Detachment (Tony Kaye, 2011)

Detachment suit le quotidien d’Henry Barthes, professeur remplaçant appelé dans un quartier difficile. Face à des élèves violents et des professeurs à bout, il va appliquer sa propre règle de détachement, afin d’offrir son aide à ceux qui en ont besoin tout en essayant de ne pas s’impliquer personnellement. Un point de vue qui va être mis à rude épreuve par son expérience dans ce lycée, ainsi que par sa rencontre avec une prostituée mineure qu’il va tenter de protéger d’elle-même.

 

Tony Kaye, le réalisateur d’American History X, plonge son personnage dans un environnement très pessimiste qui atteint les adultes comme les jeunes. Les difficultés sociales sont semblables quel que soit l’âge, et les espoirs ténus ont vite fait de disparaître pour chacun. Dans cette ambiance destructrice, comment parvenir à intéresser des élèves à quoi que ce soit, et comment les motiver pour un futur qu’ils imaginent déjà anéanti? Adrien Brody est excellent dans le rôle de ce professeur qui se tient au bord du monde, dans une vision protectrice qui seule lui permet d’apporter quelque chose à ses élèves. Sa manière de les regarder et de les traiter est différente de celle des autres professeurs, de plus en plus détruits par le système éducatif et par des élèves qui les détestent. Henry Barthes tente à son niveau de faire comprendre à sa classe qu’il reste de l’espoir…

Detachment est un film pessimiste dans lequel surnagent quelques fragments d’espoir, et Tony Kaye souhaite montrer la réalité d’un quartier défavorisé. Entre une éducation nationale qui recherche uniquement le profit et des enseignants qui aimeraient davantage de moyens, entre des élèves menaçants et des prof qui détestent leur métier, difficile de créer un équilibre sain dans lequel l’apprentissage serait partagé par tous. Henry Barthes évolue dans un monde semblant voué à l’échec, de la base au plus haut niveau.

Il souhaite pourtant conserver cet espoir, et c’est ce qui le pousse à aider la jeune Erica à se sortir de la rue, ou à aider son élève Meredith à ne pas se dévaloriser. Henry possède une bonté d’âme qui semble perdue et naïve dans cet univers dépressif, et c’est ce qui le pousse à continuer alors que lui-même vit un présent difficile. Le lourd passé d’Henry et son quotidien sans relief semblent prêts à le détruire progressivement, et il lutte afin de continuer à transmettre un peu d’espoir à ses élèves. Tony Kaye met en scène un film très maîtrisé abordant des sujets délicats, et il le fait avec une frontalité et une subtilité étonnantes. La mélancolie latente dans laquelle baigne le film offre une vision particulière de cette bataille entre Henry et un système répressif, démontrant une certaine absurdité dans son combat, mais soulignant également sa détermination.

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