
La bande-annonce laissait présager un retour aux sources des plus fidèles pour ce prequel/remake/soft reboot à la légendaire saga cinématographique Vendredi 13, initiée en 1980 par Victor Miller et Sean S. Cunningham. Miller est le co-scénariste du premier Vendredi 13 (aux côtés de Ron Kurz), et Cunningham est le metteur en scène qui jettera les bases d’une longue série, composée de 11 films ainsi que d’un remake en 2009 (et d’une série totalement déconnectée de l’univers en 1987). Alors que le premier film (datant de 1980) se déroulait en 1979, la série prend place en 1977, et va nous raconter le temps de 8 épisodes la genèse du personnage de Jason Voorhees en prenant pour personnage principale sa mère, Pamela Voorhees. Le choix du film originel est respecté puisque c’était l’actrice Betsy Palmer qui était mise en avant, tandis qu’aujourd’hui, c’est Linda Cardellini qui lui succède.

Dès les premières minutes, on se retrouve immergé dans les années 70 avec un sens du détail très impressionnant dans la reconstitution de cette époque. Qu’il s’agisse des décors, des voitures, des vêtements ou des coupes de cheveux, rien n’est laissé au hasard et le travail des accessoiristes, des costumiers et des chef-décorateurs est exemplaire! Même le générique reprend une typographie caractéristique de l’époque et nous sert une musique entêtante qui semble elle aussi sortie tout droit des 70’s! Le respect du matériau de base est très impressionnant, et participe activement à cette plongée dans les eaux troubles de Crystal Lake!

Le show va reposer en grande partie sur Linda Cardellini (Dead to Me) dont l’interprétation de Pamela Voorhees s’avère très réussie, en créant une personnalité complexe à laquelle on s’attache aisément malgré certains de ses actes. Cette femme élevant seule son enfant tente de concilier sa vie professionnelle et sa vie maternelle autant qu’elle le peut, et cette situation difficile donne d’autant plus de saveurs aux moments émouvants qu’elle partage avec Jason. L’acteur Callum Vinson (qui jouait déjà dans la série Chucky, ça ne s’invente pas ^^) impressionne par sa maîtrise d’un rôle difficile, et ce malgré son jeune âge! Jason est un garçon ayant des malformations et qui est également atteint d’épilepsie, ce qui est à la fois très compliqué sur un plan médical mais également social, puisqu’il subit les moqueries de nombreux camarades. La thématique du harcèlement entre gamins est très présente en ce moment, avec la série Carrie notamment, et je trouve qu’ici aussi elle est traitée avec une belle sensibilité.

William Catlett (Black Lightning, Abigail) est très bon dans le rôle du shérif Levon Brooks, et apporte lui aussi une certaine complexité à son personnage, tant dans sa vie privée que dans sa manière de tenir son rôle d’autorité. Et physiquement, il fait furieusement penser à Carl Weathers! La jeune Gwendolyn Sundstrom joue Grace, la seule amie de Jason, et leur belle relation apporte encore des sentiments très touchants. Mention à Danielle Kotch qui joue Claudette, et qui peut se voir comme un équivalent, toutes proportions gardées, de Chris Hargensen, magnifiquement interprétée par Alison Thornton dans Carrie. La trajectoire de Claudette sera différente suite à ses choix, mais son personnage aura une importance capitale dans le déroulement des événements. Le fait de développer le récit sur 8 épisodes de 50 minutes environ permet de laisser le temps à l’intrigue de s’étoffer, et aux personnages de se construire, ce qui est très agréable!

On va évidemment avoir droit à des moments gores, et j’avoue qu’ils interviennent parfois de manière surprenante! Et autant la nudité est très peu tolérée dans les productions modernes, autant les geysers d’hémoglobines et les défigurations ne posent aucun problème! La séquence avec cette problématique du sang qui se répand va donner lieu à un moment vraiment original et trash!!! Linda Cardellini donne de sa personne dans cette série, car son personnage va se retrouver dans des situations extrêmes dont elle parvient à se sortir avec quelques facilités scénaristiques quand même ^^ Mais l’atmosphère bienveillante de cette petite ville, frappée par un premier drame avec la noyade de Jason, va se noircir davantage avec une série de meurtres qui vont commencer à nourrir la légende grandissante d’un tueur vivant dans la forêt..

La mise en scène retranscrit à la perfection ce qui faisait l’essence même de ces films d’horreur 70’s-80’s, et on retrouve avec un vrai plaisir ces plans brumeux sur le lac, cette densité de la forêt environnante, ou cette façon si caractéristique de filmer la petite ville tranquille qui ne va pas le rester longtemps… La réappropriation de cette réalisation d’époque est faite avec beaucoup d’intelligence et de subtilité, et fait que l’on ne peut qu’adhérer à cette nouvelle version du cauchemar de Crystal Lake! Cette série va se concentrer sur les événements précédant et suivant la noyade de Jason, ce qui va permettre d’en découvrir bien davantage sur lui que dans les films. Jason est un garçon isolé seulement apprécié par sa mère et par une amie de son âge, et dans cette solitude, il va développer une capacité d’imagination lui permettant de surmonter ces épreuves. On est loin du tueur masqué que l’on connaît depuis des décennies, et cette mise en lumière de ce qu’il était avant est très intéressante, tout en développant des notions comme l’amour familial ou l’amitié.
Cette série va se développer dans sa propre temporalité, et est donc un soft reboot qui va imaginer des éléments originaux pour expliquer la genèse du personnage de Jason. A ce titre, l’épisode flashback vient perturber le rythme initialement créé, et même s’il n’est pas inintéressant avec son aspect Les Femmes de Stepford (très bon roman d’Ira Levin d’ailleurs), ce choix narratif est périlleux. Je trouve qu’en apportant une certaine justification aux capacités de Jason, on ôte toute la part de mystère qui entourait le personnage. Alors oui, dans une telle fiction, ça paraît crédible, mais tout un épisode explicatif pour nous raconter ça, ça n’était pas forcément nécessaire… Car cela a des conséquences également sur l’épisode final, qui a du mal à retrouver l’atmosphère patiemment construite durant la majeure partie de la saison.

Mise à part une conclusion nettement en-dessous du niveau proposé, mais qui se doit d’exister par rapport aux enjeux mis en place, Crystal Lake se regarde comme un très bel héritage des productions des 70’s, et c’est un réel plaisir de replonger dans cette époque bénie! Et passées les explications nécessaires, si les producteurs veulent poursuivre avec une seconde saison, tout est maintenant en place pour poursuivre le jeu de massacre!


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