L’Homme de Constantinople (J.R. Dos Santos, 2013)

J.R. Dos Santos délaisse son personnage fétiche Tomás Noronha le temps d’un diptyque consacré à un homme d’affaires arménien pionnier dans le monde du pétrole. L’Homme de Constantinople et Un Millionnaire à Lisbonne vont mettre en lumière la vie de Calouste Gulbenkian, curieusement renommé Kaloust Sarkisian dans les écrits de Dos Santos. Gulbenkian est à la fois un financier intraitable et un amateur d’art à l’esprit très ouvert, et ce curieux mélange a intéressé le célèbre auteur portugais, qui s’est penché sur l’histoire de cet homme qui a su créer sa richesse grâce à une grande intuition.

L’histoire de cet homme, inconnu du grand public, permet de replonger dans des phases de l’Histoire importantes, puisqu’il vit dans des périodes très troublées. Gulbenkian naît en 1869 et mourra en 1955, il a donc vécu les tourments dus à l’Empire Ottoman, et notamment le génocide arménien. Il était alors retranché dans sa villa avec sa famille et son personnel, alors que les rues étaient à feu et à sang… L’Homme de Constantinople va lier l’histoire de cet homme à la grande Histoire, et va montrer comment il a su traverser ces temps difficiles pour poursuivre son élévation sociale et financière.

Dos Santos rédige une biographie qu’il souhaite chronologique, et on va donc suivre l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte de Calouste/Kaloust dans ce premier volume. La 4ème de couverture donne une impression de mystère, avec un Kaloust sur son lit de mort demandant à son fils : « Qu’est-ce que la beauté? » On se dit alors qu’il y a une certaine approche mystérieuse que l’on connaît bien chez Dos Santos, avec  les superbes évolutions de ses romans consacrés à Tomás Noronha, dans lesquels il doit constamment résoudre d’immenses mystères, tout en accessoirement sauvant son pays, voire le monde! ^^ Mais au final, cette approche semble plutôt trompeuse, mais il faudra que je voie ce que donne le 2ème ouvrage.

En l’état, on assiste surtout à une biographie, certes bien rédigée, mais qui ne possède pas de fondement réellement passionnant. L’intérêt de ce bouquin tient surtout à ses aspects historiques, en nous replongeant dans les affres du 19ème et début du 20ème siècle. La mort du Roi d’Angleterre, l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, les prémisses de la 1ère Guerre Mondiale (qui sera développée dans le 2ème livre)… J.R. Dos Santos sait toujours comment créer une atmosphère et nous immerger dans son univers, et les débuts du tout jeune Kaloust, qui va façonner son art de négociateur dans le souk arménien, permettent de sillonner les rues cosmopolites, colorées et pleines de senteurs de Constantinople.

On va suivre l’évolution sociale de Kaloust, ainsi que son évolution amoureuse, et on va découvrir un jeune homme ambitieux dont la découverte du pétrole sera capitale. Son investissement dans le forage va être déterminant pour son ascension sociale, et la scène où il arrive dans un champ pétrolifère avec des jets d’or noir de plusieurs dizaines de mètres de haut semble très chaotique. Kaloust va être très marqué par cette expérience, et va chercher à développer ses acquisitions dans le domaine. Parallèlement, il va de plus en plus s’intéresser à l’art, et va également développer son sens esthétique au fil de ses pérégrinations en Europe.

L’Homme de Constantinople est une oeuvre qui se lit agréablement, mais qui n’a clairement pas l’attrait d’un des romans à suspense de la collection Tomás Noronha. Son aspect historique et social est intéressant, mais il ne se lit pas aussi rapidement que les aventures à travers le monde du célèbre cryptanalyste, et c’est bien dommage! La sensibilité artistique de l’homme donne une belle approche, mais ce qui prime au final, c’est surtout sa propension capitaliste. ^^ Je lirai tout de même le 2ème ouvrage lorsqu’il sera dispo, mais j’attends surtout le prochain Tomás Noronha!!!

 

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