film dont on ne peut pas se défaire avant la fin, et qui devient de plus en plus palpitant. David McKenzie gère parfaitement les codes du thriller mais sait également comment rendre l’intime palpable, et L’Intermédiaire est une excellente surprise qui vous happe totalement!
