
Il y a des constantes fortes chez Maxime Chattam, et le confinement géographique en fait clairement partie. Nombre de ses romans se déroulent dans un lieu unique, sorte de périmètre délimité duquel on n’échappera qu’en de rares occasions. On a la bourgade de Mahingan Falls dans Le Signal, la station de sports d’hiver de L’Illusion, la plate-forme de recherches de Lux… Le principe du lieu unique permet de faire monter progressivement la tension, qui ne trouve aucune échappatoire lorsque les personnages n’ont pas la possibilité de fuir. Prime Time appartient clairement à cette catégorie, et Maxime Chattam parvient à créer et maintenir une tension qui tiendra jusqu’aux dernières pages!

Charlène, qui se fait appeler Charlie, est la cheffe d’édition du journal télévisé le plus regardé de France, présenté par le journaliste vedette Paul Daki-Ferrand. Pour elle ainsi que pour toute les équipes travaillant sur l’édition du 20h, chaque journée est un marathon démarrant tôt le matin, qui va produire un stress montant crescendo au fur et à mesure que l’on approche de l’heure d’antenne. A travers le regard de Charlie, Maxime Chattam va mettre en lumière tous les rouages du fonctionnement d’une rédaction, nous présentant les différentes étapes du processus de fabrication de l’info télévisée. Avec sa curiosité d’entomologiste habituelle, il va totalement nous immerger dans ce grand bain informatif, nous dévoilant les différentes strates et l’ensemble du personnel nécessaire pour la grand’messe quotidienne.

On sent que Chattam adore observer des microcosmes en train d’oeuvrer méticuleusement, c’était déjà le cas dans Lux par exemple, et il aime également observer les synergies entre les individus qui en résultent. Il va méticuleusement décortiquer chaque élément de ce processus d’information, ce qui s’avère déjà passionnant en soi. Mais quand il va rajouter une prise d’otage en plein direct, avec Charlène qui se retrouve en première ligne pour négocier avec le preneur d’otages, Chattam va pousser les curseurs bien plus loin et on va assister à un moment déterminant pour la chaîne, et qui aura des répercussions dans le monde entier. Après nous avoir montré les rouages d’une rédaction d’info, il va littéralement observer comment s’opère une gestion de crise dans une telle rédaction, avec la chaîne de commandement à prendre en compte, les délais d’intervention, et derrière tout ça mais qui n’est certainement pas le moindre des éléments, le cynisme avec lequel cette prise d’otage va pouvoir être bénéfique pour la chaîne!
On parle souvent du machiavélisme des puissants et des politiques, on va plonger en plein dedans avec la société Médiaplex qui va tenter de profiter de leur soudaine visibilité mondiale pour en tirer un quelconque profit. La PDG Amélie de Castelnac représente parfaitement cette vision dénuée d’humanité, même si Chattam parvient à dresser un portrait bien plus complexe qu’il y paraît. Les politiciens vont d’ailleurs rapidement entrer dans la danse également, car ce serait catastrophique pour eux que la situation dégénère, et leur problème n’est évidemment pas directement le sort des otages, bien que leur prestige soit lié à ce qui leur arrivera. On a véritablement l’impression de se retrouver dans une fourmilière grouillante, chacun ayant un rôle spécifique à jouer dans cette course contre la montre. Et bien évidemment, un élément déterminant dans ce genre d’affaires, ce sont les forces de l’ordre.
![[GIGN] Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale](https://adess-france.fr/wp-content/uploads/2022/03/metier_gendarme_gign.jpg)
Chattam va nous présenter une équipe du GIGN (Groupe d’Intervention de la Gendarmerie Nationale) pour laquelle il va procéder de la même manière que pour la rédaction du journal. On va découvrir chacun des éléments qui le compose, avec là aussi les strates hiérarchiques et la chaîne de commandement, et il va pouvoir s’appuyer sur des renseignements de première main afin de créer un environnement des plus réalistes. L’auteur a pu rencontrer des membres de cette unité d’élite française qui lui ont donné de précieuses informations quant au fonctionnement du groupe, ce qui donne une impression quasi-documentaire au déroulé des événements. Qu’il s’agisse de l’armement, des méthodes d’investigation ou de communication, Chattam va nous plonger dans un thriller militaire captivant, lors duquel on a réellement l’impression de se retrouver aux côtés des membres du GIGN qui doivent mettre un terme à cette situation de crise.
Avec Charlie qui s’est retrouvé à communiquer directement avec le preneur d’otage, on va suivre de manière palpitante le processus de négociation. Charlie va être épaulée par un négociateur du GIGN, Yanis, qui ne va pas prendre la main mais qui va constamment la soutenir et lui expliquer comment poursuivre sa discussion avec l’homme masqué. Celui-ci, qui se dénomme Kratos, a constamment un pistolet pointé sur la tête de Paul Daki-Ferrand, le tout en plein direct diffusé à travers le monde. Autant que la situation est extrêmement critique, et avec les heures qui passent, les tensions ne vont faire que s’accentuer. Charlie est en première ligne afin de déterminer quelles sont les motivations de Kratos, et jusqu’où il est prêt à aller. Avec Yanis à ses côtés, elle va, et par extension nous aussi, découvrir tous les mécanismes dont usent les négociateurs lors de prises d’otage. Le résultat est véritablement passionnant, parce que Maxime Chattam use d’un réalisme fort dans sa démarche, et qu’il est également un maître dans l’art du rebondissement. On se retrouve donc pris au piège de ce roman que l’on n’arrive pas à lâcher, et Chattam brille une fois encore par la construction détonnante de son récit!
Il va traiter des désillusions d’un métier censé livrer la Vérité mais qui s’avère au final avant tout mercantile; il va traiter de la nature humaine capable du Bien comme du Mal absolu; et il va même réussir à semer quelques graines de romance dans une situation pourtant extrêmement stressante, et on se retrouve totalement happé par ce roman dense et tendu, qui une fois encore, en dit long sur notre rapport au sensationnalisme et sur la dérive d’une société trop connectée. Maxime Chattam ne tombe pas dans le piège du manichéisme et de la critique trop facile des réseaux, mais il articule son roman sur des thématiques très fortes et surtout traitées avec sincérité.