
Si vous êtes un enfant des 80’s, vous avez probablement lu le Carrie de Stephen King, paru en 1974. Vous avez probablement aussi vu l’adaptation que Brian De Palma en avait faite 2 ans plus tard, Carrie au Bal du Diable. Vous avez probablement occulté le Carrie 2: la Haine de 1999 et le Carrie: la Vengeance de 2013, et vous ne savez sans doute même pas qu’il y avait eu un téléfilm en 2002, ni une comédie musicale en 1988!

Et voilà que 52 ans après la publication du roman, on a droit à une nouvelle adaptation, qui prend cette fois-ci la forme d’une série dirigée par Mike Flanagan, qui en l’espace de 10 ans, est devenu LE spécialiste des adaptations du célèbre écrivain horrifique. Il a réalisé Jessie en 2017, Doctor Sleep en 2019, le magnifique Life of Chuck en 2024, et maintenant cette série Carrie. Il ne s’arrêtera pas ici puisqu’il a pour projets de faire une nouvelle adaptation de la saga littéraire La Tour Sombre (dont le 1er volet est juste superbe), et il veut également réadapter la nouvelle Brume.
Cette version prend place dans le monde contemporain, et cette nouvelle adaptation s’éloignant de l’esprit 70’s s’avère très pertinente, intégrant tous les schémas modernes à ce récit emblématique (qui était le 1er roman du King à être publié!). On se retrouve dans la petite ville de Chamberlain dans le Maine, et on va découvrir une ado ayant passé toute sa vie sans être sortie de l’enceinte de sa maison. Elevée par un père et une mère adeptes des théories du complot, ils ont eu un comportement à la fois surprotecteur et tyrannique en l’empêchant de découvrir le monde. Mais la mort du père, Ralph, va obliger la mère Margaret à chercher un emploi, et la jeune Carrie à se rendre pour la première fois de sa vie dans une école.

Summer H. Howell est vraiment impressionnante dans sa manière de jouer Carrie White, car elle s’approprie le rôle de manière très personnelle et ne cherche à aucun moment à se comparer à la performance de Sissy Spacek dans le film de 1976. De manière globale, Flanagan non plus ne cherche pas la comparaison et s’éloigne de la vision de De Palma pour proposer sa propre version basée sur le roman, mais qu’il s’amuse également à modifier sur certains aspects. L’actrice canadienne de 22 ans n’en est pas à sa première expérience horrifique, puisque lorsqu’elle avait 8 ans à peine, son 1er rôle était dans La Malédiction de Chucky en 2013! Elle rejouera le rôle d’Alice dans Le Retour de Chucky en 2017, elle apparaît la même année dans la série Channel Zero, et incarne aujourd’hui la mythique Carrie!

Elle joue à la perfection cette adolescente qui a été coupée du monde toute son existence, et qui pourtant a une réelle envie de découvrir la vie en dehors des murs de sa maison. Sous sa timidité se cache une vraie envie de sociabiliser avec les lycéens de sa classe, et Summer H. Howell apporte beaucoup de sensibilité au personnage, qui est totalement immature par certains aspects, et qui semble pourtant posséder une force interne bien plus grande que ses camarades. On se rappelle forcément la scène de la douche du film de De Palma, et là encore, Mike Flanagan ne cherche pas à aller vers une imagerie éthérée mais souhaite au contraire rester dans un réalisme brut, celui qui permet de montrer la cruauté humaine dans ce qu’elle a de plus viscérale. Cette séquence n’est donc pas un tour de force visuel, mais va s’avérer marquante par la proximité que l’on a avec Carrie, qui ne comprend rien à ce qui lui arrive…
Le choix du format sériel sur 8 épisodes s’avère très judicieux, puisqu’il va permettre de développer les personnages secondaires et de traiter un sujet grave en profondeur. Car au final, cette série nous parle du harcèlement scolaire, et elle le fait avec une analyse profonde que vient ensuite sublimer le côté fantastique et horrifique provenant du roman. Mais on va assister à une escalade de violence et à des tentatives de désamorçage, et ce qui s’avère frappant, c’est le nombre de fois où tout aurait pu s’arrêter. Mais à chaque fois, une phrase, un acte ou une décision vont être le vecteur qui va continuer à envenimer la situation. En ce sens, les événements se déroulant au lycée Ewen sont très réalistes et on est totalement pris dans ce qui risque d’échapper à tout contrôle… La modernisation de l’intrigue était nécessaire, avec la prise en compte des réseaux sociaux et des téléphones portables, qui permettent de totalement ancrer dans le réel ce récit qui bifurquera vers le fantastique.

Cette trame réaliste fonctionne grâce aux très bons acteurs incarnant les autres rôles, à commencer par l’Américaine Samantha Sloyan, qui est juste parfaite dans le rôle de la mère de Carrie. Elle a notamment joué dans Pas un Bruit, The Haunting of Hill House, Helstrom, La Chute de la Maison Usher, Life of Chuck… Elle a donc comme sa jeune partenaire une certaine connaissance du domaine horrifique ^^ La manière dont elle s’approprie le rôle de Margaret est étonnante, car elle est capable de jouer la femme tyrannique pour ensuite être la mère capable de tout afin de protéger sa fille. Elle a un amour sincère pour sa fille, mais elle a également un égocentrisme qui va être la source de tensions entre les deux. Une autre actrice canadienne, Alison Thornton, va jouer le rôle emblématique de Chris Hargensen, l’ennemie jurée de Carrie. Là encore, le format sériel va permettre de développer son personnage avec tous les problèmes familiaux auxquels l’ado doit faire face, et qui vont également faire ressortir l’aspect maléfique de son personnage. Chris est clairement celle qui va tout faire basculer, et celle qui aurait pu tout calmer à de très nombreuses reprises. Mais elle va peu à peu se laisser dominer par ses pulsions malsaines, et va à chaque fois perdre des miettes d’humanité. Alison Thornton impressionne par la maîtrise de ce personnage complexe, qui se devait d’être à la hauteur d’une Carrie pour que les enjeux soient aussi forts!

L’Américaine Siena Agudong joue le rôle de Sue Snell, la lycéenne qui est la plus proche de Carrie. Le Canadien Joel Oulette incarne Tommy Ross, l’Anglais Arthur Conti est bien pervers dans le rôle de Billy Nolan, et on a plaisir à retrouver des acteurs renommés comme Amber Midthunder (Legion), Matthew Lillard (Scream), Heather Graham, Katee Sackhoff, et même un cameo de… Mark Hamill!
Si Carrie est une série centrée sur le harcèlement scolaire, une autre grille de lecture serait celle d’une Jean Grey qui n’aurait jamais rencontré le Professeur X! La similitude avec la mutante est évidente, les deux personnages partageant ce pouvoir de télékinésie. Carrie va peu à peu le développer, avec un aspect très différent du roman qui s’avère relativement intéressant d’ailleurs. Carrie fait pas mal penser à la Jean Grey de Sadie Sink dans Spider-Man: Brand New Day, bien que la vengeance de Carrie va exploser d’un seul coup, là où celle de Jean se fait sur le long terme. Le personnage de Carrie cherche à chaque fois une issue pacifiste, et la séquence de discussion dans les toilettes avec Chris démontre toute l’humanité du personnage incarné par Summer H. Howell. Elle tend constamment la main aux autres, mais les circonstances et les choix de certains vont continuer à envenimer la situation. Chris est la raison centrale de tout ce qui va se dérouler dans la ville de Chamberlain, et à ce titre elle est bien plus maléfique que Carrie, qu’elle va pousser dans ses derniers retranchements.

Un autre parallèle très intéressant à faire, est celui avec les tueries de masse que connaissent malheureusement de nombreux établissements scolaires aux Etats-Unis. La séquence finale au bal de promo met en avant la vengeance d’une gamine qui a passé l’année à être harcelée par d’autres élèves, et on pense forcément à ces gamins qui débarquent dans les écoles avec des armes pour perpétrer des massacres. Ce qui est dérangeant dans cette séquence du bal, c’est qu’on comprend d’une certaine manière la réaction de Carrie, qui utilise ses pouvoirs contre ceux qui l’ont maltraité. Mais dans ce déchaînement de violence, elle va s’en prendre de manière indistincte aux gens qui lui ont fait du mal mais aussi à ceux qui ont tenté de l’aider. Elle n’a pas besoin de fusil ou de pistolet pour exercer sa vengeance, car elle a le pouvoir nécessaire en elle-même pour se faire justice. La différence est que Carrie a subi une énième humiliation le soir de ce bal, et qu’elle va littéralement péter les plombs en l’espace de quelques secondes.

Mike Flanagan a pris des libertés étonnantes et importantes avec l’oeuvre de Stephen King, mais ces choix s’avèrent eux aussi judicieux et permettent de surprendre les spectateurs qui auraient lu ou vu les oeuvres précédentes. Cette série Carrie est une très belle découverte, et une nouvelle adaptation envoûtante de Stephen King!



















